Ce que pense Manuel Valls

Outre sur la sécurité, quelle est vraiment la ligne politique de Manuel Valls, fraichement désigné Premier ministre ?
Outre sur la sécurité, quelle est vraiment la ligne politique de Manuel Valls, fraichement désigné Premier ministre ? © MaxPPP
  • Copié
, modifié à
QU'A-T-IL EN TÊTE ? - L'ex-ministre de l'Intérieur désormais Premier ministre a des idées bien tranchées. Et pas que sur la sécurité.

Sur la méthode, "il prend des décisions et ensuite il consulte, plutôt que l'inverse", confie à Europe1 l'un des amis de Manuel Valls, fraichement désigné Premier ministre. Sur le fond, le nouveau chef du gouvernement est chargé de mener à bien les chantiers impulsés par François Hollande (la liste ici). Mais en dehors de ses sujets de prédilection (Sécurité, Laïcité, Immigration, Intégration), que pense vraiment Manuel Valls de la Justice, l’Éducation, ou encore l'International ? Quelle est vraiment la ligne politique du désormais ex-ministre de l'Intérieur ?

>>> SUR L'ECONOMIE, LIRE NOTRE ZOOM : "quel économiste est Manuel Valls"

LA JUSTICE DOIT "RESTAURER LA CRAINTE"

Plus rude que Taubira. Sur la Justice, le nouveau Premier ministre a une vision plus dure que celle de l'actuelle garde des Sceaux, Christiane Taubira. Sa ligne générale peut se résumer ainsi : la dissuasion passe par la sanction. Ce qui l'a déjà poussé à entrer en conflit avec la ministre de la Justice, notamment sur la réforme pénale. Le texte, qui supprime notamment les peines plancher et met en place une peine de probation pour certains délits, doit être examiné au Parlement à partir du 14 avril. Or, en août 2013, le journal Le Monde rendait publique une lettre envoyée par Manuel Valls au chef de l'Etat. Et la réforme de Christiane Taubira en prenait pour son grade.

978x489 LeLab - Christiane Taubira trouve Bourdin "trop pro-Valls"

La lettre polémique. "La quasi-totalité des dispositions de ce texte a fait l'objet de discussions, voire d'oppositions du ministère de l'intérieur", écrit le ministre de l'époque. Et de poursuivre : "la peine de probation ne présente pas beaucoup d'avantages […] Ce projet de loi part d'un premier postulat que je ne peux intégralement partager : la surpopulation carcérale s'expliquerait exclusivement par le recours 'par défaut'à l'emprisonnement et par l'effet des peines planchers."

"Restaurer la crainte".  Un peu plus loin dans le temps, en 2009, dans une tribune au Figaro, il avait donné sa propre vision de la Justice. "Sans remettre en cause - d'aucune sorte - l'indépendance de la magistrature, il est aujourd'hui nécessaire de s'interroger sur les moyens de restaurer la crainte que la justice doit inspirer aux délinquants", écrivait-il. Listant une série de mesures, il trouvait alors "opportun d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion sur la manière d'assurer une meilleure connaissance des juges des réalités du terrain", s'attirant, à l'époque, les foudres de beaucoup de magistrats.

ÉDUCATION ET CULTURE : PAS TROP DE DÉPENSES

Pour la réforme des rythmes. Plutôt discret sur l'Education, le nouveau Premier ministre s'était tout de même prononcé, pendant la primaire socialiste, pour "une refonte très large des rythmes scolaires et aussi des contenus". Manuel Valls proposait alors de passer de 140 à 180 jours de classe par an, ce qui a été fait depuis avec la dernière réforme des rythmes scolaires.

Contre l'embauche de fonctionnaires. En revanche, il était opposé au recrutement de 60.000 fonctionnaires dans l'Education nationale, proposé à l'époque par François Hollande. "Notre réponse ne peut pas être la dépense publique", avait-il lancé, s'exprimant sur le sujet. "Moi, je propose une véritable réforme de l'Education nationale qui aujourd'hui malheureusement crée davantage d'inégalités", avait-il renchéri, sans en dire plus.

