Ces hauts fonctionnaires habitués aux valses du pouvoir

  • A
  • A
Ces hauts fonctionnaires habitués aux valses du pouvoir
@ REUTERS
Partagez sur :

ZOOM - A chaque alternance, les postes clés de la police et de la justice sont redistribués.

François Hollande dénonçant "l'État UMP" mis en place par Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet qui réplique, accusant le candidat socialiste de vouloir organiser "une chasse aux sorcières" suivie d'une purge dans la fonction publique. Au-delà des amabilités échangées, qu’y a-t-il de vrai dans cette polémique ?

"C’est la règle du jeu et ça a toujours existé"

Qu’a dit Hollande précisément ? Le candidat socialiste à la présidentielle a annoncé, dimanche soir, son intention de faire le ménage dans la haute police et la magistrature, s’il est élu le 6 mai prochain. Dénonçant "un Etat UMP", "un système" dans la police et la justice mis en place par Nicolas Sarkozy lors de son passage Place Beauvau, puis à l’Elysée, François Hollande a prévenu qu’il se séparerait des hauts fonctionnaires "liés à ce système" Sarkozy. "Aucun de ceux qui aujourd'hui exercent des responsabilités et qui sont loyaux n'ont à s'inquiéter mais, en revanche, ceux qui sont liés à ce système auront forcément à laisser la place à d'autres", a prévenu François Hollande.

Les hommes du président côté police. Selon un observateur avisé interrogé par Europe1.fr, dès qu’un président entre en fonction, il veille particulièrement à placer des gens de confiance à trois postes clefs dans la haute police : le directeur général de la police nationale, le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur et le préfet de police de Paris. Des postes occupés aujourd’hui par trois fidèles de Nicolas Sarkozy, Frédéric Péchenard, Bernard Squarcini et Michel Gaudin. Frédéric Péchenard a été nommé, directeur général de la police nationale, par décret en Conseil des ministres, le 25 mai 2007. Bernard Squarcini a été nommé directeur de la surveillance du territoire (DST), le 27 juin 2007 puis patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), le 2 juillet 2008. Michel Gaudin est devenu préfet de police de Paris, le 23 mai 2007. Ce sont notamment ces nominations que dénonce François Hollande quand il fustige "le système" Sarkozy. "Ces personnalités sont fidèles à la politique de Nicolas Sarkozy mais elles sont surtout fidèles personnellement au chef de l’Etat", estime René Dosière.

Des nominations très politiques côté justice. Au-delà des promotions, des mutations ou des nominations-sanctions au sein de la police, Nicolas Sarkozy est accusé de verrouiller la magistrature pour les sept prochaines années. "Dans la justice aussi, il y a eu des nominations de procureurs qui ont été des amis du pouvoir", a indiqué François Hollande. Une référence, entre autres, à la nomination de Jean-Claude Marin au poste de procureur général près la Cour de cassation, faisant de ce proche du président le premier procureur de France. Depuis septembre, 14 procureurs généraux ont aussi été nommés en Conseil des ministres. Un jeu de chaises musicales au sein de l’institution judiciaire non sans conséquences. Les procureurs généraux, pour lesquels le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) donne aujourd’hui  un avis non contraignant au gouvernement, sont nommés en Conseil des ministres pour sept ans.

"Personne n’est lésé, des solutions sont toujours trouvées"

Une tradition qui fait consensus... Nathalie Kosciusko-Morizet a dénoncé "une chasse aux sorcières" suivie d'une purge dans la fonction publique, après les propos de François Hollande. Dans la police et la justice, domaines hautement sensibles, les hauts fonctionnaires sont pourtant habitués à valser au gré des alternances. La tradition fait consensus à droite comme à gauche. "Je suis très surpris par cette polémique", confie à Europe1.fr le député socialiste René Dosière. "On sait très bien qu’à chaque changement de majorité, il y a des changements opérés aux postes sensibles". "C’est une coutume, une tradition que personne ne remet en cause", estime le parlementaire. Tous les présidents de la Ve République ont eu leurs hommes de confiance dans la police. "C’est la règle du jeu et ça a toujours existé", rappelle ce fonctionnaire de police en activité, interrogé par Europe1.fr, qui a connu deux présidents à l’Elysée et plusieurs alternances de majorité.

... Car les hauts fonctionnaires arrivent à se recaser. Les hauts fonctionnaires sont habitués à valser au gré des alternances mais arriveraient toujours à se "recaser". "Personne n’est lésé, des solutions sont toujours trouvées", assure cet observateur. La plupart du temps même, les hauts fonctionnaires anticiperaient un changement de majorité, au cas où. "Les actuels collaborateurs de Claude Guéant se sont déjà trouvé des postes", précise t-il.