Des fissures dans le bouclier fiscal

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Des fissures dans le bouclier fiscal
@ REUTERS
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Le secrétaire d’Etat Pierre Lellouche s’est est pris lundi à la mesure phare de Nicolas Sarkozy.

Le sacro-saint bouclier fiscal, mesure symbolique de l’action de Nicolas Sarkozy, finira-t-il par être sensiblement modifié ? Intouchable au sein de l’UMP il y a encore quelques semaines, la mesure est de plus en plus critiquée à droite en cette période de crise, et dans la perspective de la réforme des retraites. Lundi soir, c’est même un membre du gouvernement, Pierre Lellouche, qui a égratigné le dispositif. Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes a précisé qu’il s’exprimait "à titre personnel", mais qu’il ose une telle sortie montre bien que les temps ont changé.

"Les émigrés fiscaux ne sont pas revenus"

"Si on parle des 600 millions (d'euros) qui sont reversés et qui font l'objet des attaques incessantes de la gauche, effectivement, ce serait bien que ça aille aux retraites. C'est ma position personnelle," a lâché Pierre Lellouche dans le cadre de l’émission Mots croisés, sur France 2. "Sur le plan politique, je pense que cette affaire rapporte peu. Je souhaiterais que les gens qui sont émigrés fiscaux en Belgique ou ailleurs soient revenus. Ils ne sont pas revenus. Donc je pense qu'il faut peut-être arrêter cette expérience. Voilà ce que je pense."

Ces déclarations ont très rapidement donné lieu à une mise au point de la part de leaders de l’UMP. Mais là où le recadrage aurait été des plus fermes il y a peu, les propos ont été cette fois teintés de prudence. "On n'en est pas là, on discute avec les partenaires sociaux, toutes les options sont sur la table, on verra ce qui est nécessaire et après nous pourrons commenter les décisions qui auront été prises", a commenté sur RTL Henri Guaino, conseiller spécial et très proche de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat "a dit hier (lundi) qu'on ne s'interdisait rien mais que tout cela serait fait dans un esprit de justice", a-t-il rappelé.

"Je crois que c’est un peu tôt"

Même son de cloche du côté de Jean-François Copé. "On en est au tout début de la négociation et de la discussion" et "je crois que c'est un peu tôt" pour remettre en cause le bouclier fiscal, a affirmé sur France 2 le président du groupe UMP à l’Assemblée. "Je crois que l'intérêt, c'est d'être compétitif par rapport aux autres pays européens tout en étant juste. Si ensuite il y a besoin pour une réforme donnée d'un effort national, ça me paraît logique que personne n'en soit exonéré", a conclu le député-maire de Meaux.

Pierre Lellouche lui-même est revenu sur ses propos dans la nuit. "Je me suis mal exprimé. Je ne visais que les hauts revenus et les revenus du capital qui bénéficient de la ristourne" du dispositif, a rectifié le secrétaire d’Etat.

"Tout le monde doit payer"

Mais le bouclier fiscal a également essuyé les assauts de Bernard Accoyer. "J'ai été le premier à dire que le bouclier fiscal n'avait pas à être remis en cause sauf si les prélèvements publics étaient eux-mêmes remis en cause. Si un effort est demandé aux Français en matière sociale, la question sera ouverte", a confessé le président de l'Assemblée nationale lors d'un point de presse. "Si les défis financiers en la matière exigent un effort supplémentaire, la question se posera. Le président de la République n'a pas fermé l'hypothèse."

"Moi, ce sur quoi je suis d'accord, c'est que le financement de la réforme des retraites doit être équitablement réparti sur tout le monde", a abondé Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi sur i-Télé. "Donc tout le monde doit payer." Comme on lui demandait si c'en était "fini du bouclier fiscal", le maire du Puy-en-Velay a répondu: "Alors ça peut être sous la forme du bouclier fiscal, ça peut être sous d'autres formes aussi. Ca, on verra". Les jours du bouclier fiscal, sous sa forme actuelle, pourraient donc bel et bien être comptés.