Cinq "fake news" qui ont marqué la campagne présidentielle

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Cinq "fake news" qui ont marqué la campagne présidentielle
Selon une étude, un lien sur quatre (24,2%) partagés sur les réseaux sociaux au sujet de la présidentielle française provient de sources qui aident à promouvoir les "fake news".@ Montage Europe1.fr
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L'influence des fausses informations sur la présidentielle pourrait jouer "un rôle crucial" lors de l'élection, selon une étude. Retour sur cinq "fake news" qui se sont immiscées dans la campagne.

Un lien sur quatre (24,2%) partagés sur les réseaux sociaux au sujet de la présidentielle française provient de sources qui aident à promouvoir les "fake news". C'est le résultat de l'étude publiée par le consultant en réseaux sociaux Bakamo, qui a analysé près de huit millions de liens entre novembre 2016 et début avril 2017. "Une exposition accrue aux sites qui répandent des mensonges, des théories conspirationnistes, de la propagande pro-russe et des opinions racistes pourrait jouer un rôle crucial et finalement décisif" lors de l'élection, note ainsi son PDG Jonathan Deitch.

Selon "Les Décodeurs" du Monde, qui ont fait de la traque d'intox leur spécialité, les plus partagées concernent l'immigration, les médias, la sécurité et… Emmanuel Macron.

>> Europe1.fr a sélectionné cinq des principales "fake news" qui ont alimenté la campagne présidentielle

  • Des infirmières "françaises" agressées par un "migrant"

La vidéo a été vue plus de quinze millions de fois depuis le 18 mars. Relayée sur les réseaux proches de l’extrême droite française, elle montre un homme frapper deux infirmières dans un hôpital. Sur le groupe Facebook "SOS Racisme anti-blance", à l'origine de l'intox, il est écrit en description : "On les soigne et ils en sont reconnaissants, la preuve", avant qu'un autre contenu ne soit promu avec cette mention : "une autre vidéo pour vous faire découvrir la France". De partages en partages, les messages affirment que l'homme en question est "un migrant venu chercher la gratuité des soins".

En réalité, les images ont totalement été sorties de leur contexte. Elles ont en fait été tournées à Novgorod, en Russie, au mois de février. Selon la presse locale, l’homme, un Russe de 38 ans, était sous l’emprise de l’alcool et a été arrêté à la suite de cette agression. 

  • Macron, le "candidat préféré de l'Arabie saoudite"

Si aucun candidat n'est épargné par la rumeur, Emmanuel Macron semble être la cible numéro un de ces "fake news". Certaines lui ont ainsi attribué le projet de créer une nouvelle taxe pour tous les propriétaires de logements en France, réunissant au total un peu plus de 100.000 partages. Une autre affirmait que la campagne du candidat était financée à plus de 30 % par l’Arabie saoudite. En l'occurrence, tout est parti d'un site créé spécialement pour l'occasion et imitant parfaitement le journal belge Le Soir. Dans un article daté du 25 février, l'ancien ministre de l'Économie est présenté comme "le candidat préféré de l'Arabie saoudite à l'élection présidentielle". De l’adresse URL, jusqu’à la signature de l’article faussement attribuée à l’Agence France Presse, les détails sont précis. L’intox s'appuyait même sur le prétendu témoignage d’un député socialiste belge, Philippe Close, qui s’était empressé de démentir :



Nicolas Vanderbiest, spécialiste des phénomènes d’influence sur les réseaux sociaux à l'université de Louvain-la-Neuve, en Belgique, s'est en fait rendu compte que des faux comptes Twitter avaient envoyé le faux article à la presse et aux journalistes. Parmi ces faux comptes, celui d'une prétendue "Lina Vincent", qui se présente comme journaliste mais relaie principalement des messages pro-russes, pro-iraniens et anti-saoudiens. Sa photo de profil a en réalité été volée dans un article de Var Matin. Mais la fausse information navigue jusqu'à être reprise par la députée FN Marion Maréchal-Le Pen, qui la publie sur son compte Twitter, avant de finalement l'effacer.

D'autres rumeurs ont circulé à propos du candidat d'En Marche !, comme celles qui évoquent sa prétendue liaison avec le directeur de Radio France, Mathieu Gallet (une rumeur à laquelle il a publiquement répondu) ; qui assurent que sa déclaration de patrimoine est fausse ;  ou qu’il n’a pas payé sa "pantoufle" (dédit que doit un haut fonctionnaire à l’État lorsqu’il choisit de travailler dans le privé) assez cher, etc.

