25/08/2017 - 17h37

De La France insoumise au FN : une rentrée politique placée sous le signe de la (re)construction

© AFP - Montage Europe 1

Les vacances sont finies. Les membres du gouvernement se retrouvent lundi pour un séminaire de rentrée, avec, sur la table de travail, deux sujets particulièrement sensibles : la préparation du budget 2018 et la réforme par ordonnances du code du Travail. De quoi garantir à l'exécutif un mois de septembre chargé. De leurs côtés, les partis organisent aussi leur rentrée politique, même si la plupart sont encore à panser les plaies d'une séquence électorale qui a complètement chamboulé l'échiquier politique.

En Marche!, de la pédagogie pour accompagner une réforme à haut risque. Le parti présidentiel entend bien accompagner le gouvernement pour sa rentrée sous tension. Et notamment en faisant de la pédagogie auprès des électeurs sur la réforme du code du Travail. À cette fin, le mouvement d'Emmanuel Macron a lancé par mail, début août, un grand appel à la mobilisation aux quelque 378.000 "marcheurs" revendiqués, leur demandant de donner, autour d'eux, du sens à l'action gouvernementale. Une initiative accompagnée par une série de vidéos envoyées sur les réseaux, où des proches du président appellent les militants à faire démonstration de leurs "talents de pédagogues", selon la formule de Benjamin Griveaux, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie. "Vos parlementaires vont mettre à profit, après quelques jours du repos, la fin du mois d'août et le début du mois de septembre pour venir à votre rencontre et, ensemble, construire les bonnes méthodes pour expliquer notre action, pour rester à l'écoute de la population […]", a lancé de son côté aux militants Richard Ferrand, patron du groupe La République en marche! à l'Assemblée nationale.

Les élus REM entendent passer à la vitesse supérieure et faire oublier les nombreux couacs qui ont émaillé la première séquence législative du quinquennat. Les 314 députés En Marche! pourraient avoir leur propre séminaire de rentrée mi-septembre, indique Le Monde. "On doit monter au créneau de manière plus fréquente et plus massive pour préserver l’action du président de la République et défendre le projet sur lequel on a été élus", explique au quotidien la députée des Yvelines Aurore Bergé. Et avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon sur le pied de guerre, elle qui espère faire le lien entre une opposition parlementaire et une opposition de rue mobilisée par les syndicats, les élus d'Emmanuel Macron devraient avoir de nombreux coups à essuyer.

La France insoumise veut rester le visage de l'opposition. Les "insoumis" de Jean-Luc Mélenchon sont réunis depuis jeudi et jusqu'à la fin du week-end à Marseille, fief du tribun et point d'arrivée de deux caravanes qui ont passé une partie de l'été à tenter de mobiliser les Français contre la réforme du travail. Au cours de leurs différentes interventions dans l'hémicycle, les 17 députés du mouvement se sont déjà largement imposés comme la principale opposition au nouveau pouvoir, et le parti ne compte pas en rester là. Alors que plusieurs syndicats appellent déjà à une journée de grève le 12 septembre, la France insoumise entend aussi nourrir la mobilisation. Un rassemblement est prévu le samedi 23 septembre, semaine au cours de laquelle les ordonnances doivent être validées en Conseil des ministres.

Mais le mouvement né autour du député des Bouches-du-Rhône dans la perspective de la présidentielle cherche aussi à inscrire sa pérennité. Il tiendra sa seconde convention dès le week-end du 14-15 octobre. À cette occasion, des insoumis tirés au sort seront chargés d'effectuer une synthèse des propositions des militants - réunies via une boîte à idée lancée fin août -, quant à la structuration et aux objectifs du parti. Quatre axes de réflexion ont été définis : "Quelles campagnes et quels thèmes d'actions pour la France insoumise ?", "Quelles modalités d'actions pour la France insoumise ?", "Quels outils pour faciliter la mise en mouvement ?" et "Quelle organisation pour le mouvement ?".

Les Républicains, à la recherche du chef. Ébranlés par une campagne présidentielle en chemin de croix, et une défaite historique aux législatives, Les Républicains ont entamé leur difficile reconstruction… et en ordre dispersé. Les différentes tendances du parti se retrouvent aux quatre coins de la France à la veille de la rentrée : les juppéistes à Bordeaux, les sarkozystes au campus des jeunes LR au Touquet (week-end du 25 au 27 août) et les proches de François Fillon à La Baule (2 septembre). Valérie Pécresse doit également lancer son propre mouvement "Libres!" le 10 septembre. Une série de rendez-vous qui trahit l'éclatement de la droite à quelques mois d'un congrès qui doit élire le nouveau président du parti.

Si les candidatures de Danielle Fasquelle et Florence Portelli ne font guère de mystère, Laurent Wauquiez reste le grand favori de cette élection. Partisan d'une ligne dure, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui ne s'est pas encore officiellement déclaré, serait d'ores et déjà persuadé de "gagner", selon des propos rapportés par Le Parisien. "Ses convictions correspondent à l'immense majorité des électeurs de droite. On a trop subi la dictature des modérés qui défendent chez Les Républicains une ligne à l'eau tiède", se félicite Éric Ciotti, toujours dans Le Parisien. Et en effet, alors qu'une partie des élus de droite se sont rassemblés dans un groupe parlementaire indépendant et qui se dit "constructifs" vis-à-vis de la politique d'Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez devrait pouvoir compter sur le soutien d'un noyau dur au sein du parti. En attendant, il a donné rendez-vous à ses soutiens le 3 septembre pour sa traditionnelle ascension du mont Mézenc.

