Déchéance de nationalité : "une petite brèche" qui "remet en cause" le pacte républicain

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François Kalfon, secrétaire national du PS et Philippe Goujon, député-maire Les Républicains, ont débattu de la déchéance de nationalité.

LE DÉBAT

La déchéance de nationalité n’en finit pas de faire des vagues. François Hollande a inscrit cette mesure, proposée trois jours après les attentats du 13 novembre, dans son projet de réforme de la Constitution. Saluée quasi-unaniment à droite, la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français et condamnés pour terrorisme est fortement décriée à gauche.

Ayrault et Aubry contre Valls. Cette mesure a été critiquée par des ténors du Parti socialiste, comme l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault dimanche et la maire de Lille Martine Aubry jeudi. Le chef du gouvernement Manuel Valls estime quant à lui qu’"une partie de la gauche s'égar[ait] au nom de grandes valeurs, en oubliant le contexte, notre état de guerre, et le discours du président devant le Congrès". Avant de contre-attaquer lundi en accusant les détracteurs du projet de faire des "amalgames" qui "renforcent" la "propagande" du FN.

Une mesure qui fait le jeu de Daech. Pour François Kalfon, secrétaire national du PS, la déchéance de nationalité est une erreur. "Que cherchent les terroristes, finalement ? Que les démocraties occidentales, qui ont leur système de valeurs, en viennent à adopter leur vision du choc des civilisations", argue-t-il mardi sur Europe 1. Pour le "frondeur" socialiste, qui a créé le courant de la Gauche populaire, classé à la gauche du PS, il s’agit même d’une mesure dangereuse : "On commence par une petite brèche, et c’est le pacte républicain dans son intégralité qu’on remet en cause".

Une idée de droite. Face à lui, Philippe Goujon rappelle le revirement de François Hollande, qui s’était opposé à ce dispositif lors du discours de Grenoble en 2010, dans lequel Nicolas Sarkozy avait proposé la déchéance de nationalité pour les assassins d'agents des forces de l'ordre et de l'autorité publique. Pour le député-maire Les Républicains du 15e arrondissement de Paris, il s’agit bel et bien d’une mesure de droite. "A chaque fois que la droite a proposé des mesures fortes, comme pour la loi antiterroriste et la loi sur le renseignement, bien souvent elle [la gauche] les accepte ensuite", appuie-t-il. 

Ce qui dérange le plus François Kalfon sur la déchéance de nationalité, c’est que "chacun est renvoyé à ses propres origines". Le conseiller régional d’Ile-de-France est favorable à une mesure d’indignité nationale, qui toucherait l’ensemble des Français - les binationaux et les tenants de la seule nationalité française - condamnés pour terrorisme.

Les Français largement favorables à la déchéance de nationalité. "Personne ne comprend que quand on prend les armes contre la France, quand on trahit son pays, on garde la nationalité", affirme son contradicteur. Philippe Goujon considère qu’"il n’y a pas de division", rappelant un sondage réalisé peu après les attentats, dans lequel 94% des personnes interrogées se disaient favorables à la déchéance de nationalité. Les auditeurs d’Europe 1 intervenus à l’antenne se sont montrés largement représentatifs de ce résultat, fustigeant la "frilosité" de François Kalfon et "l’aveuglement total" des rangs de la gauche opposés à cette mesure.