Et si Dupont-Aignan faisait peur au camp Fillon ?

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Et si Dupont-Aignan faisait peur au camp Fillon ?
@ Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP
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Le candidat de Debout La France pourrait précipiter la défaite de l’ex-Premier ministre en chassant sur ses terres. D’où les échanges tendus de mardi soir, lors du grand débat de la présidentielle.

Ils étaient 11, mais à certains moments, le grand débat de la présidentielle a plusieurs fois eu des allures de duel. Mardi soir, François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan se sont directement interpellés, parfois avec virulence. La raison est évidente : ces deux tenants d’une droite dure, teintée de souverainisme pour le candidat de Debout La France, chassent sur les mêmes terres électorales. Et si, pendant longtemps, ils n’ont semblé pas boxer dans la même catégorie, le PenelopeGate a changé la donne. Désormais, le "petit" candidat est devenu une menace pour le grand.

L'un baisse, l'autre grimpe. Non pas que Nicolas Dupont-Aignan navigue encore dans les mêmes eaux que l’ancien Premier ministre. Mais ce que François Fillon perd dans les intentions de vote, le président de Debout La France récupère en grande partie. Selon le rolling quotidien Ifop pour Paris Match, au 17 mars, le vainqueur de la primaire de la droite était encore à 19,5%, quand NDA était à 2,5%. Depuis, l’un a baissé quand l’autre a vu sa courbe monter. Au 4 avril, l’ex-Premier ministre est à 17,5%, Nicolas Dupont-Aignan à 4,5%. En deux semaines, - 2 points pour l’un, + 2 points pour l’autre. Difficile de ne pas voir un effet de vases communicants.

"Le Taubira de la droite". On est certes encore loin du croisement des courbes. Mais pour le camp Fillon, la menace n’est pas celle-là. "Nicolas Dupont-Aignan pourrait être le Taubira de la droite et empêcher notre candidat d’être au second tour", prévient ainsi dans Le Monde Eric Woerth, dans une allusion au scrutin de 2002, quand Lionel Jospin avait été éliminé dès le premier tour face à la profusion de candidatures à gauche, notamment celle de l’ex-ministre de la Justice. "S’il monte, Nicolas Dupont-Aignan peut prendre des voix chez les déçus de François Fillon et nous empêcher de grappiller assez pour être au second tour", abonde Serge Grouard, fidèle fillonniste.

Accrochages. Cette nouvelle donne explique sans doute les accrochages de mardi soir. Quand l’un veut prendre des voix à l’autre, qui lui-même veut discréditer son adversaire, forcément, le clash n’est pas loin. Et les coups bas non plus. Nicolas Dupont-Aignan assure qu’il n’aurait jamais signé les traités européens ? "Vous ne l’avez pas signé parce que vous n’avez pas eu le pouvoir pour le faire ! Et vous ne l’aurez pas la prochaine fois non plus", cingle l’ex-Premier ministre. Qui n’oublie pas non plus de rappeler que "la première fois que je l’ai rencontré, il était chef de cabinet de François Bayrou". La référence au président du MoDem, fort peu populaire à droite, n’est évidemment pas innocente.

Elle montre aussi qu’entre les deux hommes, l’histoire est ancienne. Ils avaient dans les années 1990 le même mentor, Philippe Séguin. Là encore, la référence de Nicolas Dupont-Aignan à la figure de proue du non au Traité de Maastricht, en 1992, dès le début du débat de mardi soir, n’avait rien d’un hasard. Et elle n’aura sans doute pas échappé à François Fillon.

Un début ? Ces échanges, parmi d’autres, préfigurent-ils, des jours et semaines à venir entre les deux hommes ? Ce n’est pas impossible. La semaine dernière, François Fillon, en meeting à Nantes, avait déjà décidé de consacrer une large partie de son discours à la souveraineté nationale, thème phare de son adversaire. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il sent bien qu’il a une occasion peut-être unique de dépasser la barre symbolique des 5%, lui qui avait recueilli 1,79% des suffrages exprimés en 2012. Le duel ne fait sans doute que commencer.