Coincé entre LR et LREM, quel avenir pour "Agir" ?

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Coincé entre LR et LREM, quel avenir pour "Agir" ?
Le député Constructifs Franck Riester a lancé, avec 18 autres personnalités politiques de droite, un nouveau parti, "Agir".@ GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Le parti, fondé par une vingtaine d'élus Constructifs, veut se frayer un chemin entre La République en marche! et Les Républicains. Ce qui s'annonce difficile.

La question se posait depuis des mois. Depuis qu'en juin, un certain nombre de députés LR avaient décidé, avec des élus UDI, de constituer un groupe distinct de leur famille politique originelle à l'Assemblée nationale. Ces Constructifs allaient-ils finir par quitter LR pour fonder leur propre parti ? C'est ce qui s'est produit dimanche. Dans une tribune au Figaro, 19 personnalités politiques ont annoncé lancer leur propre parti, "Agir", "pour défendre les idées libérales, sociales, européennes, humanistes et réformistes de la droite et du centre".

Des ambitions pour les européennes. Le parti affiche d'ores et déjà des ambitions. D'abord, un maillage de proximité "sur l'ensemble du territoire", comme l'a expliqué le député Franck Riester, chef de file du mouvement, au Figaro. Et ce, grâce à "différents comités thématiques ou locaux". Puis, des candidats aux prochaines élections, les européennes de 2019 en premier lieu. Pour se structurer, Agir se dotera d'une "direction temporaire" élue début décembre. Au premier semestre 2018, un congrès devra permettre de parachever la constitution du parti, qui se dotera de statuts et élira des instances.

Certains brillent par leur absence. Cela suffira-t-il à Agir pour tenir les promesses de son nom ? Parmi la vingtaine de signataires de la tribune fondatrice, on retrouve neuf députés (dont Pierre-Yves Bournazel, Laure de La Raudière et Franck Riester), six sénateurs (notamment Fabienne Keller), deux élus locaux, une eurodéputée et un ancien ministre (Frédéric Lefebvre). Selon Franck Riester, d'autres élus locaux devraient rapidement venir grossir les rangs. Mais certains noms brillent par leur absence. À commencer par celui de Thierry Solère, pourtant co-fondateur du groupe Constructifs à l'Assemblée. L'élu des Hauts-de-Seine a préféré adhérer à La République en marche!, tout comme deux membres du gouvernement, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu. "Riester [a été] trahi par ses amis, [il est] tout seul maintenant", a d'ailleurs persiflé le député LR Daniel Fasquelle, dimanche, sur Twitter.

Ces absences posent la question du poids politique d'Agir, qui doit se passer de personnalités importantes et, partant, celle de son leadership. Pour l'instant, difficile de déterminer un ou une chef de file incontestable dans les rangs du tout jeune parti.

Contre Laurent Wauquiez… L'autre interrogation est celle de l'espace dévolu à cette formation politique. Entre une majorité qui, des ordonnances visant à réformer le code du Travail à la réforme de l'ISF, empiète sur les plates-bandes de la droite traditionnelle, et ladite droite, la marge de manœuvre semble maigre.

Pour l'instant, les fondateurs d'Agir semblent surtout s'inscrire en faux par rapport à la ligne défendue par Laurent Wauquiez, probable futur président LR. Certes, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes n'est jamais cité directement dans leur tribune fondatrice. Mais il est difficile de ne pas voir qui est visé lorsque les auteurs disent "refuser de voir la droite s'enfermer dans une ligne identitaire, autoritaire, eurosceptique et ultra-conservatrice", ou encore "s'opposer à tout rapprochement avec le Front national". Le refus de Laurent Wauquiez de se prononcer entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen pendant l'entre-deux tours de la présidentielle a laissé des traces.

Cependant, le candidat favori à la présidence LR a multiplié les déclarations ces dernières semaines, s'attachant à tracer une ligne rouge entre lui et l'extrême droite. "Tant que je m'occuperai de notre famille Les Républicains, il n'y aura jamais d'alliance avec Marine Le Pen", a-t-il encore répété lundi dernier. Pour les élus restés chez LR, l'argument des anciens Constructifs ne tient donc pas.

…et tout contre LREM ? D'un autre côté, difficile parfois de différencier Agir de la majorité. LREM ne renierait pas la défense des "idées libérales, sociales, européennes, humanistes et réformistes". Et c'est encore Thierry Solère qui résume le mieux le problème du nouveau parti des Constructifs, sur BFMTV : "Quand on a travaillé à l'ADN de ce que serait cette formation politique, on s'est rendu compte que c'était tout à fait l'ADN de LREM."

Quand on a travaillé à l'ADN de ce que serait cette formation politique, on s'est rendu compte que c'était tout à fait l'ADN de LREM.

"Nous partageons un certain nombre d'idées avec LREM", a d'ailleurs admis Franck Riester dans les colonnes du Figaro. Mais le député estime tout de même les divergences suffisantes pour justifier la création d'un parti propre. "Nous voulons par exemple davantage réduire les dépenses publiques, baisser la fiscalité, que l'État recentre son action sur ses missions régaliennes, en renforçant notamment les moyens de la justice et des forces de sécurité."

C'est peut-être sur le "respect des territoires" qu'Agir a le plus de chances de se démarquer du parti d'Emmanuel Macron. Le gouvernement a en effet réussi à se mettre à dos les élus locaux, notamment à cause de la suppression annoncée de la taxe d'habitation. En s'engageant à faire "davantage confiance aux acteurs de terrain", les Constructifs espèrent donc faire la différence.

Garder leur liberté. Reste que celle-ci n'apparaît pas évidente. En réalité, les Constructifs devenus "acteurs" semblent surtout tenir à leur liberté, alors que les accusations de musellement de députés godillots pleuvent sur le groupe LREM à l'Assemblée. "Nous saurons nous opposer chaque fois que cela sera nécessaire", promettent-ils dans leur tribune.