Cahuzac, le choix (précis) des mots

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Cahuzac, le choix (précis) des mots
@ Capture d'écran BFMTV
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DECRYPTAGE - Les éléments de langage de Jérôme Cahuzac rappellent ceux de DSK.

Jérôme Cahuzac a donné mardi sa première interview télévisée depuis ses aveux, le 2 avril. L'ancien ministre du Budget qui a reconnu posséder un compte en Suisse non déclaré a annoncé qu'il quittait son siège de député. Il s'est expliqué sur BFMTV point par point sur l'affaire qui a éclaté en décembre après les révélations de Mediapart et qui ont mené à sa chute.

Qui gère sa com' ? Depuis le passage aux aveux de Jérôme Cahuzac, c'est Anne Hommel, l'ancienne attachée presse de Dominique Strauss-Kahn, qui s'occupe de la communication de l'ancien ministre du Budget. Agée de 45 ans, cette "spin doctor" faisait partie de l'écurie de Stéphane Fouks, avec Gilles Finchelstein et Ramzi Khiroun, qui devait propulser l'ancien directeur du FMI à l’Elysée.  La communicante a quitté Euro RSCG en 2012 pour créer sa propre agence de com'.  Mais n'a, semble t-il rien oublié de ses années passées à Euro RSCG, devenue Havas Worldwide, tant on trouve de similitudes entre l'interview-confession accordée par Jérôme Cahuzac à BFMTV lundi soir et celle de Dominique Strauss-Kahn au JT de TF1, le 18 septembre 2011, après l'affaire du Sofitel.

La "faute morale". Curieuse coïncidence, Jérôme Cahuzac et Dominique Strauss-Kahn ont employé la même formule : "la faute morale". "Est-ce que c'était une faiblesse ? Je crois que c'est plus grave qu'une faiblesse, je crois que c'est une faute morale et je n'en suis pas fier" confessait DSK, il y a un an et demi. "Peut être aussi ai-je eu besoin de ce temps pour mesurer l'ampleur et la gravité de la faute morale que j'ai commise", a, de son côté, reconnu l'ancien ministre du Budget.
 







 

Une faute pour éviter les faits. En convoquant la faute morale, Jérôme Cahuzac ou Dominique Strauss-Kahn évitent de parler des faits qui leur sont reprochés : "fraude fiscale" pour l'un, "agression sexuelle" pour l'autre. La stratégie de communication est claire : il faut que le téléspectateur fasse la différence entre l'homme et le justiciable.

Victimes d'eux-mêmes. Si le justiciable DSK ou Cahuzac est condamnable, l'homme, lui, cherche à se faire pardonner. Ainsi, au fur et à mesure de leur interview confession, Jérôme Cahuzac et Dominique Strauss-Kahn tentent de passer du statut de coupable à celui de victime. Deux hommes victimes d'eux-mêmes. A chacun son combat contre son démon intérieur. L'argent et le mensonge pour Jérôme Cahuzac, qui devient "sa part d'ombre" en langage com'. "J'ai commis une folle bêtise, une folle erreur. Qui n'a pas une part d'ombre ? Et une part d'ombre, c'est parfois douloureux", a-t-il confié. Le 18 septembre 2011, DSK, lui, parlait de "légèreté" pour évoquer son rapport aux femmes et au sexe.

Ensuite, Jérôme Cahuzac comme Dominique Strauss-Kahn cherchent à obtenir le pardon, en reconnaissant le mal qu'ils ont fait aux autres. Encore une fois, les éléments de langage sont les mêmes. "J'ai fait du mal", confessait DSK. "J'ai fait souffrir ceux que j'aime", admet Jérôme Cahuzac.

Du copier-coller ? Dans l'entourage de l'équipe de communicants, on affirme que les deux interviews n'ont rien à voir. Pour preuve, la forme n'est pas la même. Alors que Dominique Strauss-Kahn avait opté pour un 20 heures en direct sur TF1, Jérôme Cahuzac a, lui, préféré une interview enregistrée sur BFMTV. Or, cette différence de forme fait elle-même partie du plan de communication. Si Jérôme Cahuzac a choisi une chaîne d'informations en continu, c'est justement parce que ses spin-doctors ont estimé que le 20h de DSK et son côté très solennel n'avaient pas convaincu l'opinion à l'époque.