Cinq moments où le débat Le Pen-Macron a tourné au pugilat

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Cinq moments où le débat Le Pen-Macron a tourné au pugilat
@ Capture d'écran France 2
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Le débat de l’entre-deux-tours, mercredi soir, a souvent viré à la foire d'empoigne entre les deux candidats, dans une ambiance extrêmement tendue.

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Le débat de l’entre-deux-tours, mercredi soir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, a été particulièrement musclé. Les deux finalistes de l’élection présidentielle ont multiplié les invectives, le plus souvent au détriment des propositions de fond. Le parcours des deux candidats, le cas Whirlpool, le dossier SFR, le soutien de l’UOIF, l’Europe ont été l’occasion d’autant d’échanges particulièrement vifs. Qui ont démontré, s’il était besoin, le gouffre qui sépare, sur tous les points, les deux candidats, dont l’un sera élu président de la République dimanche 7 avril.

1. L’"enfant chéri du système" contre "l’héritière"

Après tirage au sort, Marine Le Pen avait le droit de s’exprimer la première, et elle a donné le ton. D’emblée, la candidate frontiste attaque son adversaire bille en tête. "L'enfant chéri du système et des élites en réalité a tombé le masque", lance-t-elle. "M. Macron est le candidat de la mondialisation sauvage, de l'ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, de la guerre de tous contre tous, du saccage économique notamment de nos grands groupes, du dépeçage de la France par les grands intérêts économiques, du communautarisme, et tout cela piloté par M. Hollande qui est à la manoeuvre maintenant de la manière la plus claire qui soit", dénonce la candidate FN, sans jamais se départir de son sourire.

"Vous avez démontré que vous n'êtes en tout cas pas la candidate de l'esprit de finesse, de la volonté d'un débat démocratique, équilibré et ouvert", réplique le candidat d'En Marche!  "Je ne vais pas vous dire que vous êtes la véritable héritière non seulement d'un nom, d'un parti politique, du parti politique de l'extrême droite française, de tout un système qui prospère sur la colère des Français depuis tant et tant d'années. Parce que ça ne m'intéresse pas", insiste Emmanuel Macron. "Ce que vous portez, c'est l'esprit de défaite, c'est d'expliquer à nos concitoyens que c'est trop dur la mondialisation pour nous, c'est trop dur l'Europe, donc on va se replier. Face à cet esprit de défaite, moi je porte l'esprit de conquête français."


"Vous êtes l'héritière d'un nom, d'un parti...par Europe1fr

2. Whirlpool, round 2

Dix jours après s’être tous deux rendus sur le site Whirlpool d’Amiens, menacé de fermeture après l’annonce d’une délocalisation, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont disputé le deuxième round. Et c’est le candidat d’En Marche! qui attaque le premier. "Jamais, jamais je n'ai fait ce que vous avez fait l'autre jour, c'est-à-dire aller profiter de la détresse des gens", lance-t-il. "Vous, vous ne les respectez pas. Vous êtes restée un quart d'heure sur le parking pour faire des selfies. Vous n'êtes même pas rentrée de l'autre côté des barrières de l'entreprise."


Débat de l'entre-deux-tours : Macron et Le Pen...par Europe1fr

"Ne soyez pas méprisant", rétorque Marine le Pen. "J'ai passé du temps avec eux. Ils m'ont très bien accueillie, parce qu'ils savent que ce qui les tue c'est la politique que vous menez (...) c'est la politique qui fait que l'Etat stratège n'intervient pas, laisse encore une fois les gros manger les petits", argumente la candidate FN. "Vous ne les respectez pas. Moi, j'ai entendu la colère. J'ai passé des heures avec eux", répond Emmanuel Macron. "Je suis allé au contact des salariés. Parce que c'est ça respecter les gens. Pendant que vous faisiez votre numéro avec les caméras, moi j'étais avec les représentants des salariés parce que je les respecte", conclut-il.

