Discours de Manuel Valls : du général... et du concret

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Discours de Manuel Valls : du général... et du concret
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L’ESSENTIEL - Le nouveau Premier ministre a dévoilé sa feuille de route et n’a pas été avare en annonces.

Le discours de politique générale de Manuel Valls aura finalement été riche en précisions et en annonces concrètes. Le nouveau Premier ministre passait son grand oral devant les députés mardi après-midi. "Trop de souffrance, pas assez d'espérance. Telle est la situation de la France", ont été les premiers mots du chef du gouvernement. Passé ce constat, l’ancien ministre de l’intérieur a détaillé sa feuille de route. Comme prévu, il a laissé une large part à l’économie, mais pas seulement. Revue de détail.

>>> Le  discours de Manuel Valls en intégralité :

>>> L’ECONOMIE ET LES ECONOMIES

Sans surprise, l’économie a occupé une large part du discours de Manuel Valls. C’est sur ce thème que le nouveau Premier ministre était le plus attendu. Baisse d’impôts, pacte de responsabilité, pacte de responsabilité… Les annonces n’ont pas manqué.

5 milliards pour les plus modestes. Comme prévu, Manuel Valls a annoncé des allègements d’impôts, pour les ménages les plus modestes. Le Premier ministre a annoncé un effort de 5 milliards d’euros. Ces mesures comprendront des mesures d'allègements fiscaux mais aussi un coup de pouce sur les cotisations salariales des salaires au niveau du Smic, a-t-il précisé.

Pacte de responsabilité : baisse des charges patronales… Manuel Valls a confirmé les objectifs de François Hollande au sujet du fameux pacte de responsabilité, censé alléger les charges des entreprises au profit de l’emploi de l’investissement. "Nous porterons les allégements du coût du travail à 30 milliards d'ici 2016", a ainsi déclaré le Premier ministre. Cette somme se répartira en un Crédit d'impôt compétitivité emploi qui doit en vitesse de croisière dès l'année prochaine alléger la masse salariale de 20 milliards d'euros (après 12 milliards cette année) sur les salaires inférieurs ou égaux à 2,5 Smic.

Les cotisations patronales à l'Urssaf (réseau de collecte des cotisations) seront "entièrement supprimées" au niveau du SMIC au 1er janvier 2015. Cela permet d'aboutir à "zéro charge pour l'employeur d'un salarié payé au Smic", selon le Premier ministre. Dès lors, le barème des allégements existants entre le Smic et 1,6 fois le Smic "sera modifié en conséquence". "Nous y consacrerons 4,5 milliards d'euros", a-t-il souligné. Par ailleurs, "pour les salaires jusqu'à 3 fois et demi le Smic, c'est-à-dire plus de 90% des salariés, les cotisations famille seront abaissées de 1,8 point au 1er janvier 2016", a-t-il annoncé. "Cela représente un allégement supplémentaire de près de 4,5 milliards d'euros", a-t-il précisé.

…Et salariales. Le Premier ministre a aussi annoncé une baisse des cotisations salariales pour les salariés payés au SMIC à compter du 1er janvier 2015, dans le cadre du pacte de solidarité annoncé par François Hollande au lendemain des élections municipales. "Le pacte est aussi un pacte de solidarité, il doit améliorer le pouvoir d'achat des salariés les plus modestes", a affirmé Manuel Valls lors de sa déclaration de politique générale devant les députés. "Le meilleur moyen c'est d'agir sur les cotisations salariales pour augmenter le salaire net, celui que l'on touche à la fin du mois. Dès le 1er janvier 2015, elles seront diminuées pour les salaires au niveau du SMIC", a-t-il indiqué.

Selon le chef du gouvernement, cette mesure permettra de "procurer 500 euros par an de salaire net supplémentaire" aux salariés concernés, qui touchent le salaire minimum. "C'est presque la moitié d'un 13e mois pour un salarié payé au SMIC", a-t-il fait valoir, soulignant que "ce gain sera dégressif entre le SMIC et 1,3 fois le SMIC".

Baisse des impôts sur les entreprises. Concernant la fiscalité des entreprises, il a annoncé que l'impôt sur les sociétés assis sur le résultat des entreprises, et qui est en France un des plus élevés d'Europe, verrait son taux normal abaissé à 28% d'ici 2020 avec une première étape en 2017. L'impôt sur les sociétés en France affiche actuellement un taux nominal d'environ 33% pouvant aller jusqu'à 38% pour les grandes entreprises auxquelles s'applique une surtaxe. "La ‘surtaxe’ instaurée sous la mandature précédente sera supprimée en 2016", a précisé Manuel  Valls.