Les membres du groupe Constructifs à l'Assemblée nationale, rassemblant une trentaine d'élus UDI et LR prêts à collaborer avec la politique du gouvernement, s'interrogent également sur leur avenir. Selon une information du Figaro, ces parlementaires ont prévu de se réunir à Nice début septembre, et pourraient évoquer la naissance d'un parti.

Le Parti socialiste, une reconstruction difficile. Autre parti de gouvernement laminé par la dernière séquence électorale : le PS, désormais piloté par une direction collégiale provisoire, qui devrait consacrer une large part des prochains mois à la préparation d'un Congrès de refondation annoncé pour début 2018. Si, pour des raisons financières, les socialistes ont renoncé, pour la seconde année consécutive, à leur traditionnelle université d'été à La Rochelle, la Fédération nationale des élus socialistes et républicains présidé par François Rebsamen a tout de même choisi d'honorer le rendez-vous par un simple séminaire. En début de semaine, de nombreux hollandais ont été aperçus dans le port charentais, alors même que François Hollande a fait un retour médiatique remarqué. Dans ses colonnes, Le Figaro évoquait jeudi une possible candidature au premier secrétariat de Stéphane Le Foll, fidèle parmi les fidèles de l'ex-chef de l'Etat. Invité vendredi de RTL, l'ancien ministre de l'Agriculture proposait même de renommer le parti "Les Socialistes" pour lui permettre de mieux s'ancrer dans un paysage politique en pleine recomposition : "Il y a bien Les Républicains, les Insoumis, les Verts. Il y a même aujourd'hui les Constructifs. Je pense que de s'appeler Les Socialistes, ce sera aussi une manière d'être présent, d'exister parce que ce nom est important, et puis d'avoir un changement qui permette aussi d'ouvrir ce parti", a-t-il défendu.

En attendant de se trouver un nouveau leader, le PS, privé d'une manne importante après avoir perdu l'essentiel de ses élus aux législatives, va aussi devoir penser à faire d'importantes économies, et notamment trancher l'épineuse question d'une possible vente de son siège, rue de Solférino.   

Le Front national à la recherche d'un nouveau cap ?  Ce sont également des raisons financières qui ont poussé le Front national à renoncer à une université d'été, le parti de Marine Le Pen ayant en ligne de mire un congrès prévu début 2018. Alors que la finaliste de la présidentielle avait déclaré, au soir de sa défaite, vouloir un parti qui soit "la première force d'opposition" à Emmanuel Macron, elle a dû essuyer un score décevant aux législatives, faire face aux batailles internes - la ligne défendue par Florian Philippot quant à une sortie de l'Euro ayant été très largement contestée ces dernières semaines -, et désormais à une remise en question de son propre leadership.

Dans une lettre ouverte publiée dans Le Figaro le 23 août, Robert Ménard, le maire de Béziers élu avec le soutien du FN, interroge sans ambages la capacité de Marine Le Pen à accéder un jour à l'Elysée. "Personne dans les rangs du FN n’ose le dire à haute voix, mais beaucoup le répètent en catimini, c’est qu’après le débat calamiteux [de l'entre-deux tours, ndlr], si Marine Le Pen a su sortir le FN de l’attitude uniquement protestataire où le cantonnait son père, est-elle aujourd’hui en position de le porter au pouvoir ?" L'édile plaide également pour une union des droites, se disant prêt à tendre la main à certains élus LR. Une posture "rabougrie, fermée, rétrograde", a balayé Florian Philippot sur France 2.

EELV et Benoît Hamon : quel Avenir ?" La première des Journées d'été d'Europe-Écologie-Les Verts s'est ouverte au Kursaal de Dunkerque jeudi avec cette question. Le parti écologique, qui ne dispose plus d'aucun élu à l'Assemblée nationale, a choisi de convier à ce rendez-vous Benoît Hamon, le candidat rallié pendant la présidentielle, même si David Cormand, secrétaire national du parti, évacue dans une interview au Parisien l'idée d'une alliance. "Il faut déjà savoir ce que nous sommes. Trop souvent, on a mis la charrue avant les bœufs. On raisonnait en termes d'alliances et après, on se demandait ce qu'on voulait faire. Je ne veux pas reconstruire la gauche, mais reconstruire l'écologie comme force politique", explique-t-il.

De son côté le socialiste fera sa rentrée les 9 et 10 septembre pour le séminaire de direction de son "mouvement du 1er juillet". Une rentrée placée également sous le signe des polémiques. Au PS, on s'interroge sur les 15 millions d'euros dépensés pendant la campagne par Benoît Hamon, lui qui a fini avec avec 6% des voix, rapporte Le Parisien, ainsi que sur l'origine des 56.000 euros dépensés pour le meeting de lancement de son mouvement. En marge des Journées d'été des Verts, l’intéressé a botté en touche devant les médias :"Je crois qu'au fond, ce qui m'est reproché c'est d'avoir mis 10.000 personnes le 1er juillet à Vincennes".