Municipales : le FN n’en demandait pas tant

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Municipales : le FN n’en demandait pas tant
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ANALYSE - Le parti dirigé par Marine Le Pen a fait mieux que les sondages ne l’annonçaient. Et qu'il ne l'espérait.

Pas sûr que dans ses rêves les plus fous, Marine Le Pen ait osé envisager les résultats de dimanche soir. Avec une ville remportée dès le premier tour, de nombreux candidats en tête et, dans l’ensemble, des scores au-delà de ses espérances, le Front national apparaît comme le grand gagnant de ce premier tour de scrutin. Un cru exceptionnel, s’est félicitée la présidente du parti d’extrême droite, qui n’a pas perdu son sourire de toute la soirée.

STEEVE BRIOIS

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Hénin-Beaumont, le symbole. Le premier coup de tonnerre de la soirée est venu du Pas-de-Calais, avec l’élection dès le premier tour de Steeve Briois à Hénin-Beaumont. Le secrétaire général du FN l’a emporté avec 50,26% dans ce bastion de la gauche. Une récompense pour celui qui s’est implanté dans la ville de 1995. Un symbole très fort, surtout, puisque c’est cette commune sinistrée qu’avait choisi Marine Le Pen pour mener ses combats locaux. C’est aussi la première fois que le Front national emporte une ville de plus de 10.000 habitants dès le premier tour. La présidente du FN a salué un résultat "spectaculaire" et "inespéré". Elle avait fixé l’objectif d’une ville remportée pour l’ensemble du scrutin. Cet objectif est donc déjà rempli. Et d’autres pourraient suivre.

Des scores spectaculaires. Car le Front national est bien parti pour remporter d’autres villes. Ses candidats, souvent attendus, ont fait des scores parfois largement au-dessus des prévisions des sondages. Résultat : beaucoup sont en tête. A Béziers, Robert Ménard, fort de près de 45% des voix, partira ainsi favori. Idem pour Gilbert Collard (42,6%) à Saint-Gilles (Gard), David Rachline (40,3%) à Fréjus ou encore Valérie Laupies (39,24%) à Tarascon. Pour ceux-là, la victoire est plus qu’envisageable.

 
Robert Ménard 930x620

D’autres sont arrivés en tête mais auront sans doute plus de mal à l’emporter dimanche prochain. C’est le cas pour les vice-présidents du parti Florian Philippot à Forbach , en Moselle, et Louis Aliot à Perpignan, pour Julien Sanchez, candidat FN à Beaucaire (Gard), ou Hervé de Lépinau à Carpentras (Vaucluse).

Le FN a profité de l’abstention. C’est une autre nouveauté de ce scrutin décidément si particulier. D’ordinaire, le FN pâtissait de l’abstention. Cette fois, il en a profité à plein. "Visiblement, l'électorat FN s'est mobilisé, les autres très peu, alors qu'on disait tout le temps que l'abstention pénalisait le FN", confirme Sylvain Crépon, politologue spécialisé dans l’extrême droite. Petit bémol tout de même pour le Front national : il a probablement fait le plein lors de ce premier tour et aura donc du mal à faire mieux lors du second tour.

Déjà 472 conseillers municipaux. En 2008, Le front national n’avait pas franchi la barre des 100 conseillers municipaux élus. Pour cette édition, Marine Le Pen avait fixé l’objectif d’un millier d’élus dans toute la France. Un chiffre qui devrait être largement atteint. Le FN disposait en effet déjà lundi de 472 conseillers, selon le ministère de l’Intérieur. Et il sera présent dans 315 communes au second tour.

Au centre du jeu. Dimanche soir, sur les plateaux télé et radio, on n’a finalement parlé que du Front national. Le parti d’extrême droite, fort de ses scores, s’impose comme l’arbitre du second tour et a eu beau jeu de parler de la fin de la bipolarisation de la vie politique française. Surtout, il assistera en spectateur amusé à la joute qui s’annonce entre la gauche et la droite à son sujet. L’une plaide pour la constitution du Front républicain partout à le FN peut l’emporter, quand l’autre s’en tient à son "ni-ni" désormais traditionnel. La position du parti de Marine Le Pen est plus simple : le maintien de ses candidats partout. Sauf dans quelques cas exceptionnels, qui risquent de cristalliser l’attention.

Wallerand de Saint-Just

Quelques déceptions quand même. Tout n’est pas rose cependant pour le Front national. Bien qu'en progression dans l'Ouest, le FN ne passe pas les 10% dans nombre de villes, et notamment à Bordeaux, Rennes, Caen ou La Rochelle. Même chose à Auxerre, Chartres, Saint-Louis de La Réunion ou Boulogne-Billancourt. A Sorgues, dans le Vaucluse, la présence de Marion Maréchal-Le Pen comme colistière n’a pas empêché la réélection du maure sortant de droite. Enfin à Paris, Wallerand de Saint-Just espérait bien faire briller les couleurs frontistes. Mais aucune de ses listes ne dépasse les 10% nécessaires au maintien dans les 20 arrondissements de la capitale.

Même pas peur. La dernière fois que le Front national avait bien figuré lors d’élections municipales, c’était en 1995, quand Toulon, Marignane, Orange puis Vitrolles étaient tombées dans son escarcelle. Mais c’est peu de dire que la plupart de ces expériences n’avaient pas laissé un bon souvenir. A en croire Marine Le Pen, la leçon a été apprise. "Toutes les caméras seront braquées sur les villes FN ? Tant mieux! Car comme ça, tout le monde verra que contrairement à ce qu'on leur dit, changer, c'est possible", a récemment prévenu Marine Le Pen. Pourtant, le risque est réel. "Un trop grand succès dimanche prochain serait paradoxalement une mauvaise surprise pour le FN", analyse le spécialiste Sylvain Crépon. "Le parti n'aurait pas assez de cadres compétents pour gérer ne serait-ce qu'une vingtaine de villes. La joie doit se mêler ce soir à de l'angoisse".


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