Bayrou profitera-t-il du retrait de Borloo ?

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Le retrait de son président laisse l'UDI presque orpheline, mais le Modem de Bayrou pourrait en profiter.

Jean-Louis Borloo qui disparaît du spectre politique, c’est un immense blanc laissé au centre du jeu. Depuis la création de l’UDI en septembre 2012, l’ancien ministre de l’Ecologie incarnait presque à lui seul le centre politique en France. Désormais, il faudra compter sans lui, puisqu’il a annoncé dimanche son retrait politique pour des raisons de santé. Un retrait qui pose plusieurs problèmes.

>>>  L’UDI orpheline

C’est évidemment pour l’UDI, son parti, que le départ de Jean-Louis Borloo est le plus préjudiciable. Car c’est bien l’ancien ministre de l’Ecologie qui personnifiait à lui seul le parti centriste. C’est lui aussi qui parvenait à rassembler les différentes tendances d’un centre, au poids politique certes tout relatif, mais tout de même morcelé en plusieurs mouvements. Il avait en effet réussi à réunir dans la même formation différentes obédiences centristes : le Parti radical, le Nouveau Centre d'Hervé Morin, l'Alliance centriste de Jean Arthuis, le parti libéral, etc. Bref, il jouait "le rôle d'amortisseur à l'UDI", selon une expression d’Hervé Morin.

C’est Jean-Louis Borloo enfin qui faisait office d’interlocuteur crédible et puissant face à l’omnipotente UMP de Jean-François Copé. "Personne n’arrive à sa hauteur, c’est la raison politique pour laquelle il est président de l’UDI", a résumé Rama Yade, elle-même vice-présidente du mouvement, lundi matin sur Europe 1.

Yade : Borloo "est là, il est présent" par Europe1frbr>

Une guerre des chefs ? Du coup, la question du leadership se pose désormais à l’UDI. Si aucune personnalité ne semble avoir la carrure politique de Jean-Louis Borloo, les candidats potentiels sont nombreux. Il y a Rama Yade, bien sûr, mais aussi Jean-Christophe Lagarde, secrétaire général du mouvement, ou encore l’ancien secrétaire d’Etat à l’Outre-mer Yves Jégo, sans oublier l'ex-ministre de la Défense et ancien président du Nouveau Centre, Hervé Morin.

La question va être rapidement abordée. Un comité exécutif se tiendra dès mardi soir pour désigner une organisation transitoire et une date de congrès. "Plus la période provisoire, qui induit flottement et frictions, est courte mieux ce sera pour le parti", a plaidé Jean-Christophe Lagarde, évoquant une date "avant l'été". Une chose est sûre : pour l’heure, aucune tête n’émerge. "Il n'y a pas de leader présupposé, pré-imposé", admet volontiers Yves Jégo.

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Quel président de groupe à l’Assemblée ? La question du leadership se posera plus vite encore à l’Assemblée nationale. Jean-Louis Borloo était jusqu’alors le patron incontesté des 30 députés étiquetés UDI. Il faudra le remplacer au plus vite, peut-être avant mardi, quand Manuel Valls, le nouveau Premier ministre, prononcera son discours de politique générale, dans l’Hémicycle. Les candidats sont peu ou prou les mêmes, exceptée Rama Yade, qui n’est pas députée.

>>> L’Alternative mort-née ?

Pour aborder les européennes de mai 2014, un scrutin traditionnellement favorable au centre, europhile, Jean-Louis Borloo avait monté avec François Bayrou l’Alternative, l’union de l’UDI et du Modem. L’alliance est sur les rails et les têtes de liste ont comme prévu été présentés à la presse lundi à la mi-journée. Mais la campagne se fera elle sans Jean-Louis Borloo, qui ne sera finalement sur aucune liste, même en position non éligible. Le mouvement, déjà très discret depuis l’hospitalisation de Jean-Louis Borloo, survivra-t-il au scrutin européen ? Rien n’est moins sûr, d’autant que le Modem, fort du renouveau de son patron François Bayrou, pourrait retrouver des ambitions.

>>> Un seul présidentiable : Bayrou

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Car voilà bien le vrai problème pour l’UDI. Sans Jean-Louis Borloo, le parti centriste a perdu son seul présidentiable crédible. La piteuse tentative d’Hervé Morin, qui n’aura jamais dépassé le 1% d’intentions de vote en 2012, reste dans toutes les têtes. Du coup, au centre, c’est François Bayrou qui paraît être le seul candidat plausible à la présidentielle de 2017. Une bonne nouvelle donc, pour le nouveau maire de Pau ? Pas sûr, car à l’UDI, sans Jean-Louis Borloo pour faire contrepoids, François Bayrou n’est plus regardé avec la même bienveillance. "C’est François Bayrou qui va rafler la mise", pronostiquent ainsi, amers, des cadres de l’UDI. Le président du  Modem doit donc s’attendre à se voir mettre des bâtons dans les roues par ses anciens alliés du centre.

 

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