Eurovision : les cinq raisons d'un échec permanent

  • A
  • A
Eurovision : les cinq raisons d'un échec permanent
@ REUTERS
Partagez sur :

DECRYPTAGE - Mauvais choix de chanson, vengeance, Europe1.fr analyse la série négative française.

Trente-cinq ans que la France attend le successeur de Marie Myriam, dernière candidate française à avoir remporté l'Eurovision. En 1977, lorsque la chanteuse s'est imposée avec son Oiseau et l'Enfant, Anggun avait trois ans. Aujourd'hui, à près de quarante ans, elle va tenter de briser la malédiction qui pèse sur la France. Car durant ce tiers de siècle, les candidats français ont subi malchance, mauvais choix et vengeances. Europe1.fr explique, avec un brin de mauvaise foi, pourquoi les Français ne gagnent plus.

Parce qu'on chante en Français

La francophonie n'a plus la cote en Europe, si l'on s'en tient aux résultats de l'Eurovision. La dernière chanson francophone à s'être imposée dans le concours est Ne partez pas sans moi de Céline Dion en 1988. "En Russie, dans les Balkans, les gens s'en fichent du français. Ce n'est pas une langue universelle", s'emporte la Belge Sandra Kim, lauréate du concours en 1986 avec J'aime la vie. Anggun a-t-elle choisi son titreEcho (You and I) pour nuancer ce trait ? Sa chanson est composée de deux tiers de paroles en français et d'un tiers en anglais. Suffisant pour convaincre le public et les jurys professionnels ?

Echo (You and I) d'Anggun :

Parce que les "petits" se vengent

Depuis l'an 2000, la France, l'Espagne, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont qualifiés d'office pour la finale, sans passer par les demi-finales. Un statut particulier obtenu grâce à leur conséquente participation financière à l'Union européenne de radiodiffusion (UER), qui organise l'épreuve et dont l'aide est vitale pour exister. Ce Big Four, rejoint en 2011 par l'Italie, de retour, suscite quelques jalousies chez les autres pays, contraints eux de se soumettre au moins deux fois au vote du public. "Depuis l'instauration de cette règle, il y a une forte contestation des autres pays qui trouvent cela injuste", confirme Olivier Dalloz, président d'Eurofans, l'association française des supporters de l'Eurovision. Résultat : hormis l'Allemagne en 2010 (Satellite, de Lena Meyer-Landrut), il faut remonter à 1997 pour voir un membre de ce Big Four l'emporter. C'était Katrina and The Waves avec Love shine a light, pour le Royaume-Uni.

Parce qu'on n'a pas de chance au tirage

L'Eurovision, c'est aussi une part de chance. Et même ça semble nous fuir. Pour nous l'expliquer, Olivier Dalloz a sorti son fichier Excel, truffé de chiffres. "Pour gagner l'Eurovision, il faut être passé entre la 19e et la 24e place" assure-t-il. "Depuis 2002, sauf une ou deux exception, c'est un chanteur placé dans ce créneau qui s'est imposé", ajoute-t-il. Dans la jungle des chansons qui passent ce soir-là, celles qui passent trop tôt sont plus facilement oubliées, au moment de voter. Anggun, qui passe en 9e position samedi soir, vaincra-t-elle cette malédiction ?

Parce qu'on choisi les mauvaises chansons

Le consensus entre fans et anciennes gagnantes du concours se fait sur ce point. Les chansons choisies par la France ne sont pas adaptées à l'Eurovision. "Patricia Kaas, je l'aime beaucoup, sa chanson était superbe, mais elle était triste. On avait envie de pleurer avant la fin", regrette Alain Fontan, secrétaire d'Eurofans. Corinne Hermès, vainqueur pour le Luxembourg en 1983 avec Si la vie est cadeau va même plus loin et remet en cause le choix des chanteurs. "Sébastien Tellier, les Fatals Picards, ce sont de bons artistes, mais ils ne sont pas adaptés à l'Eurovision. Depuis quelques années, on cherche..." "Ça s'améliore", lui fait écho Olivier Dalloz.

Parce qu'on n'a pas la fibre Eurovision

Ringard, l'Eurovision ? Vu de France, oui. Mais le reste de l'Europe se délecte de ce concours européen. S'enflamme même, comme en Suède où un concours national est organisé pour présélectionner le candidat suédois. "Ils organisent cela dans une énorme salle qu'ils remplissent même si les billets d'entrée sont à des tarifs exorbitants", confie à Europe1.fr Alain Fontan. En France, ce sont "quelques caciques de France télévisions" qui choisissent le chanteur, regrette le secrétaire d'Eurofans. "Mais, quand au début des années 2000 on a tenté de faire un concours de présélection gratuit à l'Olympia, la salle n'était même pas pleine", sourit-il aujourd'hui. L'arrogance à la française ?