Entre Macron et Hamon, la Hollandie se déchire

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Entre Macron et Hamon, la Hollandie se déchire
Jean-Yves Le Drian, fidèle de François Hollande, a rallié Emmanuel Macron.@ ALAIN JOCARD / AFP
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Le ralliement à Emmanuel Macron de Jean-Yves Le Drian, jeudi, acte une partition au sein des proches de François Hollande entre ceux qui restent fidèles au Parti socialiste et les néo-macronistes.

La rumeur courait depuis une bonne semaine déjà. Jean-Yves Le Drian a fini par mettre fin au vrai-faux suspense autour de son soutien pour la présidentielle. Dans une interview à Ouest-France, jeudi, le ministre de la Défense a annoncé qu'il rejoignait Emmanuel Macron.

Un soutien de poids. Très proche de François Hollande, celui qui est aussi président de la région Bretagne est une prise de choix pour le fondateur d'En Marche!. C'est l'un des rares membres de l'exécutif encore populaire, détenteur qui plus est d'un portefeuille régalien. Alors qu'Emmanuel Macron a du mal à être audible sur les questions de défense et internationales, ce ralliement compte beaucoup pour lui. L'ancien ministre de l'Économie avait d'ailleurs veillé à ménager Jean-Yves Le Drian dans ses déclarations, alors que les rumeurs de soutien de Manuel Valls lui avaient arraché des commentaires plutôt piquants ("Je n'ai pas ouvert une maison d'hôtes").

Le Drian n'est pas le premier… Le soutien d'un membre de l'exécutif hollandais historique à son adversaire est, en revanche, un (nouveau) camouflet pour Benoît Hamon. Qui prouve, s'il en était encore besoin, que les proches du chef de l'État sont bel et bien tiraillés entre leur loyauté au Parti socialiste et leurs réticences à s'afficher aux côtés d'un frondeur, dont les positions notamment en matière d'économie diffèrent tant des leurs. Si Jean-Yves Le Drian est le plus important, il n'est pas le premier des hollandais à franchir le Rubicon. Mardi déjà, Bernard Poignant, conseiller spécial de François Hollande, avait annoncé son soutien à Emmanuel Macron. "J'aurais du mal à voter pour quelqu'un qui a mis son nom sur trois motions de censure du gouvernement", avait-il justifié. "Macron est le seul candidat issu des rangs de la gauche qui peut se qualifier pour le second tour de l'élection [présidentielle] et éviter un face-à-face Le Pen-Fillon."

…et probablement pas le dernier. Jean-Pierre Mignard, avocat et ami de François Hollande, avait quant à lui officialisé sa préférence pour le fondateur d'En Marche! dès le mois de décembre. Vieil ami du chef de l'État, qui l'avait conseillé pendant la campagne de 2012, Robert Zarader a fait de même. Ainsi que Dominique Villemot, autre intime du président, qui assurait même au JDD en janvier que "François Hollande va probablement soutenir Macron". Enfin, François Rebsamen a adopté une position pour le moins ambiguë, affirmant soutenir Benoît Hamon mais sans exclure de voter pour l'ancien ministre de l'Économie.

Reste à savoir ce que feront les autres proches de François Hollande, et notamment Stéphane Le Foll et Michel Sapin. Pour l'instant, il leur semble urgent d'attendre. Les ministres de l'Agriculture et des Finances ne portent pas vraiment Emmanuel Macron dans leur cœur. Ses écarts répétés avec la ligne gouvernementale, puis sa démission du gouvernement en septembre dernier, avaient été vues comme autant de trahisons. Un sentiment partagé par beaucoup de hollandais historiques. "Mais au final, la plupart d'entre eux finiront par [le] choisir", estime une source gouvernementale au Monde.

Quelques légitimistes. Quelques-uns ont cependant fait le choix de rester légitimistes, avec plus ou moins d'entrain. Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, s'implique ainsi beaucoup dans la campagne de Benoît Hamon, s'affichant au premier rang de ses meetings. Officiellement, Bernard Cazeneuve aussi soutient le vainqueur de la primaire à gauche, auteur de Pour la génération qui vient (éditions Equateurs). Avec beaucoup moins d'ardeur. Le Premier ministre reste surtout attaché à maintenir coûte que coûte cohérence et harmonie au sein de son gouvernement. Une mission qui risque d'être de plus en plus difficile, d'autant que la consigne donnée par François Hollande à l'exécutif de ne pas prendre parti -et que certains ont donc allègrement enfreinte- ne tient que jusqu'au 24 mars.