Municipales : l’impossible "sans étiquette"

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Municipales : l’impossible "sans étiquette"
les communes de plus de 1.000 habitants ne pourront plus avoir de maire sans étiquette.@ MaxPPP
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GROGNE - Dans de nombreuses petites communes, l’obligation de choisir une nuance politique passe très mal.

Une nuance qui fait toute la différence. Pour les élections municipales de 2014, c’est une nouveauté, tous les candidats dans les communes de plus de 1.000 habitants sont contraints de choisir une couleur politique pour enregistrer leur liste. Au choix : un parti, quel qu'il soit, ou les traditionnels "divers droite" ou "divers gauche". Le "sans étiquette" ne figure pas parmi les choix proposés par l’administration. Et pour ceux qui, par conviction ou par mégarde, n’ont pas fait de choix, les préfectures l’ont fait à leur place. Et ça, ça ne passe pas.

17 nuances, pas de "sans étiquette". Exemple avec Sandra Barot, candidate à sa réélection à Préchac, 1.048 habitants, en Gironde. "Quand je suis allée déposer la liste en sous-préfecture, on m’a présenté un nuancier politique, avec obligation de choisir une case. Mais comme le 'sans étiquette' n’y apparaissait pas j’ai dit que je ne choisirais", raconte-t-elle à Europe1.fr. En effet, pas moins de 17 nuances sont proposées aux candidats, de l’extrême gauche à l’extrême droite, mais pas de "sans étiquette". Et sous la catégorie "Liste divers", se trouvent, selon le document officiel du ministère de l’Intérieur (voir ci-dessous), des partis aussi hétéroclites que le Parti pirate, le Parti d’en rire, les listes régionalistes et "autres mouvements écologistes". Rien de "neutre", donc.



Sandra Barot, qui avait ajouté une phrase manuscrite sur sa déclaration de candidature réclamant qu’aucune nuance ne soit accolée à sa liste (voir p. 3 du document ci-dessus), a finalement été étiquetée "divers droite", à sa grande colère. "La devise de notre république, c’est ‘liberté, égalité, fraternité’. Eh bien, on nous prive de notre liberté en ne nous proposant pas sans étiquette. Clairement, il manque une case", peste cette candidate. "Là, c’est vouloir nous faire mentir aux électeurs. Or, on ne demande pas la confiance des électeurs sur un mensonge", conclut-elle.

"On ne se bat pas pour un parti politique". Autre exemple, en Seine-Marne cette fois. Jean Abiteboul, candidat sortant à La Houssaye-en-Brie, ne se revendique ni de droite ni de gauche, mais quand il se rend sur le site du ministère de l’Intérieur, "il est écrit 'liste divers droite'", s’agace-t-il, interrogé par Europe 1. "Cela est d’autant plus choquant que je mène avec mes colistiers une campagne apolitique et que je suis mis en porte-à-faux par le ministère de l’Intérieur, qui, non seulement a apposé une étiquette, mais qui n’explique pas sur le site que cette étiquette est apposée de manière arbitraire, par l’administration. "

Dans le village voisin de Marles-en-Brie, même combat. Après 14 années de mandat municipal, Monique Allain a également dit non. "Qu’on nous classe d’office, soi-disant pour des fins statistiques, sur des orientations de parti, je ne supporte pas", s’emporte-t-elle. "On ne se bat pas pour un parti politique, mais pour nos habitants. Je suis très en colère, mes colistiers également", assure-telle.

Recours et lettre ouverte. Pour Vanik Berberian, président de l’association des maires ruraux de France, ces cas, loin d’être isolés, en disent long sur la mauvaise santé de la vie politique française. "En milieu rural, la dimension politicienne n’intervient jamais. C’est quelque chose qui montre un décalage grave entre la perception qu’ont nos élites des partis et de l’administration par rapport à une réalité de terrain", s’inquiète l’élu. L’homme prépare d’ailleurs une lettre ouverte à l'attention de François Hollande pour attire son attention sur le problème. Quant aux candidats mécontents, ils ont jusqu’à vendredi pour déposer un recours auprès du ministère de l’Intérieur. Mais en l’absence de choix "sans étiquette", ils ne pourront pas, c’est une certitude, être satisfaits.