Alain Juppé est-il vraiment plus "féministe" que François Fillon ?

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Alain Juppé est-il vraiment plus "féministe" que François Fillon ?
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Le maire de Bordeaux pilonne son concurrent sur les questions liées aux droits des femmes. À raison? 

Alain Juppé, le "féministe" ? Depuis qu'il a décidé de "mettre la gomme" pour rattraper son retard sur François Fillon, le maire de Bordeaux attaque sur tous les fronts. Face à celui qu'il accuse d'avoir une vision "extrêmement traditionaliste", Alain Juppé s'affiche comme "moderniste" sur les questions sociétales, et notamment sur l'égalité hommes-femmes. "Moi je suis très attaché à l'égalité entre les hommes et les femmes", martelait l'ancien favori des sondages lundi sur France 2. Mardi sur Europe 1, il en a remis une couche, reprochant notamment à son rival son flou sur la question de l'avortement.

"Il y a des points sur lesquels j'aimerais bien que François Fillon clarifie sa position, par exemple sur l'avortement et l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Il a commencé par dire dans son livre que c'était un droit fondamental de la femme, puis il est revenu sur cette déclaration dans un débat qu'il a eu devant un certain nombre de ses supporters. Quelle est sa position?", s'est interrogé le maire de Bordeaux, qui considère, lui, l'IVG comme un "droit fondamental", comme l'a également affirmé sa porte-parole, Fabienne Keller, invitée mardi d'Europe 1.

>> Mais Alain Juppé est-il vraiment plus engagé que son adversaire sur la question des droits des femmes ? Eléments de réponse.

L'avortement ? Fillon est pour et contre... "Est-ce qu'une seule fois j'ai pris une position contraire à l'avortement ? (...) Que la campagne reprenne sa dignité et qu'on cesse les polémiques qui sont inqualifiables et qui, franchement, abaissent le niveau", a rétorqué François Fillon mardi, en déplacement dans l'Essonne. Sa réponse à Alain Juppé est claire : il n'a jamais été question pour lui de remettre en cause le droit à l'avortement. Pourtant, le député de Paris avait entretenu le doute le 22 juin, lors d'une réunion publique. "J'ai écrit (dans mon livre) que l'avortement était un droit fondamental. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c'est que c'est un droit sur lequel personne ne reviendra. Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l'avortement", déclarait-il. Avant de préciser, en octobre dernier sur France 2 : "Je n'ai pas à m'expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l'intérêt général (...). Bien sûr que non, je ne suis pas favorable" à une interdiction de l'avortement.

En clair, le Sarthois se dit contre à titre personnel, mais il ne reviendra pas sur la loi Veil, autorisant l'Interruption volontaire de grossesse. "Les choses n'ont pas besoin d'être clarifier alors qu'elles ne sont pas assombries. Il n'y a aucun sujet sur l'avortement pour François Fillon", a martelé sur Europe 1 Valérie Boyer, députée et porte-parole du député de Paris.

Dans les faits, il faut rappeler que le député de Paris faisait partie d'un groupe de 27 députés UMP à avoir voté, en novembre 2014, en faveur d'une résolution réaffirmant "le droit fondamental à l'IVG". Mais il s'était aussi opposé, neuf mois plus tôt, à un amendement du gouvernement permettant d'assouplir les conditions d'avortement. "En choisissant de réécrire la loi de 1975 sur l’IVG, le gouvernement fait une faute morale et politique. Faute morale car il risque de 'banaliser' l’avortement qui, selon les termes de Simone Veil, devait rester 'l’exception'. Faute politique, car il prend le risque de diviser, une fois encore, les Français", avait-il déclaré sur son Blog.

Entendu sur Europe 1
Ce n'est pas François Fillon qui a fait les juppettes !

Juppé voit ressortir les "juppettes". Mais aujourd'hui, François Fillon et Alain Juppé prônent la même chose sur l'avortement : le statut quo. Et depuis les attaques du maire de Bordeaux, les équipes de François Fillon tirent à boulets rouges sur la prétendue fibre féministe de leur adversaire. "Ce n'est pas François Fillon qui a fait les juppettes !", rappelle ainsi Valérie Boyer sur Europe 1. Pour rappel, ce terme a été inventé en 1995. Alain Juppé, alors Premier ministre, avait nommé 12 femmes (les fameuses "juppettes") à des postes de Secrétaire d'Etat dans son gouvernement… mais il en avait remercié huit au bout de six mois. Aujourd'hui, le terme est encore allègrement relayé sur les réseaux sociaux pour railler le maire de Bordeaux.

