Comment votent les Français de l’étranger ?

  • A
  • A
Comment votent les Français de l’étranger ?
Les Français de l’étranger seront appelés à voter les 22 avril et 6 mai prochains pour élire le prochain président de la République (les 21 avril et 5 mai sur le continent américain).@ MAXPPP
Partagez sur :

De plus en plus nombreux à être inscrits sur les listes, ils sont une manne de voix précieuse.

1.075.746 inscrits. Un peu plus de 2% du corps électoral et autant de voix potentielles pour les prétendants à l’Elysée. Le nombre de Français de l’étranger, inscrits sur les listes électorales, a constamment augmenté au fil des scrutins. De 132.141 inscrits en 1981, la France est passée à 385.615  inscrits en 2002 et 821.912 en 2007. Cinq ans plus tard,  le nombre d’inscrits enregistre une hausse de 30,9 %. Et à chaque échéance, c’est le candidat de la droite qui a fait le plein de voix. Dans une élection qui pourrait se jouer dans un mouchoir de poche au second tour, Nicolas Sarkozy, en mauvaise position dans les sondages, a donc tout intérêt à ne pas faire l’impasse sur cet électorat.

Un électorat plutôt à droite

En 1981, alors que la gauche signe une victoire historique, les électeurs établis hors de France plébiscitent le président sortant Valéry Giscard d'Estaing avec près de 69% des voix. En 1988, la majorité du pays offre un deuxième septennat à François Mitterrand mais c’est à Jacques Chirac que les Français de l’étranger accordent leur confiance (59,25% des voix).

En 1995 et 2002, ils sont là encore une grande majorité à déposer un bulletin "Chirac" dans l’urne. 2007 ne déroge pas à la règle. Nicolas Sarkozy recueille 54% des voix contre 46% pour Ségolène Royal.

Un vote loin d’être uniforme

La présidentielle de 2007 fourmille toutefois de contre-exemples et de résultats cocasses. La candidate socialiste a ainsi "explosé" le score dans les pays du Maghreb, avec plus de 70% des suffrages en Tunisie et 80,5% en Algérie. Mais c’est l’Islande qui a offert son meilleur score à Ségolène Royal avec 87% contre 13% pour Nicolas Sarkozy (69 suffrages exprimés, nldr). Autre fait notable, le candidat UMP, qui n’a de cesse de vanter aujourd’hui le modèle allemand, a seulement recueilli 40,9% des voix outre-Rhin, contre 59,1% pour la candidate socialiste. De même, contrairement à une idée reçue, tous les pays anglo-saxons ne sont pas "acquis" à la droite. Si Nicolas Sarkozy est arrivé en tête aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, Ségolène Royal a fait mieux que son adversaire au Canada (53,9% contre 46,1%).

Si en Espagne, les électeurs n'ont pu départager les deux candidats (50% des voix chacun), les Français établis en Israël ont voté en masse pour le candidat UMP (90,7% contre 9,3%). Celui-ci a également fait un très bon score en Afrique du sud (70,1%) mais aussi en Chine (71%), dont Ségolène Royal avait pourtant vanté la "rapidité" des tribunaux. Enfin, Nicolas Sarkozy devrait avoir encore quelques réserves cette année du côté de Monaco, où il avait remporté il y a cinq ans 83,4% des voix.  

Plus que jamais partagés

D’après un récent sondage Opinionway* pour Lepetitjournal.com et TV5 Monde Opinion, le vote des Français de l’étranger, qui participent pour la sixième fois à l’élection présidentielle n’apparaît toutefois plus gagné d’avance pour le candidat de la droite. Au premier tour, le président sortant reste en tête dans les intentions de vote, avec 37% contre 27% au candidat socialiste et 13% à François Bayrou (13%). Jean-Luc Mélenchon est crédité de 8% et Marine Le Pen de 7%.

Mais au second tour, les choses se gâtent pour Nicolas Sarkozy. Le candidat de l’UMP, donné gagnant, devance de très peu François Hollande (51% contre 49%). La faute au mauvais report de voix pour le président-candidat, à en croire cette enquête. Au second tour, le report de voix s’effectuerait ainsi plus difficilement vers le candidat UMP. "A l’inverse, François Hollande pourra lui compter sur un réservoir de voix. 73% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour", relève ce sondage.  

Pour Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d'Opinion Way, ce resserrement découle des tendances observées au plan national. "Entre 2007 et 2012, Nicolas Sarkozy a perdu une part importante de ses soutiens, y compris dans cet électorat là", analyse-t-il pour Europe1.fr. L’évolution du vote des expatriés tient aussi, selon le politologue, au "caractère plus mouvant" de cette population. "Il y a, explique-t-il, beaucoup plus de turn-over d’une élection à l’autre avec un taux de renouvellement du corps électoral plus élevé" qu’en France.

Des électeurs chouchoutés

Dans une élection qui s’annonce difficile pour lui, le candidat de l’UMP n’entend toutefois rien laisser au hasard et chouchoute les Français de l’étranger…à coups de mails. Après l’annonce de Nicolas Sarkozy de vouloir créer un impôt pour les exilés fiscaux, l'équipe de campagne du candidat a notamment pris le soin d’envoyer un mail aux expatriés pour les rassurer et préciser que sa proposition épargnerait les expatriés pour raisons professionnelles. 

Regardez NKM qui s'adresse aux Français de l'étranger : 

Décidée à sortir le grand jeu, l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi le lancement son site web La France Forte spécialement consacré aux expatriés. Une plateforme qui rend hommage au "caractère", au "génie" , au "panache" des Français de l’étranger et agrémentée de "cartes postales de soutien" de la France forte de l’étranger à Nicolas Sarkozy.

Mais si depuis 2007, le fossé politique semble s’être resserré chez les Français de l’étranger, Nicolas Sarkozy n’a pas forcément intérêt à redouter une abstention, deux fois plus élevée que dans l’Hexagone. Selon le sondage, la mobilisation devrait en effet profiter au candidat PS, un tiers des abstentionnistes du premier tour se décidant finalement pour le changement.

Ayant compris l’enjeu d’une forte participation, François Hollande a emboîté le pas à son principal concurrent et récupéré les adresses mails des Français établis hors de France (ce qui est parfaitement légal selon le code électoral, nldr) pour se lancer, lui aussi, dans une opération séduction. Enfin, signe que le vote des Français de l’étranger va peser dans la balance, le gouvernement a lui aussi mis les petits plats dans les grands. Alors qu’un secrétariat d'Etat spécialement dédié aux Français de l'étranger a vu le jour en juin 2011, le nombre des bureaux de vote a ainsi été augmenté par rapport à 2007 : 206 bureaux supplémentaires, soit + 35,5 %.

*Sondage réalisé en ligne du 12 au 23 mars auprès d'un échantillon de 2031 personnes, représentatif de la population des Français résidant à l'étranger, âgés de 18 ans et plus et inscrits sur les listes consulaires. Marge d'erreur de 1 à 2 points au plus.

Pour tout savoir sur l’exercice du droit de vote par les Français établis hors de France, cliquez ici. Pour voter par voie électronique, vous devez vous rendre sur MonConsulat.fr