Européennes : comment lutter contre l’abstention ?

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Européennes : comment lutter contre l’abstention ?
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ANALYSE - Le taux de participation devrait (encore) être très faible. Le gouvernement dit qu’il fait tout pour y remédier. L’opposition rit sous cape.

Les élections européennes se suivent, et le constat reste le même : la participation baisse un peu plus à chaque fois. En 2009, un nouveau record a été battu, avec un taux d’abstention de 59,37%. Le 25 mai prochain ne devrait pas échapper à la règle, les sondages prédisant déjà que ce triste record pourrait être battu. La proximité des dernières élections municipales, le climat de défiance qui frappe Bruxelles et la méconnaissance des enjeux sont autant de raison qui peuvent expliquer ce désintérêt.

>> Il existe pourtant des solutions pour mobiliser les "pêcheurs à la ligne". Europe1.fr en a recensé cinq.

Ouvrir les bureaux de vote plus longtemps

L’idée a été évoquée par Bernard Cazeneuve. Dans un courrier que Le Parisien s'est procuré, le ministre de l’Intérieur demande aux préfets de solliciter les municipalités afin de "prolonger la durée du scrutin au-delà de 18 heures" dans "toutes les communes" où cette extension "apparaît justifiée au regard du nombre élevé d'inscrits par bureau de vote et de toute circonstance locale qui pourrait conduire les électeurs à se déplacer tardivement le jour du scrutin". Dans les grandes villes, il est déjà acquis que les bureaux de vote ouvriront jusqu'à 20 heures.

Cette question revient régulièrement sur le devant de la scène. Lors des deux dernières élections présidentielles, le Conseil Constitutionnel avait  ainsi déjà préconisé de fermer tous les bureaux de vote de métropole à la même heure, et ce afin d'éviter la diffusion d'estimations de résultats sur Internet avant la fin du scrutin dans les grandes villes.

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Pour Robert Rochefort, tête de liste du MoDem dans le Sud Ouest (photo), contacté par Europe1.fr, "cela ne changera pas la face du monde, mais cela peut apporter quelque chose, c’est certain. Bernard Cazeneuve, qui a été ministre des Affaires européennes, est plus sensible à ces questions que son prédécesseur. Manuel Valls, lui, voulait supprimer les envois de déclarations d’intention de tous les candidats… "

Dans les rangs de l’UMP, on est plus circonspect sur l’efficacité de la proposition du ministre de l’Intérieur. "C’est un pansement sur une jambe de bois. Le problème n’est pas là", estime Alain Lamassoure, tête de liste UMP en Ile-de-France, joint mercredi par Europe1.fr. Renaud Muselier, qui mène la liste UMP dans le Sud est, ne le contredira pas : "Cazeneuve a une mauvaise mémoire. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, les bureaux de vote pour les européennes étaient ouverts jusqu’à 22 heures, et, à ma connaissance, cela n’a pas augmenté la participation."

Faire (davantage) la promotion de la campagne 

La polémique est née d’une tribune publiée sur le site du Huffington Post et signée par une trentaine de candidats français. Ces derniers regrettaient fermement la décision de France Télévisions de ne pas diffuser le débat prévu entre les cinq candidats à la présidence de la Commission, le 15 mai prochain. Mardi, lors de la traditionnelle séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Yves Jego, président intérimaire de l’UDI, s’est emparé du sujet en apostrophant Harlem Désir sur les moyens mis à disposition par le gouvernement pour faire la promotion de la campagne : "les élections sont un rendez-vous fort de la démocratie. Pourquoi n’avez-vous pas fait en sorte que le débat sur l’Europe soit plus puissant sur le service public télévisé ?"

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Le secrétaire d'État chargé des affaires européennes - dont c’était la première intervention devant les parlementaires - a alors assuré qu’ "Aurélie Filippetti (ministre de la Culture et de la Communication, ndlr) a saisi le président du CSA, qui s’est lui-même adressé au président de France Télévisions pour lui demander que toute la place soit faite au grand débat européen, dont nos concitoyens doivent avoir toutes les données en vue de cette élection majeure."

Concernant la campagne d’information, Harlem Désir a affirmé qu’elle "s’intensifie. Elle comprend trois volets : des spots diffusés sur les radios depuis le 28 avril, des spots qui commenceront à être diffusés le 12 mai et qui appellent à voter, enfin, une campagne d’affichage, en lien avec le Parlement européen, dans les espaces publics et les grandes villes de France. Et j’ai moi-même adressé 1,4 million d’exemplaires d’une brochure d’information aux élus."

