“L’affaire Nabilla révèle notre part de sadisme”

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“L’affaire Nabilla révèle notre part de sadisme”
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INTERVIEW - Bientôt une semaine que la presse évoque chaque jour le sort de Nabilla, accusée d’avoir poignardé son compagnon. Pourquoi un tel intérêt jusque dans les médias les moins friands de télé-réalité ?

“Arrêtez d’en parler”, “On s’en fout”, “Parlez plutôt du 11 novembre”... Sur les réseaux sociaux, les commentaires ne sont pas tendres sur le traitement par les médias de l'arrestation de Nabilla, starlette de télé-réalité accusée d’avoir poignardé son compagnon et actuellement en détention provisoire. Ce qui n’empêche pas les dits articles d'être partagés des milliers de fois sur Facebook et Twitter, le hashtag #nabilla étant toujours mercredi parmi les plus mentionnés par les internautes. Virginie Spies, analyste des médias, maître de conférences à l’université d’Avignon, analyse pour Europe 1 ce paradox et nous explique ce que l'affaire Nabilla révèle sur notre société.

• Depuis vendredi dernier, l’affaire Nabilla est le sujet dont on parle le plus sur internet… Pourquoi ?

Comme toute personnalité people, Nabilla attire la curiosité. Son métier, c’est faire parler d’elle avec son personnage, sa vie, ses frasques, ses histoires d’amour. Elle fait commerce de son récit de vie. Quand elle se retrouve en prison, c’est le graal du récit people ! Paris Hilton l’a fait avant elle.

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• Paris Hilton a fait de la prison pour avoir conduit avoir conduit en état d’ivresse. Ici on parle de tentative homicide involontaire…

On arrive à un stade encore plus intéressant pour les médias et le grand public : le fait divers ! Il n’y a qu’à voir le succès des émissions consacrées aux crimes, le magazine Détective… Du point de vue du récit, c’est absolument idéal : un fait divers incarné par des personnes connues ! Ça ne peut pas être plus fort.



• Tout cela n’est-il pas malsain ?

Si, bien sûr ! C’est d’autant plus malsain que c’est divertissant : le grand public aime ça, il y a un feuilleton qui n’est pas sain. Cette affaire va chercher dans ce qu’il y a en nous de plus triste, de plus sadique. On lit des commentaires comme “C’est bien fait” ! Certains vont exercer une forme de revanche personnelle. Quand ce genre de star obtient un tel succès, on attend sa déchéance. Nabilla est une cible fabuleuse, comme Britney Spears avant elle.





• En sautant sur le sujet, en interviewant les proches de Nabilla, en relatant ses premières heures en prison, les médias sont-ils allés trop loin ?

Je n’aime pas accuser les médias : ils sont dans une logique marchande ! Si un média se refuse à en parler, les gens iront ailleurs. Il y a à la fois une éthique du journaliste qui ne veut pas en parler et une logique économique de rédacteur en chef qui se voit obligé de répondre à la demande. Que le public qui dit “Arrêtez d’en parler” se regarde en face et arrête de cliquer ! Je trouve normal de ne pas entendre parler de Nabilla sur France Culture mais logique que les médias privés l’évoquent…

Ce qui pose problème, c’est que cette information devient une actualité plus forte que le 11 novembre ou Fillon-Jouyet. Ça montre bien que toutes les informations sont à niveau égal désormais. C’est un peu dommageable : en 2017, on ne votera pas Nabilla ! Ça nous prouve, mais c’est le cas depuis longtemps, que nous sommes dans une société du divertissement.

nabilla, 1280

• Que doivent penser les parents de ces jeunes qui s’organisent sur les réseaux sociaux, qui appellent à libérer Nabilla ?

Je ne crois pas que ça dise qu’ils sont devenus complètement "débiles" [SIC]… Quand on est jeune, on est un peu comme ça : on a eu nous aussi nos combats, nos idéaux de fans. Les fans d’Hélène et les garçons avaient eux aussi leurs combats de communauté !

• Autre célébrité dont les réseaux sociaux se gaussent depuis mercredi matin : Kim Kardashian, fesses nues, huilées, en une d’un magazine américain. C’est le même phénomène ?

Nabilla veut être Kim Kardashian ! Les personnages sont les mêmes. On en revient à faire métier de sa vie, de sa famille, de ses seins, de ses fesses. C’est son idole, elle l’a toujours dit, elle voulait la même “carrière”... Nabilla s’en éloigne sérieusement mais une autre prendra sa place. On a toujours besoin d’idoles et la télé-réalité a un tel turn-over. Si Nabilla ne fait plus le job du divertissement, quelqu’un d’autre le fera très vite.