Dieudonné vs Valls : les politiques comptent les points

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Dieudonné vs Valls : les politiques comptent les points
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REACTIONS - L’humoriste controversé n'a pas été autorisé à se produire jeudi à Nantes. Mais les politiques s’interrogent sur la méthode du ministre de l’Intérieur.

L’info. Dans le bras-de-fer qui oppose Dieudonné à Manuel Valls, chacun compte les points. L’humoriste en a marqué un en voyant la demande d’interdiction de son spectacle, jeudi soir à Nantes, retoquée par la justice. Le ministre de l’Intérieur n’a pas tardé à répliquer en saisissant l’échelon judiciaire supérieur, le Conseil d’Etat. Ce dernier lui a donné raison et a interdit le spectacle, ce qui permis à Manuel Valls d'estimer que "la République a gagné". La journée de jeudi se conclut donc sur ce qui ressemble à un match nul, sauf pour les politiques, dont certains estiment que le ministre de l'Intérieur a beaucoup perdu dans la bataille.
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Le ministre se félicite du "sursaut" en cours. Le Conseil d’Etat a finalement donné raison à Manuel Valls, en retoquant la décision du tribunal de Nantes. Mais avant même la décision de la justice, le ministre avait déplacé le curseur sur le plan politique, affirmant : "nous avons gagné le combat politique de la mobilisation et du sursaut". Une manière de devancer les critiques qui argueront que le ministre a été pris à son propre jeu en plaçant l'humoriste à la Une de l'actualité.

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"La polémique fait rage sur la méthode Valls". Car la méthode Valls provoque un scepticisme croissant chez les politiques, et notamment du côté du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. "L'interdiction des spectacles est une voie juridiquement dangereuse et fragile, qui peut se révéler politiquement contre-productive dans un pays attaché comme le nôtre à la liberté d'expression", a-t-il réagi sur son blog juste après la décision du tribunal de Nantes. Et ce dernier d’ajouter : "la polémique fait rage sur la méthode Valls. Ces interdictions feront-elles taire la voix de la haine portée par Dieudonné ou vont-elles se transformer en boomerang, lui donnant un écho inégalé et renforçant l'image de victime dans laquelle Dieudonné se complaît?", interroge-t-il.

Jean-Louis Borloo

"Beaucoup de légèreté" dans cette affaire. Un constat partagé par Jean-Louis Borloo, pour qui "on n'a pas pris le bon outil, on lui a fait de la publicité". "Je ne mets pas en cause du tout la volonté républicaine du ministre, mais je pense qu'il y a eu beaucoup de légèreté dans tous ceux qui lui ont préparé ce dossier", a poursuivi le président de l’UDI avant que la décision du Conseil d'Etat ne tombe.

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L’UMP Brice Hortefeux a, lui, fait preuve de beaucoup moins de finesse, parlant d’un "désaveu cinglant pour le gouvernement et son ministre de l'Intérieur". "Le gouvernement a pris le risque d'affaiblir l'autorité de l'Etat afin de faire de la diversion politique pour mieux masquer sa succession d'échecs: chômage, dépenses publiques, impôts, insécurité, immigration...", a jugé le député européen. Plus nuancé, le maire de Bordeaux Alain Juppé a sobrement expliqué qu’il préférait temporiser : "je n'ai pas pris encore mon arrêté et j'apprécierai d'ici-là avec le préfet si ce risque existe ou pas".

Jean-Marc Ayrault se réjouit...sans citer Valls. Du côté de la majorité, la décision du Conseil d'Etat est vivement saluée. Mais le nom de Manuel Valls est éludé. Jean-Marc Ayrault a ainsi estimé que la décision du Conseil d'Etat, "conforte la position du gouvernement" prise pour enrayer la "dérive antisémite" dans laquelle s'est, selon lui, engagé l'humoriste. Si le chef de file des députés PS Bruno le Roux s'est félicité de la décision du Conseil d'Etat, il n'a pas non plus comme Jean-Marc Ayrault cité le nom du ministre de l'Intérieur,  "Il y avait un risque, mais le gouvernement avait décidé de ne pas se boucher les oreilles sur ce qui se passait dans ces spectacles", a -t-il dit. A la question "Merci Manuel Valls ?", Bruno Le Roux a répondu: "Bravo au gouvernement, bravo à la majorité d'avoir engagé ce combat pour la cohésion de notre pays". A l'inverse, le numéro un du PS, Harlem Désir a rendu un hommage à Manuel Valls: "Une victoire pour la République contre l'antisémitisme. le Parti socialiste salue le combat sans relâche mené par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls", a-t-il réagi dans un communiqué.

Les interdictions, les autorisations ou les indécisions, par ordre chronologique :

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