Bachelot : "la parité, un combat"

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Bachelot : "la parité, un combat"
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INTERVIEW - L'ex-ministre raconte ce que c'est qu'être une femme en politique.

La parité en politique, Roselyne Bachelot connaît. Quand elle était à la tête de l’Observatoire de la parité, en 1996, elle avait ainsi proposé une loi, repoussée par Alain Juppé car "c’était trop tôt." Précurseur. Depuis, l’ancienne ministre n’a pas varié, et se félicite même du  projet de la majorité d'instaurer l'alternance automatique d'hommes et de femmes sur les listes municipales. A l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, Europe1.fr lui a demandé ce que c'est qu'être une femme en politique.

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NKM estime ce vendredi dans Le Parisien que "pour les femmes, rien n’est acquis". Est-ce vrai aussi en politique ?

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C’est un combat de tous les instants et le piège que l’on nous tend, c’est de baisser la garde. Des choses que l’on croyait gagnées peuvent se perdre du jour au lendemain. J’ai toujours entendu dire : "ça s’améliorer", "on va vers des jours meilleurs" etc... Mais quand je suis rentrée à l’Assemblée nationale en 1988, il y avait moins de femmes députés qu’au lendemain de la Libération ! Il a fallu des lois pour faire changer les choses.

Le projet de loi de l’actuelle majorité instaurant la parité dans le cadre des élections locales va donc dans le bon sens ?
 Absolument. Je suis même favorable à ce que ce mode de scrutin binominal s’applique aussi pour les législatives. Je prône cela depuis 25 ans.

L’UMP semble beaucoup moins ouverte que vous sur ce sujet…
 La gauche a eu une chance incroyable : se prendre une claque insensée en 1993 puis en 2002. Cela lui a permis de siphonner un certain nombre de vieux élus cramponnés à leur poste comme une moule sur un rocher. D’un mal peut sortir un bien. Mais je n’en suis pas non plus à souhaiter une débâcle électorale de l’UMP, d’autant qu’on en a pas mal au compteur ces dernières années… (rires)

Est-ce plus difficile pour une femme de réussir en politique ?
 Intrinsèquement non. On a toutes les qualités pour être des combattantes, et on l’a prouvé, mais on nous met des bâtons dans les roues. Les mentalités sont dures à changer. Un jour, en plein conseil municipal, j’étais assise à côté d’un collègue socialiste. En face de nous se trouvaient 16 adjoints au maire, dont 4 femmes. Lui me dit : "c’est bien la parité Roselyne, regarde !". Je lui ai répondu : "c’est bien, mais la parité ce n’est pas de rajouter quatre femmes, c’est de leur confier les postes de quatre hommes. Donc tu veux que l’on remplace qui parmi tes collègues ?" Il est devenu blême et n’a rien su répondre. Il avait une lueur de meurtre dans le regard ! (rires) Il y a encore du travail, et seule la loi permettra de faire avancer les choses.

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Est-ce plus facile d’être une femme députée qu’une femme ministre ?
 Cela dépend surtout du parcours des unes et des autres. Quand, comme moi, on a bataillé pendant 15 ans comme élue de terrain, l’acceptation est plus facile. En revanche, comme le vivier féminin est moins poissonneux que le masculin, il y a un certain nombre de femmes - je pense notamment à Fadela Amara, Rachida Dati, Rama Yade -, que l’on a été cherché dans la société civile. Elles ont alors dû affronter un certain nombre de difficultés car leur légitimité était remise en cause. Mais à l’inverse de l’Assemblée nationale, où il y a un peu un côté caserne-buvette qui permet aux langues de se délier, les politiques sont très sages en conseil des ministres, pas de gaudriole ici.

Que vous inspire le fait de voir cinq femmes candidates à la mairie de Paris ?
 En quoi est-ce différent que de voir six hommes candidats ? C’est un non-événement. Je suis consterné de voir des titres comme "Bataille de dames pour la mairie de Paris", "Crêpage de chignon pour l’hôtel de ville". C’est un festival machiste depuis le début de l’année !

Vous êtes désormais chroniqueuse sur D8. Quel milieu est le plus mysogine ? Télévision ou politique ?
 Tous les lieux de pouvoir sont mysogines par définition, car ils sont occupés par les hommes. N’est-ce pas vrai aussi dans les entreprises de presse ? S’il y a une différence, le machisme est peut être moins étayé dans les médias, avec moins de support institutionnel et traditionnel qu’il n’en a dans la politique.

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