Estrosi veut "mater" les gens du voyage
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Invité du Grand Rendez-vous d'Europe 1, l'édile UMP de Nice a "appelé les maires de France à la révolte".

Christian Estrosi, député UMP des Alpes-Maritimes et maire de Nice, était l'invité du Grand Rendez-vous Europe 1/ i>Télé/ Le Parisien-Aujourd'hui en France dimanche matin. L'occasion de revenir, notamment, sur l'invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy jeudi par le Conseil constitutionnel qui met en difficulté financière l'UMP, mais aussi sur l'expulsion de gens du voyage occupant des terrains illégalement à Nice.

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#SUR LES ROMS ET GENS DU VOYAGE

Un "mode d'emploi". Interrogé sur l'accueil des gens du voyage, Christian Estrosi a tempêté : l'heure est à "la révolte", estime-t-il, faisant au passage l'amalgame avec la communauté rom. Pour l'élu, l'expulsion de personnes occupant des terrains illégalement a été rendue plus difficile par la circulaire Valls de 2012. Aussi, "j'appelle les maires de France à la révolte quelque part et à utiliser le mode d'emploi qui est le mien", a déclaré le maire de Nice. "Nous disposons de moyens qui nous permettent de le faire." Il appelle les maires de France à "ne pas céder" : "le pire des exemples dans cette affaire, c'est de céder. Je n'ai lâché sur rien", a-t-il martelé.

"Je vous materai". Et de citer l'exemple de gens du voyage installés illégalement sur un terrain de football à Nice et qui auraient déclaré qu'ils y resteraient trois semaines : "j'en ai maté d'autres, je vous materai", assure leur avoir dit Christian Estrosi. "La première chose que je fais, c'est de vous mettre des caméras partout pour surveiller vos faits et gestes dans les quelques heures qui viennent. On va noter ceux qui rentrent, sortent, à quelle minute, à quel moment et ce que vous allez faire partout, dans la ville, dans la métropole, etc."

"De belles et grosses caravanes". "Je vais relever les plaques d'immatriculations les unes après les autres", poursuit le maire de Nice. "Je fais un référé devant le tribunal à titre conservatoire pour pouvoir saisir les véhicules, vous savez ces belles et grosses voitures avec lesquels ils tirent leurs belles et grosses caravanes pour lesquelles les Français, il [leur] faudrait quelque fois toute une vie pour se payer la même." Présentant une facture de 500.000 euros, le maire de Nice affirme avoir dit : "non seulement vous allez partir, mais avant, vous allez payer. Si vous ne payez pas, OK, saisie des véhicules pour pouvoir rembourser ce que les contribuables de Nice n'ont pas à payer."

"Je vais envoyer mon mode d'emploi à tous les maires de France pour qu'ils sachent pendant tout l'été quels moyens utiliser face à un pouvoir socialiste qui ne les accompagne pas", a enfin annoncé Christian Estrosi. Le maire de Nice voient-ils les gens du voyage et les Roms comme des délinquants ? "Quand on entre par effraction quelque part, on est un délinquant", a-t-il simplement déclaré.

Le porte-parole du PS, Eduardo Rihan Cypel a vivement réagi à ces propos, les qualifiant d'"invraisemblables" : "Monsieur Estrosi appelle carrément à des pogroms. On a l'impression d'avoir un milicien et non pas un élu de la République qui s'exprime", a fustigé le député au micro d'Europe 1. Pour Eduardo Rihan Cypel, Christian Estrosi "cherche à faire plus dur que le FN", "qui est extrêmement haut dans sa ville".

