Les candidats à la présidentielle ont-ils déjà travaillé ?

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Les candidats à la présidentielle ont-ils déjà travaillé ?
Philippe Poutou, candidat du NPA, en compagnie de ses collègues de l'usine Ford de Blanquefort. @ THOMAS SAMSON / AFP
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Les onze candidats à la présidentielle ont mené des carrières professionnelles bien différentes jusqu’à cette élection.

Certains sont des professionnels de la politique depuis plusieurs décennies, d’autres mêlent mandats et métiers dans le civil, quand les derniers ont aménagé leur emplois du temps pour mener une campagne éphémère. Europe1.fr s’est penché sur le parcours des onze candidats à l’élection présidentielle.

Nathalie Arthaud, la prof d’éco-gestion du 93

Loin d’être une professionnelle de la politique, Nathalie Arthaud est professeur d’économie et de gestion à temps partiel : au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, bastion rouge de Seine-Saint-Denis, après avoir enseigné dans le Rhône. Pour cette campagne, elle a d’ailleurs pris un congé électoral, comme en 2012, lors de sa première présidentielle en tant que représentante de Lutte Ouvrière. Elle expliquait alors à Slate que son métier "était d’abord et avant tout un gagne-pain". Et racontait son quotidien ordinaire d’enseignante engagée en politique : "Quand la crise des subprimes a éclaté, ils m’ont demandé ce que c’était. Je leur ai répondu d’où cette crise venait et livré l’analyse sur la spéculation. Dans ces cas-là, j’essaye surtout de les faire se forger leur propre opinion. L’éducation, c’est aussi développer l’esprit critique."

Philippe Poutou, de mécanicien chez Ford à candidat à la présidentielle

Vingt-et-un-ans qu’il occupe ce poste. Député, maire, conseiller régional ? Non, Philippe Poutou travaille à l’usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux, depuis 1996. Loin du parcours d’un homme politique professionnel. Après avoir raté son bac mécanique, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste enchaîne les petits boulots comme intérimaire ou surveillant de collège, entre chez Ford à 29 ans et y signe un CDI de mécanicien en 1999. Il se fait connaître en 2009, quand il mène la lutte pour empêcher le gel des salaires du millier d’ouvriers qui travaillent à Blanquefort, sous la casquette de syndicaliste à la CGT.

Jean-Luc Mélenchon, ancien ouvrier, pompiste et journaliste

Des lettres, des lettres et encore des lettres. Titulaire d’une licence de philosophie, Jean-Luc Mélenchon devient tour à tour correcteur dans l’imprimerie, professeur de français, ouvrier puis journaliste, avant de quitter le Jura pour la région parisienne et de faire de la politique son métier. Mais il a également été pompiste dans une station-service de Besançon, où il fut aussi balayeur de l’horlogerie Maty. "D’un côté, je passais l’aspirateur, de l’autre j’étais trotskiste révolutionnaire", raconte-t-il à la journaliste Marion Lagardère dans Il est comment Mélenchon, en vrai ?. Cet engagement l’amène à épauler ses camarades de la célèbre usine Lip pour sauvegarder leur usine, au mitan des années 1970.

Benoît Hamon, une courte incursion dans le monde des sondages

En dehors de la politique, la carrière de Benoît Hamon est relativement courte : il a travaillé à l’institut de sondages Ipsos de 2002 à 2004, en tant que "directeur du planning stratégique", selon son CV en ligne. Et… c’est tout. Dès 2003, il se remet en ordre de marche dans le Parti socialiste avec l’animation du courant Nouveau Parti Socialiste. Depuis, il n’a plus quitté le PS et traîne une réputation d’apparatchik.

Jean Lassalle, la ruralité avant tout

Maire d’une petite commune du Béarn depuis près de quarante ans, Jean Lassalle a commencé sa carrière politique à l’âge de 21 ans. Il fonde en 1979 un cabinet-conseil spécialisé en hydraulique et en aménagement du territoire. Mais ce technicien agricole de formation n’a jamais abandonné sa passion des grands espaces (son père était berger) et on peut d’ailleurs le voir en train de travailler dans les champs au début d’une vidéo de Konbini sur le candidat.

