14 juillet : Fillon dans le viseur de la gauche

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14 juillet : Fillon dans le viseur de la gauche
@ Montage photo REUTERS / AFP
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REACTIONS - Il a déclenché un tollé dans l'opposition en attaquant Joly sur sa bi-nationalité.

La salve a été lancée vendredi par le Premier ministre depuis Abidjan : "Je pense que cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française". François Fillon, en déplacement officiel en Côte d’Ivoire, a réagi à l’idée très controversée d’Eva Joly de supprimer le défilé militaire du 14 juillet pour en faire un défilé citoyen. Mais, alors que les soutiens d’Eva Joly se faisaient jusqu’alors discrets, la référence implicite mais claire à la binationalité de la candidate EELV a fait bondir plusieurs politiques, principalement à gauche.

Mélenchon tacle la "xénophobie" de Fillon

Même s’il veut garder la parade militaire, Jean-Luc Mélenchon a volé au secours de la franco-norvégienne, sur Europe 1, taclant la "xénophobie" de François Fillon. Et le candidat du Front de gauche à la prochaine présidentielle a retourné contre le Premier ministre son argument culturel : "c'est M. Fillon qui n’a pas une culture très ancienne des valeurs françaises, à la première assemblée élue en France, il y avait des non-Français mais républicains, cela suffisait pour qu'ils soient candidats et élus".

François Hollande non plus "ne partage pas le point de vue d’Eva Joly sur le défilé du 14 juillet". Mais François Fillon l’a fait sortir de ses gonds : "elle a parfaitement le droit de défendre cette position sans qu'il soit besoin de mettre en cause sa culture des valeurs de la France", s’est indigné le candidat à la primaire PS.

"François Fillon aurait dû se retenir" :







Harlem Désir, premier secrétaire par intérim du PS , a lui de nouveau interpellé François Fillon samedi après-midi en ouverture des rencontres d'Avignon pour la culture organisées par le PS. "Ne sortez pas la culture française comme un revolver contre Eva Joly, contre vos adversaires ! Nous n'accepterons pas que la culture soit dévoyée, abaissée, méprisée par un pouvoir qui flirte avec le pire de ce qui est notre histoire!", a lancé l'eurodéputé. Ce dernier avait déjà réagi une première fois accusant François Fillon de se faire "le porte-parole et le champion d'une droite lepéno-compatible".

Sur Twitter, Martine Aubry s'est dite "solidaire d'Eva Joly face au Premier ministre qui distingue les Français selon leur origine". Pour elle, l'attaque de François Fillon sur Eva Joly n'est "pas digne d'un Premier ministre" qui, selon elle, "rejoint les thèses du Front national". Au Festival d'Avignon, elle a ensuite rappelé au micro d'Europe 1 que "cela n'a pas de sens de supprimer le défilé militaire du 14 juillet" mais "qu'essayer de distinguer les Français selon leurs origines cela relève des thèses de l'extrême droite".

"Je suis scandalisé, outré, indigné par les propos du Premier ministre, parce que discréditer quelqu'un en fonction de ses origines, c'est insupportable", s'est exclamé samedi le député-maire d'Evry Manuel Valls sur France 2. Au micro d'Europe 1, il a ensuite condamné "des propos qui puent la xénophobie". "Ramener quelqu'un à ses origines pour la décrédibiliser mais c'est insupportable. Ca veut dire qu'il faut ramener Nicolas Sarkozy à ses origines".

Fillon "déraille complètement"

Et Europe Ecologie - Les Verts, dont la secrétaire nationale Cécile Duflot n’avait pas souhaité réagir jeudi, arguant qu’elle était en vacances, est monté vendredi au créneau pour défendre sa candidate. "J'ai honte qu'un Premier ministre de mon pays puisse tenir de tels propos, je suis extrêmement choquée", s’est indigné Cécile Duflot sur RTL. Les propos du Premier ministre et d'un certain nombre de responsables de l'UMP "qui mettent en cause la qualité même d'Eva Joly et son attachement à la France, je trouve ça absolument insupportable et insultant", a-t-elle martelé.

Même tonalité pour Dominique Voynet affirmant samedi sur Europe1 qu'elle comprenait "qu'on ne soit pas d'accord avec Eva Joly", tout en dénoncant ceux qui "insultent au lieu d'argumenter."

Même Daniel Cohn-Bendit, d’ordinaire peu tendre avec Eva Joly, a assuré au Parisien que François Fillon "déraillait complètement". Il accuse le Premier ministre d'"emboîter le pas à Marine Le Pen". Daniel Cohn-Bendit soutient d’ailleurs Eva Joly sur le fond, qualifiant son idée de "proposition de bon sens". La proposition de la candidate verte n’est en effet pas surprenante : en 2010, les élus Verts de Paris avaient déjà écrit à Nicolas Sarkozy pour lui demander la suppression du défilé militaire de la fête nationale. Mais cela n’avait pas fait tant de bruit.