Elle s'est fait passer pour une candidate au djihad et raconte

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INTERVIEW E1 - Anna Erelle a approché un recruteur djihadiste et raconte sa façon de procéder, une méthode de "commercial".

Invitée lundi matin d'Europe1, Anna Erelle - un nom d'emprunt - raconte son expérience. Cette journaliste s'est fait passer pour Mélanie, 20 ans et candidate au Djihad, pour en savoir un peu plus sur la psychologie et la méthode des recruteurs qui agissent sur internet.

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Cela commence sur internet. "Ça a commencé devant un ordinateur. On entre très facilement en contact avec l'Etat Islamique : en deux clics, vous tombez vite sur les pages de gens qui les soutiennent en Europe ou qui sont là-bas et qui recrutent. C'est leur métier premier de recruter. Je ne voulais pas qu'on sache que je suis journaliste. Je partageais certaines vidéos assez neutres. La personne qui apparaissait dans ces vidéos, un terroriste français d'une quarantaine d'années en Syrie, m'a contacté un jour d'avril en me demandant si j'étais musulmane et si je comptais venir faire mon djihad en Syrie, décrit-elle sur Europe1.

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"Une méthode de commerciale". "Mélanie" fait alors croire à "Abu Bilel" qu'elle est musulmane et prête à se rendre en Syrie, à épouser un "émir" de l'Etat islamique. "Il reste très prudent au début, il essaie de cerner sa proie, de voir quel genre est Mélanie. Une fois qu'il a cerné qu'elle était peut-être un peu fragile, qu'elle se rêvait en maman, il lui a vanté la Syrie comme un pays où elle pourrait être une mère de substituion, qu'elle serait très utile là-bas, et beaucoup plus heureuse. Il s'adapte psychologiquement à ce que vous dites et ce que vous semblez être".

Cette méthode de recrutement, "ça n'a pas grand-chose à voir avec la religion : on a l'impression d'avoir un commercial en face de soi", selon Anna Erelle. "C'est là où ils sont quand même assez forts : au début, on a l'impression qu'ils ne sont pas très pertinents et en fait ils le sont, ils savent très bien où ils vont, ils savent vous emmener".

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"Ma femme, mon bébé". Pour cela, raconte la journaliste, ils jouent sur l'affectif, et tentent de s'immiscer dans le cœur de la "candidate" une fois qu'ils ont réussi à la cerner. "Même sans connaître un visage, il m'a demandé de l'épouser en 48 heures, sans connaître la couleur de mes yeux ! Il explique que Mélanie lui fait énormément de peine, qu'il est le seul à pouvoir l'aider, qu'elle doit venir le retrouver. Il joue sur l'affectif : il l'appelle "Ma femme", "Mon bébé", toute la journée. Il ressemble à un adolescent meurtri de ne pas voir sa petite amie. Le clivage est fou ! Après, il vous parle des têtes qu'il a coupées, il revient sur comment s'habiller en-dessous d'une burqa intégrale pour son mari..."

La journaliste, qui ne se rendra jamais en Irak, où elle avait obtenu un rendez-vous, est aujourd'hui menacé pour ce lapin posé à celui qui pensait déjà être son futur époux. "Bilel a fait des captures d'écran de moi sur Skype. Physiquement, il sait qui je suis. Je ne me suis jamais sentie suivie, ou en danger. Mais c'est peut-être plus vicieux : c'est une menace suspendue, on ne sait pas si le couperet va tomber ou quand il va tomber", conclut-elle.

>> Pour écouter l'intégralité de l'interview, c'est par ici :



Erelle : "On a l'impression d'avoir un...par Europe1fr