Emmanuel Macron, l’apprenti-philosophe devenu banquier

Emmanuel Macron commence sa vie professionnelle par la rédaction avec le philosophe Paul Ricoeur de l’un des derniers ouvrages de ce dernier, La mémoire, l’histoire, l’oubli. Il intègre ensuite la promotion Senghor de l’ENA, avant d’entrer (comme de nombreux élèves de l’école) à l’Inspection des finances, qu’il quittera pour le secteur privé et la banque Rothschild en 2008, où il devient associé-gérant en 2010. Le "Mozart de la finance" rejoint François Hollande à l’Élysée en 2012, non sans avoir notamment piloté le rachat par Nestlé de la branche nutrition infantile de la compagnie américaine Pfizer. Un "coup" à neuf milliards d’euros qui s’ajoute aux autres faits d’armes d’un personnage qui semblait peu estimer la profession qu’il exerçait : "Le métier de banquier d’affaires n’est pas très intellectuel. Le mimétisme du milieu sert de guide", critiquait-il en 2012, dans le livre de Martine Orange Rothschild, une banque au pouvoir.

François Fillon, une brève parenthèse en société de conseil

Plus jeune député de France en 1981, François Fillon n’a jamais véritablement travaillé en dehors des mandats politiques qu’il a exercés. Il considère même que la carrière de parlementaire, "ce n’est pas une carrière professionnelle", comme il le déclarait lors du débat de l’entre-deux tours de la primaire de la droite. Mais récemment, la maigre carrière parallèle de l’ancien Premier ministre a été mise en lumière avec des révélations sur les clients de 2F Conseil, une société de conseil qu’il a créée à son départ de Matignon en 2012. Depuis son retour sur le premier plan de la scène politique, il s’est progressivement désengagé de l’entreprise.

Nicolas Dupont-Aignan, pur professionnel de la politique

Le candidat de Debout La France a toujours baigné dans le monde de la politique. Diplômé de Sciences Po, sorti de l’ENA en 1989, Nicolas Dupont-Aignan devient administrateur civil, un poste interministériel placé sous la tutelle du Premier ministre. Il s’ouvre ensuite les portes de la mairie de Yerres en 1995 et celle de l’hémicycle avec un poste de député décroché en 1997. Depuis, il est resté un professionnel de la politique, avec différents mandats locaux et nationaux.

Marine Le Pen, d’abord avocate des sans-papiers

Le parti familial comme objectif par défaut. Jeune, Marine Le Pen n’avait pas l’intention de prendre des responsabilités au Front national, créé par son père au début des années 1970. Fêtarde, elle se dirige plutôt vers le droit, comme Jean-Marie Le Pen, et devient avocate. Mais ses débuts professionnels sont compliqués car aucun cabinet ne l’embauche en raison de la réputation familiale et il faut l’appui de l’avocat Georges-Paul Wagner, un proche du président du FN, pour qu’elle mette un pied dans le monde du droit, en 1992. Aussi étonnant que cela puisse paraître en 2017, Marine Le Pen défend alors des sans-papiers, comme le rappellent aujourd’hui David Doucet et Mathieu Dejean, auteurs d’un livre sur sa jeunesse cachée. C’est d’ailleurs en qualité d’avocate qu’elle rentre au service juridique du Front national, en 1998. Sa carrière politique commence alors.

François Asselineau, un "penseur" souverainiste diplômé de l’ENA

Un profil méconnu, mais pas si différent des autres. François Asselineau est diplômé de HEC, de l’ENA (promotion Léonard de Vinci, en 1985) et devient par la suite inspecteur des finances avant de rejoindre plusieurs cabinets ministériels et de créer son parti, l’UPR, en 2007. Sa page biographique sur le site de l’UPR mentionne également qu’il a été professeur et écrit "sous des pseudonymes dans plusieurs revues". Il se définit lui-même comme "penseur".

Jacques Cheminade, diplomate tendance complotiste

Comme François Asselineau, il a fait HEC et l’ENA. Mais lui est plus vieux (75 ans contre 59 pour le candidat de l’UPR) et a connu autre chose que les cabinets politiques. Fonctionnaire à la direction des relations économiques extérieures du Ministère de l’Économie, il est nommé attaché commercial de l’ambassade de France aux Etats-Unis en 1972, trois ans après sa sortie de l’ENA. Il démissionne de l’administration publique en 1981 et c’est ensuite le flou : son site indique qu’il consacre depuis son temps à "combattre la mondialisation financière et l’oligarchie qui la compose", mais hormis le poste de secrétaire général du parti ouvrier européen occupé de 1982 à 1989, Jacques Cheminade ne mentionne que l’écriture bi-mensuelle d’un éditorial dans Nouvelle solidarité, l’organe de presse de Solidarité et progrès, le parti qu’il crée en 1996. Il a aussi rédigé une dizaine de livres sur le souverainisme. Sa référence absolue reste le général de Gaulle, sur qui il a écrit un essai avec le complotiste américain Lyndon LaRouche, en 1981.