Budget : comment faire "craquer" un ministre

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Budget : comment faire "craquer" un ministre
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Alors que le gouvernement va serrer la vis dans les ministères, Bussereau raconte son expérience.

jerome cahuzac

© REUTERS

Le contexte. Le ministre du Budget est rarement le plus populaire parmi ses petits camarades. C’est en effet lui qui contrôle et parfois impose des restrictions budgétaires aux autres membres du gouvernement. Autant dire qu’en 2013, Jérôme Cahuzac devrait avoir les oreilles qui sifflent. Le ministère du Budget a en effet réclamé par circulaire datée du 29 janvier des "économies très ambitieuses" aux différents ministères. Un effort qui sera à nouveau réclamé par Jean-Marc Ayrault mercredi lors d'un déjeuner, le Premier ministre ayant convoqué tous ses ministres. Les négociations, qui ont lieu en ce moment, pourraient être houleuses.

>>> Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat au Budget en 2004, raconte  sa vision d’un poste gouvernemental à part.

"Du marchandage". Face au ministre du Budget, les ministres adoptent des stratégies différentes. "Il y a celui qui va négocier, en général c’est celui qui a raison, il y a celui qui va aller chercher des arbitrages au-dessus. Et puis il y a ceux qui font un peu la tête, qui une fois que l’arbitrage est fait, ne l’acceptent pas et essayent de revenir en arrière", énumère Dominique Bussereau. "C’est comme dans toute société humaine, il y a des bons joueurs et des mauvais joueurs. Et là, c’est le marchandage."

Sa méthode : "se fâcher très vite". Comme ses prédécesseurs, Dominique Bussereau avait aussi sa stratégie. "Se fâcher très vite, pour aboutir très vite à une crispation, et ensuite par retour à la gentillesse, de pouvoir aboutir à des accords. En étant donc assez désagréable dès le début de la discussion."

La technique du chocolat. Chaque ministre du Budget développe ses propres tactiques face à ses collègues. "Je me souviens de mon prédécesseur Alain Lambert qui, dans le bureau de Bercy, faisait en sorte que les ministres aient le soleil dans les yeux", raconte Dominique Bussereau. Ou qui, selon les goûts culinaires qu’il connaissait des ministres, mettait telle charcuterie ou tel chocolat sur la table pour les amadouer."

La méthode Borloo. A l’inverse, les ministres peuvent parfois utiliser des méthodes extrêmes pour se faire entendre. "Je me souviens par exemple de Jean-Louis Borloo qui m’appelait à trois heures du matin pour me dire ‘on m’a supprimé, ça, c’est pas possible, etc.’ Il attendait que je m’endorme et, à 3h30 il rappelait. Quand quelqu’un a des intuitions budgétaires nocturnes, qu’il se croit obligé de vous en parler sur votre téléphone portable à 3 heures du matin, c’est assez désagréable", sourit aujourd'hui Dominique Bussereau.

Ses pronostics pour l'équipe Ayrault. Enfin, Dominique Bussereau évoque le cas de l’actuelle équipe. "Je pense que tous les ministre de l’actuel gouvernement savent qu’ils arrivent dans une période de rigueur. On voit bien que certains ne le comprennent pas très bien. Mme Duflot (Logement) a l’air d’avoir des soucis avec ça, Mme Batho (Ecologie) également. Il y en a certains dont je pense qu’ils vont sortir en lambeaux du bureau du ministre du Budget", pronostique le député de Charente-Maritime.