Affaire Fillon : "Ce n’est pas la justice qui invente les pièces qu’elle saisit"

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Pour le juge Halphen, soutien d'Emmanuel Macron, l'élargissement de l'enquête visant François Fillon implique un faisceau d'indices concrets.

INTERVIEW

L’enquête ciblant François Fillon dans l’affaire des emplois présumés fictifs de Penelope Fillon a été élargie à des suspicions d’"escroquerie aggravée, faux et usage de faux". Un nouveau coup dur pour le candidat de la droite, qui dénonce régulièrement une instrumentalisation de la justice contre lui. "Ce n’est pas la justice qui invente les pièces qu’elle saisit", a relevé mercredi au micro d'Europe 1 Eric Halphen, magistrat et soutien d’Emmanuel Macron, alors que les enquêteurs se demandent si le Sarthois n'a pas produit des faux pour justifier du travail de sa femme.

"Si le parquet a délivré un réquisitoire supplétif c’est qu’il y a des indices qui laissent à penser que d’autres infractions ont été commises", estime le cofondateur d'Anticor, association "contre la corruption et pour l'éthique en politique". Les juges ont notamment saisi "des feuilles, signées par Penelope Fillon, comportant différents calculs d’heures travaillées", a révélé Le Monde.

Entendu sur Europe 1
C’est un peu étonnant quand on est un élu de la République de passer son temps à autre chose que l’intérêt général

Fillon a fait "oeuvre de lobbyiste". Le Canard enchaîné, à l'origine des révélations sur François Fillon, fait également état mercredi d'une somme de 50.000 dollars touchée par le candidat pour avoir organisé une rencontre entre un industriel libanais et Vladimir Poutine. Une pratique qui, en soit, n'a rien d'illégal mais qu'Eric Halphen juge moralement répréhensible pour un politique. "Il ne s’agit pas de juge, ni d’infraction, mais de morale. Il faut savoir si l’on peut faire confiance à quelqu’un dont l’indépendance d’esprit ne semble pas être la qualité première. Est-ce que l’on peut être président de la République lorsque l’on a mis en relation le président russe avec un intermédiaire financier ? Lorsque finalement on a fait œuvre de lobbyiste pour un prix qui peut être choquant pour un bon nombre de gens ?", interroge le magistrat.

L'intérêt général face à l'intérêt particulier. "C’est un peu étonnant quand on est un élu de la République de passer son temps à autre chose que l’intérêt général", déclare encore Eric Halphen. "Il y a un contrat entre l’électeur et l’élu, au terme de ce contrat, l’élu doit représenter le mieux possible l’électeur et doit faire privilégier l’intérêt général à l’intérêt particulier et aux petites combines entre amis, ces petites combines entre amis ça fait trop longtemps que ça dure en France", martèle-t-il.