Et les autres photos de nos présidents ?

  • A
  • A
Et les autres photos de nos présidents ?
La photo officielle du président François Hollande a été dévoilée lundi et suscite déjà commentaires et caricatures.@ CAPTURE D'ECRAN TWITTER
Partagez sur :

Traditionnelles, anticonformistes, populaires ou bâclées, quelles impressions ont-elles laissé?

"Il y a la recherche d'une fausse simplicité, c'est une photo un peu démago." Dans la foulée de Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste de communication politique contacté par Europe1.fr, beaucoup de commentateurs de la planète politique devraient y aller de leurs critiques, au sujet de la photo officielle du président Hollande, dévoilée lundi. Sur internet, à peine la photo avait-elle fuité sur Twitter, qu'elle inspirait les meilleures et les pires caricatures.

Mais rien d'original au regard des précédentes photos de président.

"Une photo de président ne suscite pas un débat passionné, mais elle incarne souvent le style politique que veut incarner le président élu. Alors elle peut provoquer certaines réactions", confirme Jean Garrigues, historien politique et auteur de nombreux ouvrage sur la Ve république. Comment étaient perçues les anciennes photos de président ? Éléments de réponses.

De Gaulle et Pompidou, à "l'ancienne". Charles de Gaulle (voir ici) et Georges Pompidou (ici), posent debout, en habit de président, portant le collier de La légion d'honneur, devant la bibliothèque de l’Élysée. "Ils ont fait comme tous leurs prédécesseurs depuis le début de la IIIe République, il n'y avait rien à en dire. C'était une photo solennelle, presque austère", raconte Jean Garrigues.

Seule particularité : Charles de Gaulle est en habit d'officier général, rappelant son appartenance à l'armée. "Le photographe Jean-Marie Marcel se souvient de son peu de goût pour le rôle du modèle. Il lui demanda de regarder au loin, comme dans les peintures classiques où les personnages se tournent vers l'avenir", relate Le Figaro.  

VGE "casse les codes". La photo officielle du président Valéry Giscard d'Estaing ne ressemble en rien à celle de ses prédécesseurs (voir ici). Le cadrage est en largeur. Le président sourit, une première!, est habillé en costume cravate, sans le collier de La légion d'honneur. Plus personne ne posera avec après lui d'ailleurs. Derrière, point de livre, mais un immense drapeau français qui flotte et investit la totalité de l'arrière plan.

"VGE a cassé les codes, c'était une véritable rupture stylistique, ce qui a pu provoquer de l'étonnement. Le président incarnait une nouvelle génération et sa photo incarnait le changement", se rappelle Jean Garrigues.

"C'était anticonformiste, dans la lignée de son envie de 'dépoussiérer la République'. Cela représentait la fin d'une ère, décrypte Alain Trampoglieri, ancien journaliste-reporter à l'Elysée et "Elyséophile" selon ses termes. Je me souviens, lors de la séance photo : quelqu'un a lâché le drapeau d'en haut et le photographe, Jacques-Henri Lartigue, a saisi l'instant où la tête du président apparaissait dans le foisonnement du drapeau."

Le seul hic : la largeur de la photo a toutefois pu perturber certains maires. "Ils l'ont accueilli bizarrement, car ils n'avaient tout simplement pas le bon cadre pour la mettre dedans", explique Alain Trampoglieri.

Mitterrand, le "lion" qui savoure sa victoire. François Mitterrand rompt avec VGE et se rapproche un peu de la tradition (voir). L'ancien président socialiste pose en effet assis, un livre ouvert à la main,  lui aussi en costume-cravate, mais de nouveau dans la bibliothèque de l'Elysée.

"C'était du Mitterrand tout craché. Il donnait l'impression d'un lion qui vient de combattre et qui se dit : j'ai gagné'. Il y a une impression de puissance et de pouvoir", se souvient Alain Trampoglieri. "Dans la photo de François Hollande par exemple il n'y a pas ça. Il n'y a pas de sensation de contemplation de la victoire. Le nouveau président donne une impression  de continuité avec les gens, d'impulsion vers l'avenir", note l'ancien journaliste.

"La photo de François Mitterrand était perçue comme incarnant un style politique particulier. Celui d'un président qui s'enracine dans la culture française, d'un président littéraire", ajoute Jean Garrigues.

"Beaucoup de douceur avait été apportée par Gisèle Freund", écrit la grande reporter du Figaro Valérie Duponchelle, qui qualifie la photo de "pur rébus visuel". "Et c'est un symbole historique voulu que de faire appel à cette photographe née dans une riche famille juive de Berlin, rescapée du nazisme et portraitiste de l'intelligentsia de son temps", poursuit-elle.

Chirac, le "populaire". Jacques Chirac décide de poser dehors, sur la pelouse de l'Elysée, tout comme François Hollande (voir). Il se tient debout, les bras croisés dans le dos.

"Jacques Chirac comme François Hollande ont voulu donner un côté populaire à la photo, en mettant de la distance avec le Palais de l'Elysée, le lieu du pouvoir", explique Jean Garrigues. "Mais contrairement à François Hollande, on perçoit dans la photo de Chirac une sorte de complicité avec la photographe Bettina Rheims, une amie de la famille. François Hollande semble moins en confiance. Il y a un respect profond envers le grand photographe de la République qu'est Raymond Depardon. Comme s'il se rendait compte, vue sa nouvelle fonction, qu'il venait de mériter de se faire photographier par lui", ajoute Alain Trampoglieri.

"Avec Bettina Rheims, glamour, frondeuse et libertine, le président Chirac décide d'être lui-même. Il sort donc au jardin - une première -, ôte ses larges lunettes carrées en écaille qui lui font un look marqué de grand entrepreneur, raconte la plume de Valérie Duponchelle. Une certaine décontraction dans la pose, bras croisés derrière le dos, renvoie l'image d'un homme naturel (la Corrèze!), habitué à la confrontation publique ; sa haute stature, soulignée par une légère contre-plongée, celle d'un athlète que la rude tâche politique n'effraie pas."

Sarkozy, "l'erreur de communication."  Nicolas Sarkozy retourne dans la bibliothèque et pose debout devant deux drapeaux : la France et pour la première fois l'Union européenne (voir). Et cette photo est loin de faire l'unanimité.

"D'avis unanime, ce portrait en pied du président Sarkozy, à côté d'un drapeau français trop grand et qui retombe comme la voile des marins au pot au noir, est une erreur de communication, raille la journaliste du Figaro. Qui remarque les étoiles de l'Europe? Le cliché, pris en 2007, est l'œuvre d'un photographe people, Philippe Warrin, qui s'est distingué dans le Loft et la Star Ac."

"Cette photo est sombre, et elle rendait un peu triste les salles de conseil municipal ! Celle de François Hollande, plus lumineuse, devrait donner un peu plus d'oxygène, poursuit Alain Trampoglieri. Mais il y a une raison à ce défaut de communication : la photo a été faite à la va-vite, entre deux rendez-vous. Le président a été mis devant le fait accompli et n'était pas préparé".