Avec la primaire de gauche, bienvenue en "Amateurie"

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Les pratiques litigieuses aperçues dimanche soir après le premier tour de la primaire ne sont pas nouvelles au Parti socialiste. Le responsable du scrutin parle lui d'un "bug".

L'ÉDITO POLITIQUE

Depuis lundi, les chiffres de la primaire de la gauche suscitent la polémique, entre des "bugs", des scores mal actualisés et des soupçons de fraude. Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, cette élection serait annulée et les organisateurs seraient poursuivis. On se croirait revenu au temps des républiques de l’Est soviétique : le commissaire politique arrive à 20h30 à la télévision et annonce des chiffres de participations bidons. L'administration doit ensuite s'adapter en fournissant des pourcentages précis et incontestables dans les heures qui suivent.

Soupçons légitimes de fraude. Sauf qu’au Parti socialiste, en 2017, on est chez les amateurs. Dans une ancienne république de l’Est, la Haute Autorité et l’organisateur de la primaire seraient déjà au goulag. Pour mémoire, dans la nuit de dimanche à lundi, le PS a gonflé la participation de 352 000 voix, sans que les scores des candidats et leur nombre de voix ne changent d’une décimale. Plus de 350.000 voix sur 1,6 million, cela modifie considérablement les rapports de force. Christophe Borgel, le commissaire organisateur, appelle cette approximation un "bug"… Un socialiste ou un candidat à cette primaire serait en droit d'y voir une fraude et demander l'annulation de la primaire.

Réminiscence du congrès de Reims. Mais la primaire ne peut décemment pas être annulée. Dans le suicide collectif, les socialistes font preuve d’une solidarité sans faille. Il faut se rappeler le congrès de Reims, en 2008, lorsque Martine Aubry a été élue avec 102 voix d'avance, dans un climat de fraude avérée. Manuel Valls et Vincent Peillon étaient déjà là, aux côtés de Ségolène Royal, menaçant de trainer le parti en justice. Jean-Christophe Cambadélis et Christophe Borgel se trouvaient quant à eux à trafiquer les chiffres.

La survie indécise du Parti socialiste. En définitive, le PS a préféré fermer les yeux au nom de l’intérêt supérieur du parti, afin de ne pas casser l’appareil pour que la maison continue de garantir les investitures, les mandats et les carrières politiques… Même François Hollande, alors premier secrétaire sortant et témoin privilégié des magouilles, avait fermé les yeux. Près de 10 ans plus tard, rien n’a donc vraiment changé au PS. Survivra-t-il à cette primaire décidément mortifère ? En tout cas, plus personne ne croit à sa survie sous sa forme actuelle.