Affaire Cahuzac : la commission d'enquête en veut plus

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Affaire Cahuzac : la commission d'enquête en veut plus
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Après une cinquantaine d'auditions, les députés vont réentendre l'ancien ministre du Budget.

Le marathon n'est pas terminé. Après avoir auditionné une cinquantaine de personnes sur l'action du gouvernement pendant l'affaire Cahuzac, la commission d'enquête parlementaire va à nouveau entendre l'ancien ministre du Budget. Jérôme Cahuzac, déjà interrogé le 26 juin, va devoir encore livrer sa version des faits sur la gestion de l'affaire qui a conduit à sa démission le 19 mars par le président de la République, le gouvernement et les services de l'Etat.

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La "muraille de Chine" fissurée ? Jérôme Cahuzac devra sans aucun doute s'expliquer sur sa présence à la réunion du 16 janvier à l'Elysée. Le chef de l'Etat, le Premier ministre et le ministre de l'Economie Pierre Moscovici avaient alors discuté d'une procédure d'entraide administrative avec la Suisse pour obtenir des informations sur l'existence d'avoirs à l'agence UBS de Genève entre 2006 et 2010. Jérôme Cahuzac était bien présent à cette réunion, a admis Pierre Moscovici mercredi devant les membres de la commission. Or, l'intéressé avait assuré sous serment l'inverse devant la même commission.  Les députés s'interrogent donc sur une éventuelle fissure de la "muraille de Chine", ce dispositif qui devait exclure l'ancien ministre du Budget des décisions le concernant suite aux révélations de Mediapart. Mais lors de cette réunion, Jérôme Cahuzac n'a été qu'"informé" de la procédure, pas "associé", a rectifié Pierre Moscovici.

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Hollande mis en cause ? Le président centriste de la Commission Charles de Courson met par ailleurs en cause le chef de l'Etat lui-même. Il a affirmé mercredi dans la matinée détenir "les preuves que le président (avait) été parfaitement informé" de l'existence d'un compte caché en Suisse de Jérôme Cahuzac dès décembre. Faux, a rétorqué par la suite le rapporteur PS de la commission Alain Claeys. "Aucun élément en possession de la commission ne peut justifier une telle affirmation", juge le rapporteur. "Sans préjuger des conclusions de notre commission d'enquête, on peut dire dès à présent qu'aucune intervention des services de l'Etat n'est venue entraver l'action de la justice."

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16.07 Moscovici commission Cahuzac

© Maxppp

Qui a été interrogé ? En deux mois, la salle Lamartine de l'Assemblée nationale a vu défiler, entre autres, les journalistes de Mediapart qui ont révélé l'affaire (Edwy Plenel et Fabrice Arfi), le directeur général des finances publiques, Bruno Bézard, trois ministres poids lourds du gouvernement (la garde des Sceaux Christiane Taubira, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls et enfin Pierre Moscovici) ou encore le patron d'Havas Worldwide France Stéphane Fouks, qui avait pris en charge la communication de l'ancien ministre du Budget. Et bien sûr Jérôme Cahuzac lui-même, qui refusera de répondre à plusieurs questions au motif qu'elles empièteraient sur l'information judiciaire.

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A l'instar de l'audition de Jérôme Cahuzac, celles des ministres ont parfois été tendues. Christiane Taubira haussant le ton pour assurer que "la justice a[vait] bien fonctionné" et Pierre Moscovici glissant au député UMP Gérald Darmanin : "je vois que je ne vous ai pas convaincu mais je crois que vous n'aviez pas envie d'être convaincu."

"Incontournable" d'entendre Ayrault. A chaque fois, les membres de la commission parlementaire ont cherché à savoir qui savait quoi et à quel moment. Pourquoi la demande d'entraide a-t-elle été envoyée si tard à la Suisse ? Pourquoi s'être limité à un compte chez UBS sur une période donnée ?  Mais au sortir de cette salve d'auditions, la commission est divisée et plusieurs élus n'ont pas caché être restés sur leur faim. Le député UMP Georges Fenech fait ainsi part de son "sentiment" qu'une "chape de silence était tombée sur ce gouvernement tétanisé qui n'a pas voulu savoir". "Je juge incontournable d'entendre le Premier ministre", ajoute-t-il, estimant que Jean-Marc Ayrault "aurait pu prendre la décision d'écarter plus tôt son ministre, vu les nombreuses informations dont il disposait déjà".