En fait, ils voulaient interdire la pêche en eaux profondes

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En fait, ils voulaient interdire la pêche en eaux profondes
Le Parlement européen a refusé d’interdire le controversé chalutage en eaux profondes... par erreur.
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BUG - Le 10 décembre, le Parlement européen a refusé d'interdire le chalutage en eaux profondes… par erreur.

Le vote… tronqué. Le 10 décembre, la nouvelle avait scandalisé la planète écologiste européenne. Ce jour-là, le Parlement européen rejetait un projet visant à interdire le chalutage en eaux profondes, une technique de pêche réputée ultra-destructrice pour les fonds marins. À l'issue d'un vote très serré, par 342 voix contre 326, les députés autorisaient donc les armateurs européens à employer cette méthode. Mais plusieurs députés ont ensuite fait savoir qu'ils s'étaient trompés. Et que le résultat aurait dû être inverse.

Une majorité pour l'interdiction. Comme le détaille le site spécialisé euractiv.fr, un document recense les votes à propos de ce projet (cf page 27). Et il recense également  les changements de positions enregistrées dans la foulée (p.28 du même document). Résultat, détaille le site : les archives du Parlement européen attribuent aujourd'hui une majorité de voix contre le chalutage en eau profonde, soit 343 voix sur 687 votants. Le comble, c'est que ce ne sont pas les cinq écologistes qui avaient voté contre qui ont opéré ce revirement de bord.

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© Reuters

Une formulation trop complexe. La formulation trop technique de l'amendement les aurait amenés à voter contre. "Les députés européens se sont emmêlés les pinceaux entre plusieurs textes qui leur étaient proposés", explique le site. "On rédige des consignes de vote, par amendement et par texte, pour chaque groupe politique", témoigne également un attaché parlementaire du Parlement européen. "Mais en cas de changement de dernière minute, il y a des cafouillages", poursuit-il.

Pas de valeur juridique. Au grand dam des écologistes, il est impossible de revenir sur un vote du Parlement européen. "Juridiquement, ce nouveau résultat n'a aucune valeur", regrette ainsi le député vert français Jean-Paul Besset. L'ONG Bloom, farouchement opposée au chalutage en eaux profondes, espère toutefois que les Etats tiendront compte de ce vote officieux. "Les Etats membres doivent désormais discuter de ce dossier au conseil des ministres européens de la pêche : ils devront prendre en compte ce résultat réel même s'il ne peut être changé officiellement", réclame ainsi Claire Nouvian, directrice de Bloom, citée par Le Monde.

Chalutage intermarché

Pourquoi le chalutage en eaux profondes est-il controversé ? Cette technique de pêche consiste à tracter un filet sur les fonds marins compris entre 400 à 1.500 mètres sous la surface des flots. Pratiquée essentiellement au large de l'Ecosse et de l'Irlande, elle est dénoncée par les écologistes et le gros de la communauté scientifique comme particulièrement destructrice pour les fonds marins et les espèces fragiles des grands fonds, nés il y a des millions d’années. Selon l’ONG environnemental Bloom, les pêcheurs ne retiennent que 3% de leurs prises, le reste étant rejeté à la mer, après avoir été dégradé. D’après elle, si cette pratique était employée à la surface, elle raserait Paris en un jour et demi.

La technique est utilisée à 90% par la France, l'Espagne et le Portugal. Et sur les onze navires en activité en Europe, neuf sont français et six appartiennent à la Scapêche, premier armateur national de pêche fraîche, appartenant au distributeur Intermarché.