Edouard Philippe sur la campagne présidentielle : "La réalité dépasse la fiction"

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Le député-maire du Havre, proche d'Alain Juppé, fait le constat d'une campagne très ouverte, si étonnante que rien ne semble encore joué.

INTERVIEW

Il y a quelques années, le député-maire juppéiste du Havre Edouard Philippe avait cosigné le roman Dans l'ombre, l'histoire fictionnelle d'une primaire qui virait au cauchemar pour son vainqueur. Une fiction prophétique au regard de l'actualité : François Fillon est une nouvelle fois pointé du doigt pour s'être fait offrir pour plus de 35.000 de costumes sur mesure. Le candidat de la droite à l'élection présidentielle saura par ailleurs mercredi s'il est mis en examen dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs présumés de son épouse ou s'il n'est que témoin assisté. Invité dans l'émission C'est arrivé demain, Edouard Philippe analyse cette situation politique inédite.

"Election un peu folle". François Fillon a plusieurs fois martelé qu'il irait jusqu'au bout. Sans boule de cristal, le député-maire estime "qu'il a des chances" d'aller vers une victoire. "Ce qui est frappant dans cette élection un peu folle qui désarçonne les électeurs, c'est qu'elle est extrêmement ouverte." Edouard Philippe a beau avoir écrit un ouvrage qui fait écho au moment présent, il assure que la "réalité dépasse la fiction", que n'importe quel auteur qui aurait proposé ce scénario se serait vu répondre qu'il allait (trop) loin.

Un rythme accéléré. Pour ce proche d'Alain Juppé, dans cette configuration de crise politique nouvelle, il y a cependant des invariants : "La politique, c'est toujours une histoire où vous désignez quelqu'un, il faut donc créer un lien de confiance, rencontrer les gens, les toucher, les entendre, leur proposer un programme. Et il y a des choses qui changent : le rythme, les chaînes d'info en continu il y a quelques années, les réseaux sociaux."

Les informations prennent, selon lui, une ampleur et explosent à une vitesse considérable. "Les citoyens peuvent choisir leur canal d'information. Des gens peuvent arriver à un dispositif où ils n'écoutent que ce qu'ils veulent entendre. Le débat à certains égards s'appauvrit. Le vrai débat public, qui permet éventuellement de changer d'avis, est très faible."

VIe République ? Edouard Philippe est aussi frappé par le fait "qu'énormément de gens, sans nécessairement partir vers l’extrémisme, considèrent que les règles du jeu telles qu'elles sont posées dans le système institutionnel français, ne permettent plus de produire et prendre les décisions dont nous aurions besoin."

Faut-il alors penser à une VIe République ? "Je suis embêté. Je déteste l'idée que lorsque quelque chose va mal, il faudrait changer les règles du jeu. C'est un aveu de faiblesse considérable", estime-t-il. Le système de la Ve République, "qui a d'ailleurs considérablement évolué depuis 1958, permet certes une stabilité mais plus personne ne pense qu'avec ces règles du jeu-là, on va être capable de faire rebondir le pays."