"Depuis cette époque, Alain Juppé a cheminé. La modernité sur les femmes est au cœur de son programme", répond sur Europe 1 Fabienne Keller, la porte-parole du maire de Bordeaux, bien décidé à déporter le débat sur les "projets" comme le demande le candidat.

Au niveau des programmes, avantage François Fillon. Mais justement, sur le projet, que proposent les deux candidats ? Chacun des deux programmes contient bien un onglet sur les femmes : un onglet "égalité femmes-hommes" pour Alain Juppé et un onglet "pour la liberté de la femme" chez François Fillon. Le maire de Bordeaux, pour sa part, met davantage l'accent sur la prévention et la sensibilisation, y compris dès le plus jeune âge. François Fillon, quant à lui, propose une série de mesures pour aider les femmes seules et pour accroitre la répression contre les violences.

"Le programme de François Fillon est tout de même beaucoup plus travaillé et plus fin", reconnaît pour sa part Olga-Trostiansky, présidente du Laboratoire de l'égalité. "Il revient sur ce qu'il a fait en tant que Premier ministre, comme le fait d'avoir instauré la parité dans les conseil d'Administration et au sein de son gouvernement. Et ils proposent beaucoup de mesures pour l'accès au logement, sur les places en crèches, le télétravail, la lutte contre les violences", énumère cette militante des droits des femmes. "Alain Juppé, lui, parle d'égalité plutôt que de liberté. Et c'est très important. Nous militons avant tout pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Mais son programme n'évoque à aucun moment son bilan en tant que maire. Quant à ses propositions, elles évoquent des thèmes très importants mais ce n'est pas très développé", détaille-t-elle.

Avec l'avortement, Fillon a jeté un pavé dans la mare

L'avortement, un boulet bien accroché ? Pour Olga-Trostiansky, toutefois, les positions "à titre personnel" de François Fillon sur l'avortement risquent bien de le poursuivre longtemps. "C'est un pavé dans la mare. Aujourd'hui beaucoup de femmes, même de droite, estiment que se positionner contre l'IVG ne va pas dans le sens de l'histoire", commente-t-elle. Malgré les clarifications et les mesures proposées par François Fillon, en effet, cette déclaration sur "ses positions personnelles" risque bien de couper le candidat d'une bonne partie de l'électorat féminin. "Caroline de Haas, la présidente d'Osez le Féminisme, a été la première au lendemain de la victoire de Fillon au premier tour de la primaire à attaquer ses idées anti-IVG et anti-mariage gay, tandis que le Collectif Droits des Femmes des femmes lançait les hashtags #Fillonsçapromet et #FillonPrésidentCaSerait pour dénoncer l'esprit réactionnaire de ses prises de position. Depuis, il est la cible d'une attaque en règle sur les réseaux sociaux, où on le compare à Trump, Le Pen ou Poutine...", résumait lundi le site Terra Femina.

Qui a le plus de soutiens de femmes ? Reste une question : jusqu'à aujourd'hui, qui a su le plus parler aux femmes ? Alain Juppé dispose du soutien de nombreuses femmes politiques, comme Valérie Pécresse ou Nathalie Kosiusko Morizet depuis dimanche soir. Un groupe Facebook "les femmes avec Alain Juppé" a même été créé, réunissant 269 fans. Mais en face, le député de Paris bénéficie du soutien du mouvement "les femmes avec Fillon", dont la page Facebook réunit… 4.392 fans. Des femmes d'affaires comme Muriel Reus ou encore Viviane Chaine Ribeiro se sont engagées derrière le Sarthois. Enfin, dimanche dernier, lors du premier tour de la primaire, ce sont bien les femmes qui ont semble-t-il porté François Fillon au score qu'on lui connaît. Selon un sondage OpinionWay en date de lundi, celles-ci représentent 62% de ses voix, contre 37% pour le maire de Bordeaux.