Colère des policiers : pourquoi le gouvernement est en difficulté

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Depuis l'attaque au cocktail Molotov contre des policiers à Viry-Chatillon, les relations se sont dégradées entre les forces de l'ordre et le gouvernement. 

L'ÉDITO POLITIQUE

La colère ne faiblit pas dans les rangs des policiers. Dix jours après l'attaque contre les forces de l'ordre à Viry-Chatillon, ces derniers ont de nouveau manifesté dans la nuit de mercredi à jeudi. "Cazeneuve, t'as perdu, la police est dans la rue", pouvait-on ainsi entendre. Car, c'est notamment un mot du ministre de l'Intérieur qui a brisé les relations, jusqu'ici plutôt bonnes, avec la police. 

"Sauvageons". Lundi 10 octobre sur RTL, Bernard Cazeneuve qualifie les agresseurs de Viry-Chatillon de "sauvageons". Or lorsque l'on jette des cocktails Molotov à l’intérieur d’une voiture de police, c’est pour tuer. Ce mot "sauvageons" symboliquement renvoie l’image de garnement auquel on tire l’oreille. Pour les policiers, c’est insupportable. Cela a réveillé ce sentiment qu’ils sont de la chair à canon envoyée en première ligne, sans qu’à l’arrière magistrats et politiques assurent le suivi de l’autorité. Dans les témoignages que l'on entend de ces policiers au visage caché, on entend la colère donc mais aussi l’expression de la peur. Pourquoi ? Parce que quand les policiers se sentent peu soutenus, déconsidérés, dans la rue, ceux qui les agressent, les délinquants, le perçoivent aussi et ils se sentent plus forts.  

Un paradoxe. Pourtant, et c'est là tout le paradoxe, c'est bien ce gouvernement qui a recréé des postes dans la police, 9.000 sur le quinquennat, selon le ministre de l'Intérieur. Nicolas Sarkozy lui avait supprimé 12.000 postes dans la police et la gendarmerie. François Hollande leur a également donné plus de moyens avec des armes automatiques plus adaptées aux menaces terroristes, la rénovation du parc automobile, ou encore de nouvelles casernes. Le président de la République a aussi renforcé les moyens juridiques avec quatre lois sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme depuis 2012. Face au terrorisme, la gauche au pouvoir s’est convertie sans aucun état d’âme à la priorité de la sécurité. Elle a donné des preuves sonnantes et trébuchantes. Mais en dix jours, ce bilan est occulté, relégué. L’autorité, ça ne passe pas seulement par un fusil mitrailleur et un gilet par balles, ça passe par un soutien, une fermeté, l’incarnation d’un gouvernement fort sur lequel la police a besoin de s’appuyer et qui aujourd’hui fait défaut.