Les 10 attaques les plus violentes du débat : 

Emmanuel Macron :

- "Le parti des affaires, c'est le vôtre, pas le mien"
- "La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi!"
- "Je prends les Français pour des adultes, je ne leur mens pas"
- "Vous êtes indigne. La France mérite mieux que vous"
- "Restez à la télévision, moi je veux présider ce pays"

Marine Le Pen :

- "Je vois que vous cherchez à jouer avec moi à l'élève et au professeur, mais en ce qui me concerne ce n'est pas particulièrement mon truc"
- "La France sera dirigée par une femme, moi ou Mme Merkel"
- "J'espère qu'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas"
- "Vous êtes à plat ventre en permanence"
- "Buvez un coup, ça ira mieux"

3. Le Pen s’emmêle sur la vente de SFR, Macron en profite

Marine Le Pen a répété l’une de ses attaques lancées pendant la campagne, évoquant "des entreprises que vous avez vendues, SFR par exemple, à votre ami monsieur Drahi, le patron de BFM". "Si vous étiez bien renseigné, vous sauriez que pour les cas industriels que vous citez, je n'étais pas ministre, notamment pour le cas de SFR. Ne dites pas de bêtises, ce n'est qu'une des bêtises que vous avez proférées depuis tout à l'heure. Cherchez dans vos dossiers !", réplique Emmanuel Macron profitant du fait que Marine Le Pen feuilletait ses fiches. En effet, Emmanuel Macron a été nommé ministre de l’Economie à Bercy le 26 août 2014. La vente de SFR, alors propriété de Vivendi, à Numericable, propriété de Patrick Drahi, a été actée le 5 avril 2014.


Débat de l'entre-deux-tours : vif échange sur...par Europe1fr

Pour compléter son propos, Marine Le Pen évoque alors… Alstom, rappelant qu'Emmanuel Macron avait "pris la décision" de laisser General Electrics entrer au capital de la société. "C'est ce que vous faites de mieux de dépecer des entreprises et de faire des fusions acquisitions", affirme-t-elle. "Vous êtes en train de lire une fiche qui ne correspond pas à ce que vous venez de citer", riposte Emmanuel Macron. "C'est triste pour vous parce que ça montre votre impréparation sur les dossiers industriels. Vous les confondez les uns avec les autres. Il y en a un qui fait des téléphones et l'autre, ça n'a rien à voir il fait à la fois des turbines et du matériel industriel", tacle le candidat d’En Marche !.

4. Le Pen attaque Macron sur le soutien de l’UOIF

Marine Le Pen avait, semble-t-il, préparé avec soin la séquence. Quand la lutte contre le terrorisme est évoqué, la candidate frontiste martèle son adversaire sur le soutien de l’UOFI, rebaptisée pour l’occasion Union des organisations islamistes (à la place d’islamiques) de France. A de multiples reprises, elle rappelle qu’Emmanuel Macron a accepté le soutien de l’association controversée, "dont les pères fondateurs des années 80 étaient proches des Frères musulmans, a souvent été accusée d'inviter à ses conférences des interlocuteurs aux propos antisémites ou homophobes."


Débat présidentiel : Le Pen accuse Macron d...par Europe1fr

Sans jamais récuser le soutien de l’UOIF, Emmanuel Macron explique qu’il n’a jamais rencontré les dirigeants de l’UOIF, et  promis de "dissoudre toutes les associations qui incitent à la haine, à la division et font le jeu des djihadistes. Si l’UOIF prononce, invite, mène des activités contraires  aux lois de la République, je la ferai interdire", assure-t-il. "Vous êtes constamment dans l'invective", lui rétorque enfin le candidat d'En Marche!, qui l'accuse de "porter" la "guerre civile".

5. Sur la sortie de l'euro : "c'est du grand n'importe quoi"

C’était un moment forcément particulièrement attendu, celui sur la sortie de l’euro, après les atermoiements des derniers jours du FN sur le sujet. "L'euro, c'est la monnaie des banquiers, ce n'est pas la monnaie du peuple etc'est la raison pour laquelle il faut que l'on arrive à s'arracher à cette monnaie", affirme la candidate du FN et eurodéputée, défendant son projet "essentiel" de passage d'une monnaie unique à une monnaie nationale.


Virulente passe d'armes entre Macron et Le Pen...par Europe1fr

Après avoir réclamé des précisions sur le projet de son adversaire, Emmanuel Macron répond : "Une grande entreprise ne pourra pas payer en euros d'un côté et payer ses salariés de l'autre en francs. Ça n'a jamais existé, Mme Le Pen. C'est du grand n'importe quoi." La présidente du FN accuse alors son contradicteur d'agiter "le projet peur" comme pour le Brexit". Emmanuel Macron réplique : "qui joue avec les peurs de nos concitoyens? C'est vous. La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi".