2012 : combien coûte une campagne web ?

  • A
  • A
2012 : combien coûte une campagne web ?
Hollande, Sarkozy, Joly, Le Pen : combien dépenseront-ils dans leur campagne web ?@ MAXPPP
0 partage

ENQUÊTE - 20.000 euros pour les petits partis, 2 millions pour les grands : tour d’horizon des budgets web.

"On ne va pas vous le cacher : la politique, ça ne rapporte pas d’argent aux agences Internet". La confidence est celle d’un patron de la branche française d’une grande boîte de communication digitale impliquée dans la campagne numérique d'un candidat à l'élection de 2012.

De l’argent, les partis politiques vont pourtant bien en dépenser jusqu’au 6 mai prochain, date du second tour de la présidentielle. Nous avons pris connaissance des premières estimations des budgets web, à ce stade confidentielles, des différents partis engagés dans la campagne pour 2012. Passage en revue.

2 MILLIONS POUR LE PS ET L'UMP

On commence donc par ce que l'on sait déjà. En 2007, "le budget numérique tournait autour d’1,4 million pour le PS et l’UMP qui avaient dépensé à peu près la même chose pour mener la campagne Internet de leur candidat", rappelle à Europe1.fr, Vincent Feltesse, le responsable de la campagne web du candidat François Hollande. Pour 2012, ces budgets seront en "légère inflation", estime-t-il. On peut donc imaginer qu’ils tourneront entre 1,7 million et deux millions d’euros pour les deux principaux partis, "soit pour le PS, entre 7% et 10% de la facture totale de la campagne", ajoute Feltesse. 

Deux millions pour payer quoi ? "Il y a plusieurs catégories à prendre en compte : le coût de construction d’un site, les agences qu'il faut payer, le salaire des personnes qui produisent les contenus, les opérations spéciales et surtout le budget "vidéo", qui - comme les partis n'ont pas le droit de faire de la pub à la télévision - peut être entièrement imputable au numérique", ajoute le responsable web d'Hollande.

De son côté, l’UMP, elle, ne veut confirmer encore aucun chiffre. "Pour le moment : on n’en sait rien… Vous savez, on n’a même pas encore de candidat", indique le responsable de la communication du parti, pour qui la question est prématurée. Pourtant, pour sa campagne numérique, les équipes du parti-qui-n-a-pas-encore-de-candidat travailleront sans doute avec une agence : les bonnes sources désignent déjà Emakina.fr de Manuel Diaz, le prestataire qui vient tout juste de refaire le site de l’UMP.

A l'inverse, le Parti socialiste a choisi d’avoir recours, non à une seule agence digitale, mais à plusieurs prestataires qui sont encore "auditionnés" aujourd'hui.

200.000 EUROS POUR LES ECOLOS 

Un dispositif qui laisse songeur Frédéric Neau, responsable de la campagne web d’Europe Ecologie - Les Verts et de celle d'Eva Joly. "Pour le moment, on part pour la campagne avec 200.000 euros pour le numérique. On verra en janvier si on peut engager plus. Tout dépendra si on estime - ou pas - atteindre les 5 % au premier tour", assure-t-il. 5% étant le seuil au-delà duquel les campagnes électorales sont en partie remboursées par l’Etat.

L’équipe de campagne d’EELV fera, selon lui, globalement peu de vidéos, mais a décidé de créer un site uniquement pour ses militants, "pour qu’ils puissent mieux s’organiser et construire en commun leur argumentaire".

MOINS DE 200.000 POUR LE FN

200.000 euros ? "Nous, on sera en dessous, je pense. Mais, il faudra voir au fil de la campagne", pronostique David Rachline, en charge du numérique pour Marine Le Pen. "Nous faisons tout ‘maison’, l’animation sur les réseaux sociaux, etc… Nous n’avons pas de recours à des agences comme les grands partis, juste à des designers, par exemple, pour le site de notre candidate. Il sera d’ailleurs officiellement présenté samedi", ajoute-t-il avant de préciser : "Cinq personnes y travailleront à temps plein durant la campagne (cinq mois) pour créer les contenus".

"Cette année, nous serons plus présents sur le web et les réseaux sociaux", indique encore David Rachline, qui promet que même Marine Le Pen pourrait se mettre personnellement à twitter.

20.000 EUROS POUR CHEVENEMENT

Enfin, pour les plus petits candidats, les budgets sont encore plus "riquiquis". On se souvient, par exemple, qu’en 2007, le site de Gérard Schivardi n’avait coûté que 600 euros…

Face aux professionnels engagés par le PS et l’UMP, les responsables web des petits candidats - comme Christine Boutin - disent avoir surtout recours aux bénévoles qui s’y connaissent en la matière. "La campagne de Jean-Pierre Chevènement, je l’anime à côté de mon travail", raconte, par exemple, Julien Landfried, également porte-parole de Jean-Pierre Chevènement.

"Le site de campagne - en gros - nous a coûté 5.000 euros. Nous n’avons eu recours qu’à deux prestataires (notamment pour le design), des indépendants, pas des agences", ajoute-t-il. Pour la suite, "nous embaucherons - équivalent mi-temps - un rédacteur pour créer les contenus sur le site", précise encore celui qui dispose d’un budget de "20.000 euros en tout", soit... 100 fois moins que les "grands" candidats.

Les chiffres exacts seront disponibles, huit mois après l’élection dans les déclarations faites à la commission nationale des comptes de campagne.