Faut-il être pro-Poutine quand on est de droite ?

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Faut-il être pro-Poutine quand on est de droite ?
@ NATALIA KOLESNIKOVA / AFP POOL / AFP
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Nicolas Sarkozy se rend à Moscou, jeudi, pour rencontrer le président russe.

Quelque 72% des Français ont une mauvaise opinion de Vladimir Poutine, selon un récent sondage de l’Ifop. Les bombardements russes en Syrie - qui viseraient davantage l’opposition à Bachar al-Assad que Daech, selon la France et les Etats-Unis – expliquent en partie cette inimitié franco-russe. Pourtant, la droite française est majoritairement pro-Poutine, à commencer par Nicolas Sarkozy, qui est reçu jeudi par le président russe. Est-ce une "obligation" pour l’opposition ?

"Il faut essayer de ne pas être en rupture avec lui". Ce sera la troisième fois, depuis qu’il n’est plus chef de l’Etat, que Nicolas Sarkozy est reçu par son ami Vladimir Poutine. "Il est convaincu qu’il faut un dialogue franc et direct avec Poutine. Il faut essayer de ne pas être en rupture avec lui, mais bien lui signifier les choses…", explique un proche du patron des Républicains. Maintenant que le président russe s’est placé au centre du jeu diplomatique de par sa proximité avec le régime syrien, il est de bon ton de s’afficher avec lui. C’était beaucoup moins le cas quand il annexait la Crimée, en 2014…

Hollande-Poutine, le minimum syndical. A l’époque, seuls quelques parlementaires de droite - Jacques Myard et Thierry Mariani en tête - soutenaient Vladimir Poutine. Sans oublier François Fillon, qui entretient des relations amicales avec le maitre du Kremlin, et ce depuis des années. Cette page semble définitivement tournée, et tous les ténors de droite affichent désormais leur volonté d’intégrer Vladimir Poutine à la table des discussions. Une position qui s’explique, aussi, par la froideur des relations entre le président russe et son homologue français.

"Normal que Sarkozy ait des contacts avec des hommes d’Etat étrangers". En s’affichant aux côtés de celui dont tout le monde parle, Nicolas Sarkozy cherche à démontrer qu’avec lui, la France n’aurait pas semblé courir derrière ses partenaires américains ou anglais. Et à rappeler ses succès à l’international, à commencer par la Géorgie, où il avait traité en direct avec Poutine. "C’est normal que Sarkozy ait des contacts avec des hommes d’Etat étrangers, pour préparer l’alternance", confirme un membre de la garde rapprochée du patron des Républicains.

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"Se priver de Bachar el-Assad, sans être à la remorque de la Russie". Si François Fillon est dans la même logique - mais depuis plus longtemps -, Alain Juppé, lui, prend quelques pincettes sur ce sujet. "Nous ne réglerons pas la question syrienne sans les Russes. Considérer que les Russes sont infréquentables ne me semble pas être une bonne politique", a assuré l’un de ses lieutenants, Benoist Apparu, sur BFMTV. Mais le maire de Bordeaux, lui, s’il reconnait la nécessité de dialoguer avec Moscou, ne veut pas pour autant laisser la main au Kremlin dans le dossier syrien, car "la Russie a une ligne très claire : elle fait tout pour conforter Bachar al-Assad. Il y a quand même une présomption assez forte pour dire que ces premières frappes aériennes n'ont pas été sur Daech, mais sur des opposants à Bachar al-Assad".

Parler oui, délivrer un blanc-seing, non. "Il va falloir trouver une solution pour se priver de Bachar al-Assad, sans être à la remorque de la Russie", ajoute Alain Juppé.

Le Maire "n’est pas sur la ligne Poutine". Bruno Le Maire est sur cette même ligne de realpolitik. Invité d’Europe 1 fin septembre, le candidat autoproclamé du renouveau, tout en prenant ses distances avec le dictateur syrien – "je n'ai aucune espèce de considération pour Bachar al-Assad" - estimait qu’un coup de main de la Russie était inévitable. Puis, quelques secondes plus tard, l’ancien ministre, qui participera lui aussi à la primaire LR de 2016, ajoutait qu’il "n’est pas sur la ligne de Poutine ou de qui que ce soit d'autres. Je suis sur ma ligne". Une bonne façon de se distinguer, sans le dire, de Nicolas Sarkozy ou François Fillon.