En pleine campagne pour la présidence LR, le blues des "Jeunes Républicains"

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En pleine campagne pour la présidence LR, le blues des "Jeunes Républicains"
Les Jeunes Républicains ont parfois du mal à se passionner pour la campagne interne.@ GUILLAUME SOUVANT / AFP
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Après une présidentielle et des législatives éprouvantes, les jeunes LR tentent de se remobiliser pour l'élection du président de leur parti. Sans cacher, pour certains, leur profonde lassitude.

"En 2016, on disait vivement l'année prochaine. En 2017, on a hâte que ça se termine." Il suffit d'une phrase de Stéphane Tiki, secrétaire national LR, pour résumer l'état d'esprit de bien des militants Jeunes Républicains. Celui qui en a assuré la présidence pendant quelques mois entre 2014 et 2015 le reconnaît volontiers : la présidentielle perdue et les législatives décevantes ont laissé des traces chez les adhérents LR de moins de 30 ans. Mais la perspective de la campagne interne pour la présidence du parti, lancée officiellement il y a deux semaines, et surtout celle d'une refondation et d'un rassemblement de la famille politique dans la foulée, sont à même de remobiliser les troupes.

Dans un moment aussi charnière de la vie de la droite traditionnelle, Stéphane Tiki divise le monde en deux catégories. "Ceux qui regardent avancer l'Histoire. Et ceux qui font avancer l'Histoire." En espérant que les jeunes LR se rangent dans la deuxième.

Douloureuse présidentielle. La présidentielle, tous l'ont mal vécue. Ceux qui ont tenu avec François Fillon jusqu'au bout comme ceux qui l'ont lâché. Caroline Romain, jeune militante des Hauts-de-Seine de 25 ans, profondément convaincue par le programme du candidat, avait adhéré aux Jeunes Républicains après sa victoire à la primaire, pleine d'enthousiasme. Et avoue aujourd'hui que "ça a été très difficile". "On s'est pris beaucoup de réflexions, beaucoup d'irrespect quand on tractait", se souvient-elle. Bertrand Duc, référent départemental des Jeunes Républicains de la Marne, qui, lui, avait appelé au retrait de François Fillon, est bien plus sévère. "On savait très bien qu'on allait au suicide collectif", assène le trentenaire, soutien historique de Nicolas Sarkozy. "La droite a complètement explosé."

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"L'enthousiasme n'est plus là." Les législatives, qui ont permis à LR de constituer le plus gros groupe d'opposition à l'Assemblée mais pas d'emporter la majorité, n'ont rien arrangé. "On s'est pris la vague En Marche en pleine figure", résume Flora Sabbagh, référente départementale Jeunes Républicains des Yvelines. Difficile, dans ce contexte, de trouver la force de rebondir. "Pour l'instant, on essuie beaucoup les plâtres, surtout chez les jeunes", poursuit l'étudiante de 23 ans. "Même dans un département comme le mien, historiquement de droite, l'enthousiasme n'est plus là. On essaie de tenir les digues, mais certains sont partis chez Emmanuel Macron. D'autres ont jeté l'éponge."

Départs. Dans sa fédération locale du Nord, Antoine Sillani, 26 ans, a fait un décompte à la louche. D'environ 450 Jeunes Républicains au début de la campagne présidentielle, ils sont passés à 300 après les législatives. "On ne vit jamais bien une défaite", note-t-il. "Même si celle-là était moins difficile que celle de 2012, car moins surprenante." Aujourd'hui, le nombre d'adhésions repart à la hausse. Et le référent départemental se démène pour organiser jusqu'à trois événements par semaine. "Il a fallu faire ça pour tenir les militants." Tous disent comprendre la désillusion, la lassitude, l'abandon. "Mais si nous, la nouvelle génération, on n'y croit pas, qui va y croire ?" s'interroge Stéphane Tiki. "On a pleuré, maintenant, il faut reconstruire."

