Débat de la primaire : Hamon confirme, de Rugy se démarque

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Benoît Hamon (à droite) a livré une bonne prestation dimanche soir, lors du deuxième débat de la primaire de la gauche. © Bertrand GUAY / AFP
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LE DÉBRIEF - Plus prompts à s'interpeller les uns les autres, les candidats ont livré des prestations inégales pour le deuxième débat de la primaire de la gauche. Benoît Hamon et François de Rugy ont tiré leur épingle du jeu.

Pour le premier round, ils s'étaient observés, jaugés et en avaient oublié, pour la plupart, de se faire remarquer. "On avait un peu souffert", a même reconnu Vincent Peillon dimanche soir, à l'issue d'un deuxième débat de la primaire de la gauche plus rythmé. De fait, ce grand oral a vu les candidats prendre plus de risques, sortir de leur couloir, notamment pour s'interpeller les uns les autres et confronter leurs projets. Avec plus ou moins de réussite.

Hamon et de Rugy musclent leur jeu

Comme jeudi dernier, Benoît Hamon peut se targuer d'avoir vu ses propositions animer le débat. Cela a été le cas, notamment, sur sa proposition de visa humanitaire pour les réfugiés. Plus à l'aise que la première fois, l'ancien ministre de l'Éducation nationale a aussi eu plus de facilité à clarifier ses propos. Il se pose de plus en plus comme le candidat qui incarne la "vraie" gauche –ou "gauche totale" comme il se plaît lui-même à définir son projet. Indice que cela parle à son électorat, il a été jugé le plus convaincant par les sympathisants de gauche, selon le sondage Elabe pour BFM TV réalisé dans la foulée du grand oral.

Des trois "petits" candidats, François de Rugy est probablement celui qui s'en sort le mieux. Le président du parti écologiste se fait moins remarquer  que Jean-Luc Bennahmias mais parvient à apporter sa "patte" au débat. Lorsque les discussions ont tourné autour des questions d'environnement, le président du Parti écologiste a pu mettre en avant son expérience. Il a notamment fait la leçon à Sylvia Pinel sur l'indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire, rappelant que l'uranium venait toujours de l'étranger. L'ex-EELV a aussi taclé Benoît Hamon sur son projet de "49.3 citoyen", arguant que cela pouvait donner du pouvoir aux lobbies.

Valls, Peillon et Montebourg restent fidèles à eux-mêmes

Plutôt épargné jeudi dernier, Manuel Valls n'a pu échapper, dimanche soir, au feu nourri des critiques de ses adversaires. Accueil des réfugiés, laïcité, pratique jugée brutale du pouvoir… l'ex-Premier ministre a dû défendre pied à pied son bilan. Et l'exercice lui sied plutôt bien. Sans jamais perdre ses nerfs, l'ancien chef du gouvernement a su mettre en avant son expérience et profiter de la stature que deux ans et demi à Matignon lui ont permis de se forger.

Il avait été le plus offensif lors du premier débat. Vincent Peillon a récidivé dimanche, n'hésitant pas à engager un bras de fer avec Manuel Valls sur la question de l'accueil des réfugiés, qu'il a jugée indigne d'un pays comme la France. L'ancien ministre de l'Éducation a aussi réutilisé une figure de style que les amateurs de discours de François Hollande commencent à bien connaître : une anaphore, en l'occurrence sur le thème du "président de gauche". "Un président de gauche, c'est d'abord un président qui va pouvoir rassembler la gauche et d'abord ses propres amis. Un président de gauche, c'est quelqu'un qui aura le courage de dire 'on peut être de gauche et pleinement européen'."

Valls Peillon débat

© BERTRAND GUAY / AFP

De son côté, Arnaud Montebourg s'est montré un peu moins lisse que lors du premier débat, sans pour autant renouer avec la fougue qui le distinguait en 2011. Certes, l'ancien ministre du Redressement productif a pu détailler ses positions sur l'exploitation du gaz de schiste. "Il était normal que mon ministère fasse des recherches" sur la possibilité d'une extraction "propre", a-t-il justifié. "La recherche n'est pas interdite, cela ne veut pas dire l'adhésion." Aujourd'hui, Arnaud Montebourg a clarifié sa position et se dit donc opposé aux gaz de schiste. Mais à l'inverse, sur le sujet de la dépénalisation du cannabis, l'ancien ministre s'est montré flou. Lui qui rejette cette mesure s'est contenté de prôner l'organisation d'une grande conférence nationale pour soumettre le sujet à la discussion. En réalité, c'est surtout sa passe d'armes avec Laurence Ferrari à propos d'iTELE qui lui a permis de se démarquer dimanche soir. Un échange plus proche du règlement de compte que du débat d'idées.

Pinel et Bennahmias n'arrivent pas à redresser la barre

Jean-Luc Bennahmias et Sylvia Pinel ont mené ce deuxième débat exactement comme le premier, avec deux stratégies radicalement différentes mais peu propices, dans un cas comme dans l'autre, à les faire apparaître comme le (la) prochain(e) président(e) de la République. Le premier a de nouveau apporté sa liberté de ton au débat, distillant les blagues et les traits d'impertinence, quitte à agacer quelque peu les journalistes qui animaient les festivités. "Je serai un président naturel, tout le monde l'a compris", a ainsi lancé le fondateur du Front démocrate. Qui s'est surtout illustré pour son "coming-out" sur le cannabis. "Ça m'est arrivé" d'en fumer, s'est-il empressé de répondre à une question qu'on ne lui posait pas. "Mais pas ce soir…"

On ne change pas une équipe qui, pourtant, ne gagne pas vraiment. Sylvia Pinel s'est montrée dimanche soir comme trois jours plus tôt : mal à l'aise, assez rigide, plus encline à mettre en avant les idées énoncées comme étant celles de son parti que les siennes. La candidate du Parti radical de gauche avait pourtant l'occasion de s'illustrer sur des sujets comme la laïcité et la dépénalisation du cannabis. Il n'y a guère que lorsqu'elle a défendu le bilan de François Hollande que Sylvia Pinel a pu élever la voix et faire montre d'un peu de spontanéité.