Un ancien de "Charlie" accuse Charb d'irresponsabilité

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Un ancien de "Charlie" accuse Charb d'irresponsabilité
@ AFP
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POLÉMIQUE - "Je t'en veux vraiment, Charb", lance Delfeil de Ton, l'un des fondateurs de Charlie Hebdo, dans sa chronique hebdomadaire publiée dans L'Obs. 

La chronique est longue, à la mesure du drame qui a secoué la France. Son auteur, Delfeil de Ton, est l’un des fondateurs de Charlie Hebdo, qu’il a quitté en 1975 pour Le Nouvel Observateur. Ce sont d’abord des souvenirs émus qui viennent émailler sa chronique. Mais, il faut lire jusqu’au bout car au bout, c’est un Delfeil de Ton plein de colère qui se dresse contre Charb. Le journaliste accuse le directeur de la publication de Charlie d’avoir mené sa rédaction à la mort. 

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"Je vais être désagréable avec Charb". Au trois quarts du texte, après avoir évoqué l’histoire de Charlie Hebdo et de son ancêtre Hara Kiri, Delfeil de Ton jette un premier pavé : "après avoir été désagréable avec François Hollande, je vais être désagréable avec Charb". Le journaliste sait bien que cela va faire réagir : "je sais, ça ne se fait pas". Il reconnaît pourtant que c’était un "gars épatant" mais pour aussitôt ajouter : "c’était une tête de lard". 

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La "surenchère". Pour Delfeil de Ton, Charb a entraîné son équipe dans "la surenchère". Un premier exemple est cité : les propos de son ami Wolinski après l’incendie des locaux du journal en 2011, suite à une caricature de Mahomet. Wolinski avait dit, selon Delfeil de Ton : "je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire". Une parole dont Charb n’aurait pas tenu compte.

Caricature de Mahomet à la Une de Charlie Hebdo en 2011

© Charlie Hebdo

"Il fallait pas le faire mais Charb l’a refait". Autre exemple qui fait dire à Delfeil de Ton, "il fallait pas le faire mais Charb l’a refait" : les caricatures de Mahomet de septembre 2012. C’était "une provocation qui avait fait mettre nos ambassades en état de siège dans les pays musulmans, déployer toutes nos polices dans nos villes…", écrit-il.

Caricature de Mahomet à la Une de Charlie Hebdo 2012

© Charlie Hebdo

"Je posais la question à Charb", poursuit Delfeil de Ton : "Sous le titre 'Mahomet : une étoile est née !', montrer un Mahomet, vu de trois quarts dos, en position de prière, couilles pendantes et vit gouttant, en noir et blanc mais avec une étoile jaune à l’anus, tournez-le dans tous les sens, en quoi est-ce drôle, spirituel ?"

Dessin caricature Mahomet Charlie Hebdo

© Charlie Hebdo

"Je t’en veux vraiment, Charb". "J’en étais malade", continue Delfeil de Ton lorsqu’il évoque Cavana, qui, atteint de la maladie de Parkinson, se promenait sans protection policière et qu’"une simple poussée aurait envoyé à l’hôpital et c’était sa fin". Le chroniqueur de L’Obs conclut son article sur ces mots : "Charb qui préférait mourir et Wolin (pour Wolinski) qui préférait vivre. Je t’en veux vraiment, Charb. Paix à ton âme". 

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L’indignation de Richard Malka. L’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka,  n’a pas du tout goûté la chronique de Delfeil de Ton. Selon Le Monde, il aurait envoyé un texto scandalisé à Matthieu Pigasse, l’un des actionnaires de L’Obs. Richard Malka a ainsi exprimé sa colère au Monde : "Charb n’est pas encore enterré que L’Obs ne trouve rien de mieux à faire que de publier sur lui un papier polémique et fielleux. (...) Je refuse de me laisser envahir par de mauvaises pensées, mais ma déception est immense".