Cantonales : le Sénat en ligne de mire

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Cantonales : le Sénat en ligne de mire
Le Sénat pourrait basculer à gauche pour la première fois sous la Ve République, en septembre.@ MAXPPP
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Derrières les cantonales se cache un autre enjeu : le basculement éventuel du Sénat à gauche.

"Le Sénat, on y pense depuis un moment." L’aveu vient de Christophe Borgel, le monsieur élections du Parti socialiste. Car le principal parti d’opposition voit plus loin que les élections cantonales de mars. Il se projette déjà vers les sénatoriales de septembre, avec un pari un peu fou : faire basculer, pour la première fois sous la Ve République, la Chambre haute du Parlement. Le temps est loin où Lionel Jospin, alors Premier ministre, qualifiait le Sénat "d’anomalie démocratique". Aujourd’hui, les socialistes y croient.

"Pas impossible, mais difficile"

Le PS peut s’appuyer sur ses récentes victoires aux élections locales, comme les municipales de 2008 et les régionales de 2010, pourvoyeuses en grands électeurs*. "Si l’élection du Sénat était véritablement démocratique, le Sénat serait déjà à gauche", relève Christophe Borgel, joint par Europe1.fr. "Mais le scrutin est ainsi fait qu’il favorise la droite. Alors, remporter le Sénat, ce serait vraiment très fort."

Car par sa surreprésentation des petites et moyennes communes et des zones rurales, traditionnellement favorables à la droite, le Sénat est une chambre conservatrice par essence. "Le basculement n’est pas impossible, mais il me semble difficile", analyse pour Europe1.fr Pascal Perrineau, directeur du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences-po). "L’essentiel du corps électoral du Sénat vient des conseillers municipaux et de leurs délégués*. Les cantonales ne peuvent qu’avoir un impact plus faible, un effet à la marge."

"Des sympathies, des réseaux"

En outre, "les élections sénatoriales ne sont pas si politisées qu’on veut bien le dire", poursuit le politologue. "Le corps électoral peut être influencé par des variables plus personnelles, des sympathies, des réseaux." Une occupation majoritaire du terrain ne serait donc pas une garantie de victoire pour la gauche. Et puis il y aura l’élection du président de la Chambre, après les sénatoriales. "Là encore, la dimension personnelle est essentielle. Et les petits groupes charnières, que sont les radicaux et les centristes, veulent jouer leur carte", poursuit Pascal Perrineau.

Même en cas de vague rose aux élections cantonales, le basculement du Sénat à gauche est donc encore très loin d’être gagné. D’autant que la droite n’est pas prête à rendre les armes. Trop consciente de l’enjeu. "Si la chambre Haute passait à gauche, ce serait véritablement une série noire pour la droite, avec les municipales de 2008, les régionales de 2010, probablement les cantonales de 2011", estime Pascal Perrineau. "Cela laisserait présager d’une élection présidentielle en 2012 très compliquée pour elle".