Le Premier ministre a annoncé la suppression en trois ans de la C3S (Contribution sociale de solidarité des sociétés), un impôt qui pèse sur le chiffre d'affaires. Il a également confirmé la suppression de dizaines de petites taxes complexes sur les entreprises et à faible rendement.

50 milliards d’euros d’économie. Manuel Valls a enfin confirmé l’objectif de réduire les dépenses publiques de 50 milliards d’euros d’ici 2017. Le premier ministre n’a pas été des plus précis, se contentant d’annoncer  un "changement de rythme pour éviter tout recours à l'impôt".  L'Etat et ses agences seront mis à contribution à hauteur de 19 milliards d'euros, l'assurance maladie à 10 milliards d'euros et les collectivités 10 milliards.



>>> LES REFORMES DE SOCIETE

Une vaste réforme territoriale. Manuel Valls a présenté un programme extrêmement ambitieux pour alléger le "mille-feuille territorial". Le chef du gouvernement a annoncé quatre objectifs : la réduction de moitié du nombre de régions, une nouvelle carte de l'intercommunalité au 1er janvier 2018, la clarification des compétences et surtout un "débat sur l'avenir des conseils départementaux. Je propose leur suppression à l’horizon 2021."  Sur ce thème en particulier et sur ce dernier point en général, le débat pourrait être houleux.

La réforme des rythmes scolaires allégée. "L'aménagement des rythmes scolaires est une bonne réforme car avec elle beaucoup plus d'enfants ont accès à des activités périscolaires, sportives, culturelles très complémentaires de l'éducation donnée par les enseignants", a d’abord assuré Manuel Valls sur cet épineux sujet. Pour l'instant, seules 17% des communes sont passées à la semaine de quatre jours et demi dès la rentrée 2013. Parmi les communes restantes, 93% s'y sont déjà engagées pour la rentrée 2014, a rappelé le Premier ministre. "Cependant, j'ai entendu les remarques de bonne foi venant des élus. Ainsi, le cadre réglementaire sera assoupli après les concertations nécessaires avec les enseignants, les parents et les élus", a-t-il annoncé, moins de cinq mois avant  la généralisation de la réforme. Il n'en a pas dit davantage sur les assouplissements envisagés.

La transition énergétique avant l’été. "La transition énergétique sera l'une de mes priorités", a affirmé le Premier ministre, qui veut s'appuyer sur "une stratégie bas carbone" pour faire face à "l'enjeu planétaire majeur" du climat. "L'engagement du Président de la République de passer à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici 2025 sera tenu", a déclaré Manuel Valls, soucieux de plaire aux députés écologistes. Le Premier ministre a réaffirmé les objectifs de réduction de "30% de notre consommation d'énergie fossile d'ici 2030 et de 40% de nos émissions de gaz à effet de serre à la même échéance". Pour lui, la transition énergétique est "une formidable opportunité économique", qui doit permettre de réduire le déficit commercial, de redonner du pouvoir d'achat grâce aux économies d'énergie et d'encourager "des secteurs extrêmement porteurs en termes d'emplois", comme le bâtiment.



>>> UNE DECLARATION

Le Premier ministre a conclu son discours par une note plus lyrique. "Soyons fiers d'être Français!", a-t-il lancé. "Notre pays a de la grandeur. Notre pays a du génie, c'est un pays de liberté", a poursuivi le chef du gouvernement.  "La France, c'est un pays qui a toujours vu plus loin que lui. Et moi, je me battrai pour qu'il continue à voir plus grand. Car c'est cela être Français." "La France, ce n'est pas le nationalisme obscur, le repli sur soi, c'est la lumière de l'universel", a encore martelé le responsable socialiste.

Lui qui est le premier chef de gouvernement français à ne pas avoir cette nationalité par la naissance a achevé sur une touche personnelle: "Je me dis qu'il y a peu de pays au monde qui permettent à des citoyens nés à l'étranger, qui ont appris les valeurs de la République, de prendre les plus hautes fonctions de l'Etat. C'est pour ça que j'aime profondément ce pays et que je suis fier de m'adresser à sa représentation nationale." Et de conclure : "Je vous demande le coeur battant pour la France de m'accorder votre confiance.Pour qu’ensemble, cette confiance, nous la rendions aux Français.



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