Valls Peillon Bandeau

© Reuters

De la Culture… mais surtout des économies ! Le Premier ministre proposait également, comme le rapporte le Nouvel Obs, d'insérer plus de Culture à l'école. "La pratique d’un art ou la fréquentation des œuvres doivent être accessibles à tous les enfants de la République", avait-il demandé. Mais sur la Culture comme le reste, Manuel Valls reste un social-libéral, opposé à un trop grand nombre de dépenses publiques.

"La culture doit être une priorité (...) mais on ne peut plus le faire comme avant. L'Etat ne pourra plus financer de grands projets. C'est peut-être en disant la vérité sur les finances publiques que, sur la culture, je marque ma personnalité, peut-être ma différence", avait-t-il déclaré en Avignon, en juillet 2011.

UN "ATLANTISTE" SUR L'INTERNATIONAL  

Comme le confient ses proches, les Affaires étrangères n'ont que "peu été la priorité" de Manuel Valls jusqu'à aujourd'hui. "Il connait peu l'Asie et Amérique. Il a surtout des connexions en Afrique et au Moyen Orient", explique-t-on dans son entourage. Il a surtout "des positions atlantistes (libéral, proche des Etats-Unis). Il est sur la même ligne que Fabius", détaille-t-on encore.

Valls et Fabius

Sur l'Europe, Manuel Valls, parlait, en 2011, "d'horizon" et se prononçait pour l'intégration de la Turquie à l'Union européenne. Il avait également jugé, en 2010, "incontestablement" nécessaire un contrôle des budgets nationaux par Bruxelles. Il voulait, à l'époque, doter l'Europe "d'un véritable gouvernement politique, économique et monétaire". Plus surprenant, en 2005, Manuel Valls avait pourtant défendu le "non" au référendum sur la constitution européenne... Avant de participer ensuite, "par discipline", à la campagne menée par la direction du PS (dont le patron était François Hollande) en faveur du "oui".

L’ÉCOLOGIE, "PAS TROP SON TRUC"

Les ministres écologistes du gouvernement, Cécile Duflot et Pascal Canfin, ont annoncé qu'ils ne participeraient pas à l'équipe de Manuel Valls. Et pour cause : sur les Roms, le pacte de responsabilité ou encore la politique carcérale, les divergences entre EELV et le nouveau Premier ministre sont nombreuses. Mais qu'en est-il de l'écologie à proprement parler ?

Selon les proches de Manuel Valls, l'écologie, "c'est pas trop son truc. Cela doit se plier à l'économie, et non l'inverse". L'ex-ministre de l'Intérieur avait d'ailleurs soutenu le limogeage de l'ancienne ministre de l’Écologie Delphine Batho, qui avait publiquement critiqué la baisse de crédits accordés à son ministère. "C'est le choix qui s'imposait. Le budget, c'est ce qui fait le cœur de l'action du gouvernement", avait-il déclaré.

Toutefois, le Premier ministre n'est pas non plus dénué de proposition en la matière. Durant la primaire, il avait défendu, comme François Hollande, une réduction de 75 à 50% de la part du nucléaire dans la fourniture d'énergie de la France, d'ici 2025. En outre, selon Les Echos, Manuel Valls aurait proposé aux écologistes la direction d'un "grand ministère de l'Ecologie", chargé de mener à bien la "transition énergétique". On en saura un peu plus mercredi, avec la présentation du gouvernement "Valls I".

sur-le-meme-sujet-sujet_scalewidth_460_scalewidth_460

ECO-PORTRAIT - Quel économiste est Manuel Valls ?

L'ESSENTIEL - Valls à Matignon : revivre la passation de pouvoir

EXCLU - Michel Sapin garde son Travail

EXCLU - Montebourg aura un ministère élargi

EN OFF - "Tiens, voilà les amis de Manuel Valls qui débarquent"

COULISSES - Le jour où Matignon a valsé

PORTRAIT - Manuel Valls, un ambitieux à Matignon