"Ce n'est pas avec des mea culpa que Hollande retrouvera la faveur des Français"

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3 QUESTIONS À - Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, analyse les regrets de François Hollande sur la TVA sociale.
INTERVIEW

François Hollande regrette. Il n'aurait pas dû annuler la hausse de TVA décidée par Nicolas Sarkozy en 2011. C'est ce qu'a confié le président de la République à la journaliste Françoise Fressoz, qui raconte cet aveu dans Le stage est fini, un livre publié cette semaine chez Albin Michel. Ce mini mea culpa peut-il avoir un impact dans l'opinion ? Europe 1 a interrogé Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut de sondage Ifop (photo).

Frédéric Dabi Ifop

Quel impact le regret de François Hollande sur la TVA peut-il avoir dans l'opinion publique ?

L'impact sera limité. Cette phrase de François Hollande est rapportée dans un livre. Or, il y a un décalage entre le microcosme très informé et la réalité quotidienne des Français. Notre tableau de bord pour Paris Match et Sud Radio publié mercredi montre d'ailleurs que dans les conversations des Français, les sujets politiques comme l'annonce de baisses d'impôts ou le feuilleton Le Pen arrivent en bas de tableau. Dans un contexte de crise, ces petites jeux politiciens leur passent largement au-dessus de la tête.

Après, un mea culpa, cela reste très rare. Il y a parfois eu des regrets, comme la phrase de François Mitterrand sur le chômage en 1993 ("on a tout essayé") ou celle de Jospin en 1999 ("l'Etat ne peut pas tout"). Nicolas Sarkozy a difficilement admis quelques erreurs pendant sa campagne de 2012. Mais le mea culpa n'est pas habituel chez un président de la République omniscient et omniprésent.

Sur le fond, que traduit le fait de regretter d'avoir annulé une hausse de TVA ?

François Hollande est en décalage avec le rapport des Français à l'impôt. D'abord, la TVA en général n'a traditionnellement pas bonne presse. Ensuite, la TVA sociale en particulier avait été fortement rejetée par l'opinion et perçue comme le symbole d'une politique injuste qui ne favoriserait que les riches. Toutefois, Hollande se rend compte après coup que la non-annulation de cette mesure l'aurait bien aidé sur le plan budgétaire.

Le mea culpa sur le début de son quinquennat peut-il constituer une stratégie de campagne pour François Hollande, à un an et demi de la présidentielle ?

Ce n'est pas avec des mea culpa que François Hollande retrouvera la faveur des Français. Il faut que cela s'accompagne de résultats. Nicolas Sarkozy n'a pas perdu en 2012 parce qu'il ne s'est pas excusé de son bilan, mais à cause du manque de résultats et du jugement sévère porté sur son quinquennat.