Comment le gouvernement veut faire passer la PMA en douceur

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Les États généraux de la bioéthique s'ouvrent jeudi, alors que la réforme sur la PMA ne devrait pas poser trop de problèmes à l'exécutif.

L'ENQUÊTE DU 8H

A priori risquée politiquement, l'ouverture de la Procréation médicalement assisté (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires va-t-elle être une simple formalité pour le gouvernement ? Alors que les États généraux de la bioéthique s'ouvrent jeudi, avec ce débat en filigrane, le gouvernement compte manœuvrer pour faire passer la réforme sans déchaîner ses opposants.

Le gouvernement veut prendre son temps. Les leçons du mariage pour tous ont d'abord été retenues : ministre de l'Intérieur à l'époque du débat, Manuel Valls a conseillé à la secrétaire d'État à l'égalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa, de prendre plus de temps en favorisant le dialogue. De fait, les États généraux vont durer plus de quatre mois, avec un projet de loi qui n’arrivera pas à l’Assemblée nationale avant 2019. Si François Hollande avait voulu aller vite, en mettant de côté les opposants, Emmanuel Macron les accueille autour de la table, à commencer par les autorités religieuses.

Les conseils de Schiappa aux associations. Et pour éviter que le débat ne s’enflamme, le gouvernement fait étonnamment confiance à Marlène Schiappa. Eh oui, dans son ministère, elle déjeune et dîne avec des associations LGBT pour leur délivrer ce message : "N’allez plus débattre sur les plateaux avec La Manif pour tous. Vous leur offrez une tribune et vous risquez de les traiter d''homophobe' alors qu’il faut apparaître le moins agressif possible. Allez sur leur terrain, les fleurs, l’amour, les bons sentiments… Une jolie photo d’un couple de femmes avec un bébé Cadum habillé en Petit Bateau, ce serait une super pub."

Le contre-exemple Taubira. Mais ce n'est pas elle qui va porter ce débat, car elle est jugée trop clivante après plusieurs polémiques qui ont éclaté depuis mai dernier. L'exécutif veut à tout prix éviter de revivre les débats de 2013, avec une Christiane Taubira qui cristallisait les opposants au texte.

Cette fois-ci, c'est une professeur de médecine bien plus consensuelle, Agnès Buzyn, qui va défendre l'ouverture de la PMA. En face de la ministre de la Santé, très peu de figures politiques devraient se dresser : Marine Le Pen s’en moque, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen est partie et les députés de droite n’en font pas une priorité. Quant à la gauche, elle applaudit ce qu'elle considère comme une avancée sociétale. 

Une opposition populaire inexistante ? Dans la rue, l'opposition a peu chance de prendre véritablement corps. Selon un sondage récemment paru dans La Croix, 60% des Français sont maintenant favorables à la PMA pour les couples de femmes. L’opinion publique évolue très vite et La Manif pour Tous le ressent. L’association a perdu plus de la moitié de son réseau et n'a plus de relais dans les petites villes. Son émanation politique, Sens Commun, en parle hors micro comme d’une association "jusqu’au boutiste et radicalisée". Leur seul espoir pour relancer la machine  ? "La mobilisation d’intellectuels de gauche." C’est dire leur désarroi.