Même dans un département comme le mien, historiquement de droite, l'enthousiasme n'est plus là. On essaie de tenir les digues, mais certains sont partis.
Flora Sabbagh, référente Jeunes Républicains des Yvelines

Rebond. Pour trouver un nouvel élan, certains misent sur la campagne interne pour la présidence du parti. Ceux qui ont trouvé un nouveau candidat à soutenir sont les plus motivés. Dans les Yvelines, Flora Sabbagh, sarkozyste à l'origine, s'investit désormais pour la campagne de Laurent Wauquiez. "On doit faire émerger une génération Wauquiez, comme il y a eu une génération Sarkozy avant", estime celle qui cite les ralliements de Virginie Calmels, première adjointe d'Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, ou Geoffroy Didier, soutien de l'édile girondin à la primaire, pour démontrer que le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes "rassemble".

"On tombe une fois, on se relève". Caroline Romain, la filloniste convaincue, soutient désormais Florence Portelli, "ce qui est assez logique" étant donné que la maire de Taverny a été porte-parole du candidat à la présidentielle jusqu'au bout. "Dans la vie, il faut lutter. On tombe une fois, on se relève. Florence Portelli a toujours été droite. Et elle veut préparer le parti, le refonder. Laurent Wauquiez, lui, sera plus concentré sur la présidentielle", explique la jeune femme, qui justifie aussi son choix par une envie de renouveau que n'incarne pas, selon elle, Laurent Wauquiez.

Un argument également repris par les soutiens de Maël de Calan, troisième candidat en lice, proche d'Alain Juppé. Sébastien Prevost, militant de 20 ans dans la Creuse, est de ceux-là. "Je tracte, j'essaie de trouver des Jeunes Républicains et de discuter avec eux des opinions de Maël", raconte celui qui était "un peu dégoûté" après la défaite du maire de Bordeaux à la primaire mais est resté contre vents et marées, contrairement à certains de ses amis, venus chez les Jeunes Républicains pour Alain Juppé, et qui ont quitté le navire pendant la campagne de François Fillon.

Je suis usé de toutes ces campagnes internes, on passe notre temps à ça. J'ai le sentiment qu'on refait le match de la primaire.
Bertrand Duc, référent départemental Jeunes Républicains de la Marne

"Usé de toutes ces campagnes internes". Ceux qui n'ont pas trouvé de nouveaux champions ou regrettent les anciens, eux, ont souvent plus de mal à s'y mettre. La "génération 2007", qui s'est enflammée pour le Nicolas Sarkozy de la grande époque, largement élu à la tête du parti en 2005, est parfois tentée de regarder dans le rétroviseur avec nostalgie. "La campagne se passe bien mais l'élection interne intéresse moins que d'habitude", reconnaît Antoine Sillani. Solidarité nordiste oblige, il soutenait Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais, avant que sa candidature soit retoquée, faute de parrainages suffisants. Désormais, le référent des Jeunes du Nord, qui prônait une élection plus tardive, se contente d'organiser la venue de chaque candidat sur son territoire. "Moi je suis un passionné, je n'ai jamais arrêté, mais on a certains militants qui sont désabusés."

Dans la Marne, Bertrand Duc, élu à Reims, n'a parrainé aucun des candidats, "par foi". "Je suis usé de toutes ces campagnes internes, on passe notre temps à ça", regrette-t-il. "Entre 2007 et 2012, quand Nicolas Sarkozy était au pouvoir, le PS était très fort dans l'opposition. Nous, [depuis 2012], on n'a pas su le faire, on était trop occupés à nos guéguerres internes. Là, j'ai le sentiment qu'on refait le match de la primaire. On s'est fait laminer pendant la présidentielle, refaire une élection tout de suite, c'est incohérent."

