Européennes : la menace eurosceptique

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Européennes : la menace eurosceptique
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La montée des eurosceptiques et de l’abstention devraient marquer le scrutin du 25 mai. Les enjeux sont pourtant réels.

Les élections européennes du 25 mai prochain ne passionnent pas les foules, c’est un fait. Pourtant, rarement scrutin européen aura été porteur potentiel de tels bouleversements au niveau de l’Union européenne. D’abord parce qu’une vague eurosceptique est annoncée, renforcée par une abstention que l’on annonce record. Ensuite parce que pour la première fois, au-delà du renouvellement du Parlement, les électeurs auront leur mot à dire sur l’identité du futur président de la toute-puissante Commission européenne.

>>> Quelle place pour les eurosceptiques ?

Geert Wilders marine le pen

"Un 21 avril européen ?". Le mal n’est pas seulement français. Dans le reste de l’Union européenne comme dans l’Hexagone, le score des eurosceptiques sera surveillé de près. Car en 2014, le débat sur les élections européennes s’est cristallisé entre les pro et les anti-européens, l’extrême droite en tête. Au soir du 25 mai, les différents mouvements populistes devraient d’ailleurs décrocher une centaine de députés, sur 751. Ils devraient donc être en capacité de réunir, notamment autour du Front national et du PVV néerlandais, plus de 25 députés venus de sept pays différents pour constituer, pour la première fois, un groupe au Parlement. Certains responsables politiques évoquent déjà un "21 avril européen", en référence à la qualification du FN pour le second tour de l'élection présidentielle française en 2002.

"Il y aura beaucoup de bruit"! Mais les tenants de l’extrême droite ne seront pas les seuls eurosceptiques à s’inviter au Parlement. Les anti-euro de l'AfD en Allemagne, les populistes de Beppe Grillo en Italie, la gauche radicale de Syriza en Grèce, mais aussi les très europhobes Britanniques de l'Ukip sont tous annoncés avec de gros scores. "Il y aura un arc-en-ciel d'eurosceptiques de colorations variées dans le prochain Parlement", se réjouit d'avance le leader de l'Ukip, Nigel Farage, qui, comme Marine Le Pen en France, vise la première place. "Ce sera vivant, il y aura beaucoup de bruit"!, prédit-il. Mais s'ils disposeront de plus de moyens pour s'exprimer, les eurosceptiques resteront minoritaires et ne pourront pas "bloquer" la construction européenne, n’en déplaise à Marine Le Pen et à ses futurs alliés, dont il s’agit là du seul programme.

Quelle coalition droite-gauche ? Face aux eurosceptiques, les pro-européens, à commencer par la droite et les socialistes, seront plus encore qu'aujourd'hui contraints à travailler ensemble au sein du Parlement européen, où les disparités droite-gauche sont traditionnellement moins prononcées que sur les scènes nationales. Reste à savoir quelle tendance dominera cette grande coalition. Dans la dernière enquête de PollWatch, qui compile des dizaines de sondages nationaux, la droite du PPE, au pouvoir dans une majorité de pays, perd une soixantaine de sièges, mais conserve une légère avance sur les socialistes, avec 216 députés contre 205. Les libéraux, en baisse, restent en troisième position avec une soixantaine de députés, devant la gauche radicale puis les Verts, en perte de vitesse.

>>> Vers une abstention record

L’autre chiffre très attendu, c’est celui de la participation. Dans un contexte de crise, l’abstention s’annonce record. Elle était déjà à 57% en 2009, elle devrait être encore plus importante cette fois-ci. La montée de l’abstention est une tendance lourde. Depuis les premières élections européennes en 1979, elle n’a cessé d’augmenter dans l’Union européenne.



>>> Quel président pour la Commission ?

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Des candidats pour la première fois. Au-delà du renouvellement du Parlement, voilà bien le grand enjeu du scrutin du 25 mai. Car pour la première fois, dans une double volonté de démocratiser le processus et de peser sur le choix des chefs d'Etat et de gouvernement, les principaux partis européens présentent un candidat à la présidence de la Commission européenne, la figure centrale des institutions communautaires. Le conservateur  luxembourgeois Jean-Claude Juncker et le socialiste allemand Martin Schulz partent favori. Le libéral belge Guy Verhofstadt, placé en embuscade, se pose en homme du compromis et en faiseur de roi. Tous sont au moins d'accord sur la nécessité de tourner la page de dix ans de Commission Barroso, accusée tout à la fois de manque d'ambition et de faiblesse face aux Etats, mais aussi de tous les maux de l'Europe, à commencer par l'austérité. 

Le dernier mot aux dirigeants. Mais au final, les citoyens pourraient être privés de leur choix. Car ce sont les dirigeants des pays membres qui proposeront un nom au Parlement, qui devra ensuite le confirmer par un vote. Et rien n’oblige les chefs d’Etat et de gouvernement à choisir parmi les candidats des partis. "La différence entre le Parlement et ceux qui décident vraiment est très claire pour les citoyens", a lancé récemment le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, reflétant l'opinion de nombre de dirigeants européens, qui veulent garder la main. Ils se retrouveront d'ailleurs à Bruxelles dès le 27 mai, deux jours après les élections. Si d’aventure ils choisissaient un autre candidat que ceux proposés par les partis aux peuple européens, ce serait un signal très négatif sur l’isolement des institutions européennes. Un de plus.

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