Alain Juppé, nouvelle cible de la gauche

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Alain Juppé, nouvelle cible de la gauche
Alain Juppé est pris pour cible par la gauche, qui préférait, jusqu'à il y a quelques semaines, se concentrer sur la critique de Nicolas Sarkozy.@ LOIC VENANCE / AFP
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Après avoir longtemps concentré leurs feux sur Nicolas Sarkozy, les ténors socialistes ont changé de cible pour suivre la tendance sondagière.

Le 8 septembre dernier, lors de son discours de Wagram, qui devait lui permettre de se retailler un costume présidentiel et de se poser en défenseur de l'État de droit, François Hollande n'avait que Nicolas Sarkozy en tête. Le président avait même inventé une nouvelle anaphore pour tacler son prédécesseur à l'Élysée, fustigeant l'emploi des termes "arguties juridiques" pour parler de la Constitution.

Un mois plus tard, François Hollande a changé d'ennemi prioritaire. Et tous les ténors socialistes ont suivi le mouvement. C'est désormais Alain Juppé qui est dans leur viseur. "On connaît moins, parce que c'est camouflé et que la presse n'en fait pas écho, le personnage d'Alain Juppé [par rapport à celui de Nicolas Sarkozy]", a ainsi déclaré Jean-Christophe Cambadélis dans un édito vidéo au vitriol, publié lundi.

Juppé "symbole de la vieille droite". Le premier secrétaire du PS a dénoncé "les récentes déclarations incroyables" du maire de Bordeaux, "disant qu'il 'emmerdait' tous ceux qui ne sont pas d'accord avec lui". "C'est une indication de ce qu'il serait s'il était président de la République", poursuit le patron de Solférino. "On peut se demander s'il a les nerfs pour pouvoir aborder cette tâche immense dans le moment que nous traversons." L'offensive de Jean-Christophe Cambadélis a été coordonnée à celle de Stéphane Le Foll. Invité de France 2 lundi, le porte-parole du gouvernement a chargé Alain Juppé, symbole de "la vieille droite, celle qui a existé avec le RPR".

On peut se demander si Alain Juppé a les nerfs pour pouvoir aborder cette tâche immense dans le moment que nous traversons.

Nicolas Sarkozy perd du terrain. Ce changement de cible ne doit rien au hasard. Alors que Nicolas Sarkozy bénéficiait, dans les sondages, d'une dynamique positive après l'annonce officielle de sa candidature à la primaire de la droite, il traverse depuis plusieurs semaines une mauvaise passe. Réquisition de renvoi en correctionnelle par le parquet de Paris dans l'affaire Bygmalion, diffusion d'un Envoyé Spécial sur le même sujet, parution du livre de son ex-conseiller Patrick Buisson et mises en examen de plusieurs de ses proches (Bernard Squarcini et Christian Flaesch) : Nicolas Sarkozy perd du terrain. Sa cote de popularité s'en ressent, Alain Juppé creuse l'écart dans les enquêtes d'opinion et devient, du même coup, le nouvel adversaire du candidat de la gauche pour la présidentielle.

Juppé moins clivant... À cela s'ajoutent les témoignages, de plus en plus nombreux, d'électeurs de gauche prêts à voter à la primaire de la droite pour faire barrage à Nicolas Sarkozy. Et leur choix se porte généralement sur Alain Juppé, qu'ils jugent plus proche de leurs idées que l'ancien président. Moins clivant que son rival à droite, le maire de Bordeaux ratisse large. Et réussit à attirer à lui des jeunes, des centristes et des pessimistes de gauche qui, craignant que leur candidat désigné à la primaire ne se hisse pas jusqu'au second tour de la présidentielle, choisissent un "moindre mal" à droite.

…donc plus difficile à battre. Bien conscients qu'Alain Juppé est, pour le candidat de gauche, et notamment un François Hollande en mal de popularité, un adversaire plus difficile à battre que Nicolas Sarkozy, les responsables socialistes partent en croisade. Avec une stratégie bien étudiée. D'abord, renvoyer le maire de Bordeaux et l'ancien président dos à dos, pour minimiser leurs différences. "Sur le fond, les deux sont d'accord", a expliqué Jean-Christophe Cambadélis dans sa vidéo. "Il faut [selon eux] réaffirmer une identité à droite, remettre en cause notre modèle social. Et c'est l'idée plus ou moins définie de la défense de l'identité française contre tout ce qui pourrait la remettre en cause."

Suppression de l'ISF, des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, retour aux 39 heures… Tout ça, c'est le programme d'Alain Juppé.

Objectif : fustiger un programme libéral. L'autre angle d'attaque choisi par les socialistes est économique. Nicolas Sarkozy suscite déjà beaucoup d'opposition sur les thèmes sécuritaires et identitaires, le PS espère qu'Alain Juppé déclenche les mêmes réactions épidermiques avec son programme libéral. "Suppression de l'ISF, des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, retour aux 39 heures… Tout ça, c'est le programme d'Alain Juppé", a rappelé Stéphane Le Foll sur France 2, ajoutant : "le même, d'ailleurs, que [celui de] Nicolas Sarkozy."

"Juppé aux primaires, Le Pen aux législatives". Dernière carte dégainée par la gauche en croisade contre Alain Juppé : celui-ci ne serait en aucun cas un barrage contre Marine Le Pen. "Alain Juppé aux primaires (sic), c'est Marine Le Pen aux législatives", a estimé Jean-Christophe Cambadélis dans les colonnes du Figaro vendredi. "Car si Nicolas Sarkozy est trop à droite pour la France, Alain Juppé est nulle part. Trop centriste sur l'identité pour la droite, trop ultra-libéral sur le social pour la gauche."

Face à l'offensive socialiste, le clan Juppé ne se montre pas plus inquiet que cela. Et le prend même pour un compliment. "Je remercie Jean-Christophe Cambadélis", a ironisé Gilles Boyer, proche du maire de Bordeaux dans Le Figaro mardi. "Ses attaques sont une reconnaissance formidable du travail accompli…"