La déclaration de "bon élève" du candidat Macron

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La déclaration de "bon élève" du candidat Macron
@ AFP
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Plus fermé, moins spontané qu'à son habitude, le fondateur d'En Marche! n'a pas réussi à traduire dans son discours et son attitude sa volonté de "casser les codes", mercredi, lors de sa déclaration de candidature à Bobigny.

"On ne fera rien comme les autres", avait prévenu son équipe. Si entretenir un vrai-faux suspense autour d'une déclaration de candidature ressemble pourtant à la stratégie de nombre de personnalités politiques, Emmanuel Macron a, en effet, innové sur le lieu dans lequel s'est déroulée la sienne, mercredi. Le fondateur d'En Marche! s'est exprimé depuis un centre d'apprentissage, à Bobigny, en région parisienne, dans un hangar et sans autre public que ses troupes et les dizaines de journalistes invités la veille.

Sur le discours en revanche, l'innovation était moyennement au rendez-vous. Pendant une vingtaine de minutes, l'ancien ministre de l'Économie a fait la synthèse rapide du "diagnostic" de la France dressé lors de la campagne de porte-à-porte de son mouvement. Avant d'aborder le vif du sujet. "Dans quelques mois, à l'occasion de l'élection présidentielle, une opportunité nous est offerte, celle de refuser enfin le statu quo pour choisir d'avancer, parce que ce combat que nous devons livrer, pour faire réussir notre pays, il commencera en mai 2017", a-t-il déclaré. "Pour le mener, la responsabilité du président de la République est immense et j'en suis pleinement conscient. C'est pourquoi je suis candidat à la présidence de la République."

Très (trop ?) solennel. Une déclaration très "normative et statutaire" pour Elodie Mielczareck, analyste du langage et des comportements, auteur de Déjouez les manipulateurs. "Emmanuel Macron a parlé continuité, histoire, présidence", explique-t-elle. "Il est resté très solennel. C'est évidemment un choix stratégique pour montrer qu'il a la stature d'un chef d'État." Et rassurer ceux qui pourraient être sensibles aux arguments de ses détracteurs, qui le jugent trop novice pour occuper la plus haute fonction du pays. "Il a voulu jouer, voire surjouer la gravité", abonde Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l'IFP et à l'université Paris II.

Néanmoins, ce discours ne sied pas très bien à l'ancien ministre de l'Économie. Pour Elodie Mielczareck, "il jouait un rôle, et cela se voit. Il est beaucoup plus à l'aise sur l'innovation, les investisseurs et les entrepreneurs. On aurait pu l'attendre plus conquérant, plus enthousiaste". 

Il jouait un rôle, et cela se voit. On aurait pu l'attendre plus conquérant, plus enthousiaste.

"Un côté très bon élève". Difficile, avec ce genre de propos, de renvoyer l'image d'un candidat dissident prêt à bouleverser les codes. Certes, Emmanuel Macron a bien pris soin d'égratigner l'ordre établi dans son discours, fustigeant "les appareils politiques, les logiques politiciennes" qui "paralysent aujourd'hui notre capacité [à aller] de l'avant", dénonçant "la vacuité de notre système politique". Mais il a gardé "un côté très bon élève", souligne Elodie Mielczareck. Et l'emploi répété de termes très abstraits ("émancipation", "dessein", "projet") conférait plus au discours philosophique que politique. Comme le résume la sémiologue, "ce sont des formules lourdes et alambiquées, qui peuvent être belles à l'oreille mais ne sont ni très franches, ni très spontanées". Et relèvent même parfois de la pure langue de bois.

"Complètement rigide". Ce manque de spontanéité s'est aussi retrouvé dans l'attitude d'Emmanuel Macron, qui a commencé par un clin d'œil et terminé dans un sourire, mais gardé un visage très fermé pendant l'intégralité de son intervention. "Il était complètement rigide, très droit, en hyper contrôle", juge Elodie Mielczareck. Chose rare chez celui qui a tenu plusieurs meetings de plus de deux heures sans pupitre ni notes, l'ancien ministre de l'Économie a cette fois "beaucoup lu" sa déclaration. "Jusqu'ici, l'un de ses marqueurs, c'était le dynamisme. Cela se voyait dans ses réunions publiques, il se déplaçait beaucoup, il était littéralement 'en marche'", explique Arnaud Mercier. "Là, il était statufié, étriqué." Emmanuel Macron a aussi pu être desservi par un stress qu'on ne lui connaissait pas. "Il sait très bien que les coups vont pleuvoir, qu'il vient de se jeter dans la cage aux fauves. Forcément, cela s'en ressent."

Quoi qu'il en soit, ce type de déclaration ne le sert pas forcément. "En face, beaucoup sont autrement plus statutaires que lui", note Elodie Mielczareck. "S'enfermer là-dedans pourrait bien le desservir." Mieux vaut pour le fondateur d'En Marche! qu'il poursuive sur son créneau qui, au vu des enquêtes d'opinion menées jusqu'ici, semble lui réussir : celui du renouveau.