Une élection "pas passionnante" mais nécessaire. "Je comprends ceux qui sont blasés par l'élection", confie Flora Sabbagh. "Le processus démocratique interne en lui-même n'est pas passionnant. On passe par là parce qu'on doit y passer." Parce que "la droite a toujours fonctionné avec un chef", comme le rappelle Stéphane Tiki, mais aussi parce que cela permet de fanfaronner. "Au moins, nous, on a une véritable élection, ce qui n'est pas le cas de tout le monde", raille l'ancien président des Jeunes Républicains, alors que Christophe Castaner est l'unique candidat à la délégation générale de La République en marche!, et que Marine Le Pen sera la seule candidate à sa propre succession à la tête du Front national l'année prochaine.

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Pas de pronostic. Quoi qu'il en soit, rares sont ceux qui s'aventurent à dire que l'élection est jouée d'avance, en dépit de la position ultra-favorite de Laurent Wauquiez. "Si j'ai retenu une leçon de l'année qui vient de s'écouler, c'est qu'on ne peut rien pronostiquer", s'amuse Antoine Sillani, le référent du Nord. "On dit que Laurent Wauquiez est le grand favori mais cela vient juste de commencer", assure Caroline Romain, qui compte bien voir la surprise de la primaire se répéter en faveur Florence Portelli. "Ça va monter en puissance", promet-elle.

"Le parti n'a rien à proposer aux jeunes". Engagés ou non dans la campagne pour la présidence, emballés ou blasés, tous les Jeunes Républicains appellent de leurs vœux une refondation profonde du parti. Un renouvellement des instances d'abord, notamment celles des Jeunes Républicains, laissées en jachère depuis des mois. La présidente, Marine Brenier, ayant rejoint les Constructifs à l'Assemblée, elle a en effet été relevée de ses fonctions. Et le bureau national, profondément renouvelé pendant la présidentielle, a été décimé. "On avait placé, parfois de manière brutale, des gens proches de tous les courants. La moitié a lâché Fillon pendant la campagne et certains ne sont même plus chez LR", raconte Antoine Sillani. "Le bureau national est une coquille vide", regrette Flora Sabbagh, qui estime que les Jeunes ont du mal à se faire entendre dans ces conditions. "Pour l'instant, le parti n'a rien à proposer aux jeunes, c'est dramatique. Un jeune, il a envie qu'on lui offre des possibilités d'évolution, en plus du fond."

"Qu'on puisse enfin bosser". C'est justement parler de fond qui enthousiasme les militants et les pousse à tenir la barre. "J'attends vraiment que cette élection se termine, qu'on puisse enfin bosser", soupire Bertrand Duc. Qui souligne que les Jeunes Républicains sont déjà au travail, avec "des remontées de terrain quotidiennes" et des propositions du "Lab Républicains", le think tank lancé par Aurane Reihanian, président des Jeunes avec Laurent Wauquiez, ancien attaché parlementaire du candidat. Celui-ci a d'ailleurs entamé un tour des fédérations pour "parler avec les Jeunes Républicains, les écouter et entendre leurs propositions", décrit Flora Sabbagh.

C'est vrai, on est descendus bas. Mais on a mieux rebondi que les socialistes.
Sébastien Prevost, militant Jeunes Républicains de la Creuse

La perspective d'une victoire de Laurent Wauquiez, qui a dit à plusieurs reprises vouloir faire monter de nouveaux talents, a d'ailleurs tendance à rassurer les militants.

Rallier la jeunesse. Dans le Nord, Antoine Sillani organise des réunions régulières "pour parler de thèmes traditionnellement peu abordés par la droite, comme la démocratie participative, les nouvelles économies et l'écologie". Une façon d'essayer de rallier les jeunes à la famille politique, alors que 91% d'entre eux n'ont pas choisi François Fillon à la présidentielle. "Un candidat qui n'a pas la jeunesse avec lui ne gagnera jamais une élection nationale", assène Flora Sabbagh. L'enjeu est donc crucial. Tous le savent, et tous ont bon espoir de remettre la droite sur les rails. Et si la tentation est trop grande de se désoler en se regardant, il reste encore la solution de se consoler en se comparant. "C'est vrai, on est descendus bas", reconnaît Sébastien Prevost, le militant juppéiste dans la Creuse. "Mais on a mieux rebondi que les socialistes."