"120 battements par minutes" : "Nous n'étions que colère parce que nous n'avions rien", se souvient Emmanuel Cosse

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Ancienne présidente d'Act-up, Emmanuel Cosse a salué au micro d'Europe 1 le film de Robin Campillon, grand prix du jury à Cannes et sorti mercredi en salles.

INTERVIEW

Primé par le jury à Cannes, 120 battements par minute, le film de Robin Campillon sur le combat d'Act-up pour influencer les politiques publiques contre le Sida au début des années 1990, sort mercredi sur les écrans. "Ce film est vraiment un très beau film, je peux vous dire que c'est un cadeau pour des militants comme moi qui ont vécu cette période", a commenté au micro d'Europe 1 Emmanuelle Cosse, ancienne présidente d'Act-up.

Lutte contre le Sida dans les années 1990. "Ça été fait par des gens qui ont été à Act-up et s'est fait d'une manière admirable, c'est-à-dire que ça n'est pas vraiment notre histoire et c'est, en même temps, totalement notre histoire", explique-t-elle. "Les choses ont changé. Nous n'étions que colère parce que nous n'avions rien. On a souvent l'impression qu'Act-up c'était un cri sourd, très long et très fort, mais on mourrait", veut rappeler l'ex-ministre du logement de François Hollande. "Il faut se rendre compte de ce que c'était pour des gens de 18, 20, 25 ans ou un peu plus. Chaque semaine, venir en réunion, c'était commencer par la liste des personnes décédées. C'était ça la lutte contre le Sida dans les années 1990. On mourrait dans l'indifférence".

Une maladie sans visibilité ? Emmanuel Cosse estime également que la banalisation du Sida s'est faite au détriment de la prévention et des malades. "Pour toutes celles et ceux qui continuent dans les associations à lutter pour l'accès au traitement, au dépistage, pour la défense des populations discriminées, le film est un moyen de parler des ravages du Sida, et de dire aux nouvelles générations que le dépistage doit se pratiquer, qu'il faut se protéger", explique-t-elle. "Beaucoup de gens sont passés à autre choses, il y a surtout une 'invisibilisation' […] Aujourd'hui, connaissons-nous les nouveaux visages de la maladies ? Ça n'est pas facile dans notre société qui, sous couvert d'être très sympathique, n'est pas ouverte pour les personnes malades", soutient-t-elle, rappelant l'engagement public de nombreux malades dans les années 1990. "Ça reste un combat très difficile. Les médias sont moins ouverts à la discussion là-dessus".

"Etre séropositif, malade du Sida, ça n'est pas anodin, c'est une maladie extrêmement grave. Ça n'est pas anodin, aujourd'hui, d'être porteur de cette maladie, c'est des enjeux personnel très lourd".