Ces élections départementales dont on ne connaît pas les enjeux

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Ces élections départementales dont on ne connaît pas les enjeux
@ ALAIN JOCARD / AFP
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KAFKAÏEN - Un projet de loi va modifier les compétences des départements. Mais il ne sera pas voté avant les élections de la fin du mois de mars.

L'INFO. Les élections départementales ont lieu les 22 et 29 mars prochains. Problème : le projet de loi pour une Nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) ne sera toujours pas voté à ce moment là. Les Français vont donc élire leurs conseillers départementaux…sans savoir quelles seront leurs compétences !

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Une réforme lancée mais pas votée. "Kafkaïen!" Voilà comment Maurice Leroy, président du Conseil général (qui deviendra le mois prochain le conseil départemental) du Loir-et-Cher, définit la situation. Certes, le projet de loi NOTRe a déjà été voté par le Sénat, mais il devra encore passer devant l'Assemblée nationale, le 10 mars prochain. Autant dire tout de suite que le texte - longuement discuté dans la haute chambre - ne sera pas en vigueur lors des élections de la fin du mois de mars. "Il sera voté en mai ou en juin, pas avant", pronostique Maurice Leroy, contacté par Europe 1.

Les candidats font donc campagne sans pouvoir dire à leurs électeurs quelles seront leurs compétences futures. Certaines seront, c'est une certitude, transférées aux conseils régionaux, le gouvernement cherchant à renforcer le pouvoir des régions. Mais lesquelles ? Le Sénat souhaite par exemple confier les transports scolaires aux départements, quand le gouvernement, dans sa version initiale, préférerait que ce soit les régions. Que dira l'Assemblée nationale ? Vous ne le saurez pas avant d'aller voter. Autre illustration : l'exécutif veut que les routes soient gérées par les régions, quand le Sénat les laisse aux départements.  Que diront les députés ? Là encore, vous ne le saurez pas avant d'entrer dans l'isoloir.

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Maurice-Leroy

© FRANCOIS GUILLOT / AFP

"Les gens s'inquiètent, ils sont paumés". "C'est ubuesque, invraisemblable ! Cela ne s'est jamais produit dans la 5e République. Comment faire nos journaux de campagne ? Si, en milieu urbain, les questions se posent moins, je vous assure qu'en milieu rural, tout le monde connait son conseiller général et à quoi il sert", tonne Maurice Leroy (photo), candidat à sa réélection dans le Loir-et-Cher. L'ancien ministre de la Ville l'assure : "sur le terrain, les gens s'inquiètent, ils sont paumés. Je dois les rassurer. Samedi, j'étais en déplacement dans une commune rurale de moins de 1.000 habitants, et même le maire m'a posé des questions !" Et d'ajouter : "cela va encore favoriser le FN et l'abstention !"

Jérôme Guedj, président PS du Conseil général de l'Essonne, estime, lui, que ce flottement n'est en rien un souci en vue des élections car, "au pire, les départements vont perdre quelques prérogatives, mais pas suffisamment pour que cela influence le scrutin." Avant de reconnaître, tout de même : "la seule incertitude, c'est sur le collège, c'est vrai."

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Jérôme-Guedj

Mais on les supprime pas les départements alors ? Le député frondeur de l'Essonne (photo) pointe, lui, un autre problème qui complique singulièrement la campagne : "François Hollande et Manuel Valls ont assuré toute l'année 2014 : 'on va supprimer les départements !' Alors certes la réforme a été abandonnée, mais les gens n'ont pas entendu le rétropédalage du Premier ministre. Donc, sur le terrain, je dois faire de la pédagogie avant tout !" Et pas facile quand, plombé par un contexte national, les électeurs ne veulent même plus vous écouter : "les gens sont indifférents face aux militants socialistes. et il n'y a rien de pire, je préférerai des critiques…"

Des critiques, Maurice Leroy, lui, en a la pelle. Et il à l'intention de les faire entendre. Mardi, le projet de loi NOTRe va arriver en discussion  à l'Assemblée nationale. Et il promet à Europe 1 qu'il "va se régaler à apostropher Manuel Valls !" Pour lui dire quoi ? "Ils ont divisé les cantons par deux, mais il y aura désormais davantage de conseillers territoriaux qu'avant… C'est ça la simplification monsieur le Premier ministre ? Incroyable…"