Des rumeurs si persistantes qu'Emmanuel Macron a mis en place une cellule de riposte à son QG de campagne, supervisée par Sylvain Fort, chargé de la communication du candidat.


Les nouvelles mesures de Facebook contre les "fake news"

Le géant des réseaux sociaux a annoncé la semaine dernière accroître sa lutte contre les fausses informations, via la surveillance de comportements suspects, comme les messages répétitifs ou massifs, et la fermeture de comptes. En France, le renforcement de la lutte menée par Facebook a conduit à des interventions sur 30.000 comptes, a précisé Shabnam Shaik, un membre de l'équipe de protection et d'assistance de Facebook.

Parmi les nouveautés, Facebook a rendu plus facile le signalement des messages suspects et la recherche de sujets, et cherche à s'assurer que les tendances apparaissant sur le réseau social sont bien à l'unisson de celles du monde réel.

  • Mélenchon et sa Rolex à 18.000 euros

Emmanuel Macron n'est pas le seul candidat visé par les "fake news". Jean-Luc Mélenchon y a également eu droit, comme le montre un assemblage de photos apparu sur les réseaux sociaux en avril 2016, mais largement partagé ces dernières semaines. À en croire le montage, le candidat de la France insoumise posséderait une Rolex d’une valeur de 18.000 euros. Ce que l’intéressé avait lui-même démenti sur son blog : "Je démens formellement", y écrivait-il à l'époque. "Je n’ai pas de Rolex et je n’en désire point. J’informe mes lecteurs que ce genre de rumeurs à mon sujet va se développer à mesure que je talonnerai Hollande et que je progresserai."

Déjà à ce moment-là, le site de Franceinfo avait expliqué qu'il s'agissait en réalité d’une montre de la série Seiko 5, dont le prix était compris entre 70 et 200 euros.

  • Un militant FN "employé de Canal+"

"Le fameux militant raciste et homophobe du documentaire de C8 est en vérité ingénieur du son pour Canal+ ! Lagache est une crapule !". L’accusation est lancée par Steeve Briois, le maire Front national d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais. Une dénonciation lancée à l'origine par un responsable des jeunes du parti frontiste, Cyril Martinez, capture d’écran à l'appui. En cause, le documentaire la Face cachée du Front national, diffusé en mars dernier sur C8. "Voilà le genre de manœuvres qui sont utilisées par les médias. C’est honteux et j’espère qu’ils vont être lourdement condamnés", avait même déclaré Marine Le Pen auprès de l'AFP.



Oui mais voilà, l'homme en question n'a jamais travaillé pour le groupe Canal+. La capture d’écran de son profil Facebook a simplement été modifiée pour y faire apparaître la mention "ingénieur du son à Canal+" et publiée sur un forum de discussion. Cyril Martinez, joint par Libération, avait fini par avouer son erreur : "J’ai eu le malheur de relayer cette source sur un forum Discord mais j’aurais dû attendre confirmation", avait-il expliqué.

  • François Fillon et l'annonce du suicide de sa femme

En pleine tourmente dans l'affaire des emplois fictifs soupçonnés de son épouse Penelope, François Fillon, en plein JT de 20H sur France 2 avait lâché, le 5 mars dernier : "On a annoncé le suicide de ma femme mercredi matin sur des chaînes de télévision". Or, une telle information n’a jamais été évoquée à la télévision ce jour-là, marqué par le report de sa visite au Salon de l’agriculture, en raison de l’annonce de sa convocation devant les juges. Seuls quelques journalistes ont fait état d'un possible événement "grave", "privé" ou "personnel" pour expliquer ce changement soudain dans l’agenda du candidat, comme le rappelle le Huffington Post.

Quelques jours plus tard sur Europe 1, François Fillon s'était défendu en pointant les réseaux sociaux : "Ce n'est pas moi qui l'ai inventé, c'est ma fille qui a découvert sur les réseaux sociaux qu'une ambulance était devant la maison pour emmener sa mère qui avait fait une tentative de suicide". "Vous pensez que quand on entend une nouvelle comme celle-là, on est dans une stratégie de campagne ? Franchement…".

On aurait aussi pu évoquer, entre autres :

  • Les faux sondages relayés sur les réseaux sociaux

  • Les fausses accusations présentant Emmanuel Macron comme anti-palestinien

  • L'intox sur le pompier à "l'œil crevé par une racaille"

  • L'intox sur le prêtre agressé "sans que les médias n'en parlent"

  • La fausse information sur François Hollande sifflé au salon de l'Agriculture 2017

  • La fausse vidéo de débordements à Paris (en réalité une manifestation de taxis en janvier 2016)

  • La fausse information sur le droit de vote des prisonniers