A quoi ressemblera le second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen?

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A quoi ressemblera le second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen?
Marine Le Pen fera face à Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle 2017.@ Reuters
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DECRYPTAGE - Le second tour de l'élection présidentielle de 2017 verra un affrontement entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. retour sur ce duel de deux France très différentes.

Pour Emmanuel Macron comme pour Marine Le Pen c'était l'affrontement qu'ils souhaitaient pour ce second tour. Le "candidat mondialiste" contre la candidate des "patriotes". La candidate du nationalisme et de d'une France repliée sur elle-même contre le candidat de "l'ouverture" et du "rassemblement". C'est ainsi qu'ils se définissaient. Electoralement, ce sont deux France qui s'affrontent. Politiquement, le duel semble plus désavantagé : une très grande majorité des représentants de la droite, dont François Fillon, ont dit qu'ils voteraient pour le candidat d'En Marche!, laissant la candidate du Front national dans son isolement.

Selon les sondages, le match semble déjà plié

Pour le second tour, l'affaire est entendue, selon les instituts de sondage. Emmanuel Macron battrait largement Marine Le Pen. Entre 64%, pour Harris Interactive, et 62% pour Ipsos Sopra Steria, des intentions de vote pour le candidat d'En Marche!. Et donc entre 36 et 38% pour la présidente du Front national.

Ce qui pousse autant Emmanuel Macron c'est le même moteur qu'au premier tour. Une volonté de vote utile pour éliminer Marine Le Pen. Ainsi, les reports de voix jouent grandement en sa faveur. Selon Ipsos, près d'un électeur sur deux de François Fillon au 1er tour (48%), 62% de ceux de Jean-Luc Mélenchon et 79% de ceux de Benoît Hamon se reporteraient sur Emmanuel Macron au second, contre respectivement 33%, 9% et 4% en faveur de Marine Le Pen. Pour Harris Interactive, 47% des électeurs de François Fillon du 1er tour, 52% de ceux de Jean-Luc Mélenchon et 76% de ceux de Benoît Hamon se reporteraient sur le candidat d'En Marche, contre respectivement 23%, 12% et 3% pour Marine Le Pen.

Problème, les deux candidats n'ont pas terminé le premier tour en puissance. Avec seulement 23,3% et 21,6% des estimations de vote à 20h30, selon l'Ifop, on n'avait pas vu deux finalistes aussi mal qualifiés depuis… 2002 et 1995. Emmanuel Macron n'est pas porté par un élan populaire.

Gauche et droite soutiennent Macron face à Le Pen

Comme un seul homme, ou presque, les socialistes et les Républicains, ont, dès l'annonce de leur déroute perspective, commencé à prendre position pour le second tour. Malgré le succès de son opération dédiabolisation dans les médias, il reste une fracture importante avec le reste du monde politique. Le FN est toujours aussi isolé. François Fillon a dit qu'il voterait Emmanuel Macron. Benoît Hamon également. François Hollande a dit qu'il s'exprimerait vite et son choix fait peu de doute. La plupart des barons de la droite ont dit la même chose.

Pour Emmanuel Macron, ces ralliements, sans ferveur, conforte sa stratégie du rassemblement et du dépassement des partis. Un conseiller de Macron imaginait déjà cet entre-deux-tours dans le JDD ce dimanche : "On appelle la droite à venir nous rejoindre et on assume le débat contre Le Pen." Au-delà du second tour, cela lui permet de préparer la suite des opérations, en l'occurrence les législatives, voire la composition d'un gouvernement de coalition. "Emmanuel doit aller plus loin dans la recomposition, estimait un proche auprès du JDD. On a fait passer un message de dépassement des partis, mais on ne l'a pas formalisé. On a récupéré quelques socialistes de second rang et quelques chiraquiens, mais on n'a pas structuré un vrai pôle démocrate. Il faut qu'on arrive à dépasser encore notre boutique, à récupérer des Républicains, et qu'on assume."

Pour Marine Le Pen, la situation est très inconfortable mais elle a au moins le mérite de renforcer sa stratégie : anti-sytème, anti-partis et seul représentante du peuple contre les élites, dit-elle. Autre assurance : elle ne pourra que faire mieux que sa campagne poussive de premier tour. Avec cet opposant, elle va pouvoir appuyer sur ses thèmes favoris. La lutte contre l'immigration, la perte de l'identité française, séduire la France du non à l'Europe et et opposée à l'euro.

Enfin, Marine Le Pen, bien que donnée perdante sait déjà qu'elle va améliorer le record de voix obtenue par un candidat frontiste à une élection. Et elle fera mieux que son père, Jean-Marie Le Pen, qui avait fini le second tour de 2002 à seulement 17,79% des suffrages. Le "plafond de verre" s'éloigne toujours un peu plus.

Deux France qui s'opposent

Avant l'élection, on a longtemps parlé de ceux deux France représentées par Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Celle des grands centres urbains contre la France périphérique. Celle des premiers de la classe contre celle des déclassés. Selon les sondages réalisés en ce jour de vote, ces analyses sont bien confirmées. Macron séduit plus les seniors (24% des 65 et plus selon Harris Interactive) que Marine Le Pen (16%). Or c'est cette population qui est la plus mobilisée. Le candidat d'En Marche! cartonne chez les cadres et professions supérieures (37% contre 22%) quand la candidate du FN attire les classes plus populaires (44% pour Marine Le Pen et 22% pour Emmanuel Macron). Même découpage social selon l'Ipsos :

Marine Le Pen est largement en tête chez les ouvriers et les employés. Si les choses en restent ainsi, Emmanuel Macron sera élu sans le soutien de la majorité des classes populaires. Une première depuis Nicolas Sarkozy en 2007.