Elections sénatoriales : pas de bouleversement en vue

  • A
  • A
Elections sénatoriales : pas de bouleversement en vue
La droite devrait rester majoritaire au Sénat après les élections de dimanche.
Partagez sur :

L'élection de dimanche permettra de renouveler la moitié des effectifs du Palais du Luxembourg. La droite devrait conserver la majorité et les équilibres politiques rester peu ou prou les mêmes.

C'est le dernier rendez-vous électoral de 2017. Les sénatoriales se tiennent dimanche et permettront de remplacer la moitié du Palais du Luxembourg, soit 170 sièges. Si le scrutin laisse présager un important renouvellement, puisque 43% des sénateurs sortants ne se représentent pas, il ne faut néanmoins pas s'attendre à voir les forces politiques bouleversées.

Aujourd'hui, la droite est majoritaire, occupant 142 sièges sur un total de 348. Le groupe socialiste et républicain vient en deuxième position, avec 86 sénateurs, suivi par l'union centriste (42 élus) et un groupe REM fraîchement formé de 29 personnes. Le groupe RDSE occupe 16 sièges, les communistes sont 18, ce qui laisse 13 non-inscrits et un poste vacant, la sénatrice Jacqueline Barrault, qui a rejoint le gouvernement, n'ayant pas été remplacée.

La droite doit (et va) garder sa majorité. Pour la droite, l'enjeu est évidemment de garder sa majorité. Et elle est quasi assurée d'y parvenir. D'abord parce que la majorité de ses élus l'ont été en 2014, et ne sont donc pas concernés par cette élections. Seuls 53 sièges occupés par des LR sont remis en jeu dimanche, soit un gros tiers (37%). Sur ces 53 sénateurs sortants, 36 se représentent. Ce qui est toujours un atout dans une élection où l'implantation locale est cruciale, et où être une tête déjà connue des grands électeurs (qui sont parlementaires, conseillers régionaux, départementaux et municipaux) maximise ses chances de réussite. Si l'on prend aussi en compte le fait que la droite a assis ses positions lors des dernières élections locales, et compte donc plus de grands électeurs qu'avant, Les Républicains ont peu de soucis à se faire.

Socialistes et communistes menacés. Le PS ne peut pas en dire autant. Sur les 86 élus, plus de la moitié (46) remettent leur poste en jeu. Et sur ces 46 là, 24 ont choisi de ne pas se représenter. Si dans les couloirs du Sénat, les plaisanteries vont bon train ("ils partent tant qu'ils ont encore un système de retraite avantageux"), dans les faits cela risque de porter préjudice aux socialistes, qui pourraient perdre une dizaine de sièges. D'autant qu'eux sont pénalisés par le virage à droite des grands électeurs.

Les autres qui risquent de voir leurs effectifs diminuer sont les communistes. Sur les 18 sièges qu'ils occupent, 16 sont concernés par l'élection. Selon les premières projections, "ils devraient arriver à garder leur groupe", soit 10 élus, confie un bon connaisseur du Palais du Luxembourg.

Les ambitions macronistes revues à la baisse. La grande question reste les résultats du groupe REM. Sur ses 29 membres, 19 remettent leur poste en jeu, dont neuf se représentent. Et les ambitions ont été peu à peu revues à la baisse. François Patriat, le chef de file des sénateurs macronistes, avait d'abord affiché l'objectif de doubler ses effectifs. Puis, d'aligner 50 élus derrière lui. Aujourd'hui, il n'est plus question de lui arracher un chiffre.

Seule certitude : "on sera plus qu'avant". "J'espère être à touche-touche avec le groupe socialiste et le groupe centriste", dit ce vieux briscard de la politique, pris en tenaille entre la nécessité d'être réaliste et celle de ne pas partir perdant. "De toute façon, les sénatoriales, c'est le troisième tour des municipales. Là, on a en plus des petits maires qui vont exploiter la colère de leurs administrés, et des élus qui veulent prendre leur revanche sur les législatives et montrer que la gauche et la droite, ça existe toujours."

Dans le groupe REM, on sera plus qu'avant. J'espère être à touche-touche avec le groupe socialiste et le groupe centriste.

Débauchage. Face au risque de se retrouver avec un groupe peu fourni, on se rassure comme on peut. "Ce qu'il faudra regarder dimanche, c'est le nombre de candidats investis par la REM", avertit François Patriat. "Car certains d'entre eux n'iront pas dans le groupe." Mais resteront chez les RDSE (rassemblement démocratique et social européen, le plus ancien groupe parlementaire), les centristes ou les LR dont ils sont issus.

C'est sur cette porosité que misent les macronistes pour asseoir leur emprise au Sénat. Y aura-t-il à la chambre haute une scission des LR entre les opposants farouches et ceux prêts à faire confiance au gouvernement, à l'image des "Constructifs" de l'Assemblée ? Dans tous les cas, la REM compte bien aller démarcher sitôt l'élection bouclée. "Mardi midi, j'espère qu'on sera plus nombreux que dimanche soir", résume François Patriat.

L'enjeu des 3/5e. Le sénateur de Côte d'Or ne perd pas de vue le principal enjeu de ces sénatoriales : l'obtention de la majorité des 3/5 sur la totalité du Parlement, nécessaire pour faire voter une réforme constitutionnelle sans passer par un référendum. Alors, il fait chauffer sa calculette. Et anticipe les ralliements possibles : une partie des centristes qui, selon lui, pourraient bien gagner des élus, des Républicains modérés par-ci, des RDSE par là, et enfin quelques socialistes. "Tout dépendra de la réforme elle-même, bien sûr, mais aussi de l'état d'esprit de la France au moment où elle sera présentée." Un exécutif plébiscité pourrait achever de convaincre des sénateurs de se rallier à lui sur une réforme constitutionnelle. Tandis qu'un gouvernement à la peine dans les sondages, critiqué, s'attire rarement les bonnes grâces de parlementaires hésitants.