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#SUR L'ISLAM

Islam et démocratie "totalement incompatibles". Christian Estrosi s'est par ailleurs fermement opposé à une déclaration de François Hollande lors de son voyage officiel en Tunisie, faisant état que "la France sait que l’Islam et la démocratie sont compatibles". "On ne peut pas se revendiquer de partout de la laïcité et en même temps dire que l'Islam et la démocratie sont parfaitement compatibles", a affirmé Christian Estrosi en retour. "Dès qu'en France vous avez dans une crèche, dans une école, dans un lieu public, quelqu'un qui afficherait un signe ostentatoire d'une appartenance à une religion, tout le monde se met à hurler, ce qui, parce que je défends les principes de la laïcité, me parait totalement légitime", a confié l'édile de Nice.

"Quand je vois ce qui est en train de se passer en Égypte et dans un certains nombre de pays au nom de l'islam, je suis particulièrement inquiet", a-t-il poursuivi avant de conclure : "et donc pour moi c'est totalement incompatible, je veux que l'on défende l'idée de liberté et de démocratie à partir du principe de la laïcité, qui fait le modèle de notre pays".

#SUR L'UMP

"Un impôt sur l'opposition". Christian Estrosi était également interrogé sur les difficultés financières que traverse son parti politique, l'UMP, depuis que le Conseil constitutionnel a invalidé les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Cela équivaut à un "impôt sur l'opposition", a estime l'élu. Assurant "respecter la décision du Conseil constitutionnel", Christian Estrosi a néanmoins jugé "cette sanction (...) tout à fait disproportionnée". "Qui peut concevoir parmi les Français gauche ou droite, qu'un simple dépassement de 2,1% c'est-à-dire d'environ 400.000 euros conduise à un nouveau impôt qui s'appellerait un impôt sur l'opposition ?", interroge-t-il.  "On donne le sentiment qu'il y a un nouvel impôt dans notre pays qui serait un impôt sur l'opposition de 11 millions d'euros pour 400.000 euros." "C'est un étouffement de l'opposition", a jugé Christian Estrosi.

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"Changer la loi". "C'est une application sévère d'une loi inadaptée", a-t-il insisté. "On a le sentiment dans notre pays que quand on est élu pour cinq ans, on ne peut exercer sa fonction de président de la République que pour quatre ans puisqu'on considère que la cinquième année, si à chaque fois que vous sortez vous ne dites pas du mal de vous-mêmes, ça risque de vous être imputé", a-t-il regretté. "Bien sûr qu'il faut changer la loi !", a-t-il conclu.

Près de 2 millions d'euros de dons. Quant à l'appel aux dons lancé par l'UMP, il a déjà rapporté près de 2 millions d'euros, selon Christian Estrosi. "Je vous le confirme, le site de l'UMP, comme le site de Nicolas Sarkozy, lesamisdenicolassarkozy.fr, explosent, c'est-à-dire qu'en quelques heures, en quelques jours, on peut estimer déjà à pas loin de 2 millions d'euros la participation d'un certain nombre de Français de tous bords", a-t-il déclaré.

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"Un système organisé" contre le retour de Sarkozy. Christian Estrosi a également évoqué un "sentiment d'acharnement" contre Nicolas Sarkozy. "Il ne faut pas prendre la décision du Conseil constitutionnel comme un acharnement mais quand vous prenez Bettencourt dont on voit que ça fait plouf, si vous rajoutez Khadafi, si vous rajoutez les sondages, si vous rajoutez l'affaire Tapie, et maintenant la décision du Conseil constitutionnel, comment vous ne voulez pas que les Français et les Françaises ne prennent pas tout ça comme une sorte d'acharnement ?", a-t-il demandé. C'est "une accumulation de décisions fait que qu'ils [les Français] le ressentent comme ça", a jugé l'élu.

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 Le député juge même qu'"un système organisé" veut empêcher le retour de l'ancien chef d'Etat sur la scène politique. "Oui, j'affirme qu'il y a aujourd'hui un système organisé pour pouvoir empêcher le retour de Nicolas Sarkozy s'il le souhaite ou le désire", a résumé Christian Estrosi, admettant toutefois qu'il n'y avait pas de "complicité" des juges du Conseil constitutionnel mais qu'il s'agissait là d'un "sentiment et de perception des Français".