Ces enseignants "avec Marine Le Pen"

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Ces enseignants "avec Marine Le Pen"
Marine Le Pen et son bras droit Florian Philippot.@ MAXPPP
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TEMOIGNAGES - Un collectif a été créé pour soutenir la ligne de la présidente du FN. Deux de ses membres se confient.

Et une rupture de plus pour Marine Le Pen ! Après avoir dragué les fonctionnaires, c’est désormais aux profs que la patronne du Front national fait les yeux doux, alors que son père n’avait pas de mots assez durs pour critiquer leur esprit de corporatisme. Et ça marche : une quarantaine d’entre eux se sont réunis au sein du Collectif Racine, dont la "punchline" ne laisse pas de place au doute : "Les enseignants avec Marine Le Pen".

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Philippot à l'origine de tout. "Marine Le Pen avait tenu un colloque sur l’école il y a deux ans, et cela a eu un écho grandissant dans le corps enseignant. Certains sont donc venus nous voir pour nous dire qu’ils se retrouvaient dans le discours porté par le FN. On a alors décidé de les aider." Telle est la genèse du collectif telle que la raconte Florian Philippot, vice-président du FN, contacté par Europe1.fr.

Parmi ces enseignants qui ont tapé à la porte frontiste figurait Yannick Jaffré (photo), professeur agrégé de philosophie alors engagé dans la création de Patrie et Citoyenneté (PEC), parti politique affilié au Rassemblement Bleu Marine. "Nous avons trouvé intéressant de monter un collectif qui ne soit pas qu’un groupe de réflexion interne à un parti. On voulait éviter l’engagement partisan. C’est la ligne Le Pen qui nous a convaincus. Mais si un autre parti politique applique nos idées demain, nous serions les premiers satisfaits !", assure-t-il à Europe1.fr.

Alain Avello, professeur certifié de philosophie, en était lui aussi, "pour en finir avec les dysfonctionnements du système". Les deux amis, des chevènementistes déçus par la gauche, se décident alors à franchir le Rubicon. Pas facile dans une profession traditionnellement marquée à gauche. "Il faut avoir du courage pour s'exposer aux déconvenues qui vont forcément arriver dans notre milieu professionnel. Des inimitiés vont voir le jour. J'ai déjà été témoin d'une réaction très violente d'un de mes collègues. Nous mesurons le risque et nous assumons", affirme à Europe1.fr Alain Avello, qui revêt le rôle de secrétaire du collectif.

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Est ensuite né un appel "pour le redressement de l’école", publié dans Le Figaro le 2 mai dernier. Cette tribune médiatique, c’est Florian Philippot qui les a aidés à la décrocher, ce que le vice-président du FN reconnaît sans peine. "On leur a donné un coup de main car ils ont envie de peser dans le débat", explique-t-il. Le FN a tout intérêt à séduire cette catégorie de la population qui n'a que rarement voté pour lui. En 2012, "seulement 5 à 6% des profs" ont glissé un bulletin "Le Pen" dans l’urne, regrette Yannick Jaffré (photo). "Nous avons de belles parts de marché à prendre", s’enflamme un permanent frontiste dans Le Parisien.

Florian Philippot ne dit pas autre chose. Alors, Marine Le Pen joue de ses charmes politiques. "Le fait qu’elle nous mentionne dans son discours de clôture de l’université d’été (voir la vidéo ICI) nous a offert un gros coup de projecteur et les messages de soutiens ont afflué", se gargarise Yannick Jaffré. Le 12 octobre prochain, la patronne du FN organisera une conférence sur le thème de… l’enseignement. Et lancera officiellement le Collectif Racine. Opération séduction, suite…

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"Si on m'avait dit ça il y a 15 ans...". Pour l’heure, le Collectif Racine, - composé "d'électeurs du FN, mais aussi de gauche et de droite", assure Yannick Jaffré - , en est à l’état embryonnaire, mais ses objectifs sont déjà fixés : "nous voulons traiter thème par thème toutes les questions liées à l’école, et nous formulerons des propositions concrètes" qui remonteront au siège, à Paris. Des réflexions qui pourraient s’avérer précieuses pour la direction du mouvement.

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S’il a bien conscience que "le monde des enseignants est une terre de mission pour le Front national", Yannick Jaffré voit quelques signaux positifs, malgré tout : "un prof m’a dit il y a peu : ‘j’ai lu votre appel. Je suis d’accord avec 80% de ce que vous dites, mais je ne peux pas vous rejoindre’. Et il n’est pas le seul à tenir ce genre de discours." Alain Avello dit avoir constater le même phénomène dans sa boîte mail, même s'il a bien conscience que le chemin sera encore long : "beaucoup de collègues nous disent 'bravo ! Une grande de la corporation est presque prête à franchir le pas, mais il y a encore des réticences. Cela va venir, cela se sent au quotidien".

L’image du Front national lui joue donc encore des tours, même si la dédiabolisation est plus que jamais en marche. Yannick Jaffré se souvient en riant qu’il y a quelques années, "il était encore à gauche. Bien à gauche même…" Et conclut, soudain sérieux : "si vous m’aviez dit il y a 15 ans que je m’engagerais dans un collectif aux couleurs du FN, j’aurais éclaté de rires !"