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Autant dire que la communication de l’ancien Premier secrétaire du PS n’a pas convaincu dans les rangs de l’opposition. "Je n’ai jamais vu un tel état de désinformation ! Un baromètre indiquait dernièrement que 40% des Français ne savent même pas comment on élit un député européen ! Et qui sait que l’on va également élire le président de la Commission européenne ? Personne, alors que c’est pourtant une révolution démocratique", fustige Alain Lamassoure, suivi par son collègue du Sud Est : "le mieux serait peut-être que monsieur Cazeneuve demande à son président, quand il vient à la télé à trois semaines du scrutin, de parler de ce sujet, non ? Le débat est complètement occulté", a regretté Renaud Muselier, contacté par Europe1.fr. "On vole les élections aux citoyens !", tacle Robert Rochefort, pour qui "le gouvernement considère que ce serait un moindre mal de perdre ces élections avec une forte abstention. Cela leur permettrait de relativiser leur échec annoncé."

Rendre le vote obligatoire

Là aussi, la proposition est vieille comme Hérode. En février 2013, Thierry Mariani et neuf autres députés UMP ont même déposé une proposition de loi en ce sens. Intitulé "Participer à la vie civique est un devoir", le texte proposait de faire du vote une obligation - comme c’est déjà le cas chez nos voisins belges - et de sanctionner les abstentionnistes par une amende de 15 euros - 45 euros en cas de récidive. Une proposition qui n’a pas semblé séduire plus que cela la majorité socialiste, puisqu’elle n’a  jamais été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée. L’ancien ministre UMP des Transports, lui, la juge pourtant toujours aussi pertinente. "Elle est dans les cartons et on peut la ressortir du jour au lendemain", a-t-il lancé dans Le Parisien.

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Thierry Mandon, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée, refuse la création "d'un nouveau délit de non-vote et des pénalités qui iraient avec". Le député PS de l'Essonne préfère "convaincre" les citoyens plutôt que de les "contraindre". Une position qu’il partage avec… Alain Lamassoure : "je n’y suis pas très favorable. Je préfère avoir un discours de responsabilisation des citoyens." Si Renaud Muselier estime que "ce n’est pas le débat", on comprend, en creux, qu’il n’y est pas favorable non plus. Pas plus que Robert Rochefort, pour qui "cela n’a pas de sens. Ce n’est pas comme cela que l’on va résoudre la crise démocratique que nous traversons. En plus, cela laisserait entendre que les électeurs ne se déplacent pas car ils n’en ont pas envie ou parce qu’ils préfèrent aller à la pêche, alors que c’est faux ! Ceux que je croise tous les jours sur les marchés m’assurent au contraire que c’est un 'vote' d’expression !" 

Agiter le spectre du FN

Lors de son discours du 1er mai, Marine Le Pen a répété son ambition de voir le FN devenir, aux européennes, le "premier parti de France". Pour l’heure, les sondages accréditent son ambition. Nombre d’élus socialistes se sont, depuis, emparés de ce constat, pour sensibiliser leur électorat et les inciter à se mobiliser. "Ce sont des xénophobes, des racistes ! Ce sont des gens qui ont été condamnés plusieurs fois pour des propos attentatoires à la dignité humaine. Nous ne pouvons pas accepter un pays où les fascistes sont en tête ! C’est une responsabilité que nous avons. C’est pour cela que j’appelle à une insurrection démocratique !", a par exemple lancé Vincent Peillon, tête de liste du PS dans le Sud Est.

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Une position stratégique critiquée par l’opposition :" quand le PS dit cela, il instrumentalise les déçus de la gauche en leur disant : ‘si vous ne votez pas pour nous, le FN va devenir le premier parti de France’. C’est une grosse ficelle", décrypte ainsi Robert Rochefort. Alain Lamassoure (photo) est sur la même ligne, réclamant aux uns et aux autres de "ne pas se préoccuper de savoir à qui pourrait profiter de l’abstention, mais de parler de nos projets ! Cela dit, je comprends que ce soit difficile pour la majorité, qui en a deux…"

Et pourquoi pas mobiliser des stars ?

En 2009, sept jeunes sur dix ne s'étaient pas déplacés pour voter aux européennes. Partant de ce constat, l'association Européens sans frontières a sollicité des stars de la culture pour inciter les plus jeunes des électeurs à se rendre aux urnes le 25 mai prochain. "Let's rock the eurovote" ("secouons le scrutin européen") : c'est le titre de la vidéo mise en ligne le 18 avril dernier sur Internet, dans laquelle le chanteur Féfé et les comédiens Dany Boon,Virginie Efira et Guillaume Galienne, notamment, plaident pour une forte mobilisation : "aux urnes citoyens, votons pour que ça change", clame ce dernier.



Guillaume Gallienne et Dany Boon s'engagent...par leparisien

Une prochaine vidéo avec les témoignages de l'animateur Nagui, de Kyan Khojandi (le héros de "Bref", sur Canal +) ou encore de l'actrice Aïssa Maïga est déjà au programme.

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